Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
L’AUTRE JOUG, PASSIONS SCÉLÉRATES
UNE AUTRE ÉPOQUE
LORD LYLLIAN, MESSES NOIRES
Têtu par Samuel Réal 07 mai 2011,
L’autre joug est le récit d’un amour impossible entre deux poètes.
S’il est aisé de résumer une intrigue en une seule ligne, il devient plus compliqué d’appréhender une narration quand elle transite par un prisme aussi personnel que celui du « Je » de Christian Morel de Sarcus.

La construction du roman est ambitieuse : schizophrénique, double, exaltée, elle oscille constamment entre le forage vertical et l’exploration horizontale, cherchant la perpendiculaire en profondeur dans les sentiments d’un personnage perdu, tiraillé entre le désir homosexuel et la peur de s’y laisser aller.
De cette confusion nait une ambiguïté riche et troublante, violente aussi.
Car ce décollement du désir et de la conscience est avant tout un combat moral du héros contre lui-même : le sous-titre, « passions scélérates », en dit d’ailleurs long sur le nœud à défaire.
L’autre Joug, passions scélérates,
de Christian Morel de Sarcus
Editions de Broca
Une autre époque retrace la quête de vérité d’un fils qui n’a jamais connu son père.
Bien décidé à faire toute la lumière sur la personnalité de ce dernier, et face aux réticences de sa mère à revenir sur les évènements qui ont jalonné leur histoire familiale, le personnage central de ce livre entreprend alors de reconstruire le fil de sa vie à travers la seule photographie qu’il possède de son géniteur.

Mais cette impulsion nostalgique va très vite se transformer en un tourbillon vertigineux : Emil, le père qui s’est suicidé peu après la naissance du fils, était homosexuel.
La force du roman de Alain Claude Sulzer réside dans ce talent à partir d’une fiction tendre pour contextualiser cette « autre époque » et brosser le portrait social d’une homosexualité bridée et clandestine.
Mélancolique par le prisme du fils, oppressant par le prisme du père, le roman devient militant dans son énergie et tend à rappeler la violence des silences, du rejet et l’intolérance.
Une autre époque,
de Alain Claude Sulzer
Editions Jacques Chambon
Jacques d’Adelswärd-Fersen est un précurseur : ce poète aristocrate a lancé la revue homosexuelle Akademos en France dès 1909 afin de promouvoir « l’acceptation sociale de l’homosexualité ».

_ Son procès en 1903, au terme duquel il fut condamné à six mois de prison et à la perte de ses droits civiques pour « outrage à la pudeur avec des personnes de sexe masculin » lui a donné la matière première de ce qui s’avère être aujourd’hui un véritable héritage camp : Lord Lyllian.
Le récit se veut une satire du scandale qui a entaché la vie publique de l’auteur, et fait directement référence à d’autres figures emblématiques de l’histoire homosexuelle à travers de grands noms du 19e siècle : Oscar Wilde, Achille Essebac, John Gray et bien d’autres se convoquent pour illustrer ce mélodrame à la fois tragique et grandiloquant, glamour et queer, assurément plein de vie.
Les « messes noires » du Lord servent ici à dépeindre, dans un style quasi théâtrale, le contre-portrait d’une société que la norme mène doucement jusqu’à l’implosion intime. Une réédition réjouissante !
Lord Lyllian, messes noires,
de Jacques d’Adelswärd-Fersen
Editions GKC

La femme est le trône de Satan, la pudeur lui est à charge ; fuis-la, lecteur. B. de Morlas, cité par Delumeau, La peur en Occident, coll. Pluriel, Éd. Hachette.