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« 80 jours » : un film qui se penche sur l’amour entre deux femmes de plus de 60 ans

17 juin, 2011

http://callmejulie.yagg.com/2011/06…

Une production européenne et plus précisément basque : 80 jours (80 egunean), réalisé par Jon Garaño et José Mari Goenaga.

Pour une fois, un projet aborde une thématique qu’on ne voit jamais : l’homosexualité chez les plus de 60 ans.

Deux amies d’enfance dont l’amitié amoureuse les a profondément marqué, se retrouvent après cinquante années de séparation.
Axun, mariée, est d’abord surprise de découvrir l’homosexualité assumée de Maite.
Mais, au fil des jours, des sentiments profonds refont surface entre les deux septuagénaires.

Produit en 2009, le film n’a pas encore trouvé de distributeur en salles françaises (il est sorti en Espagne en mai) mais a été projeté et récompensé par le Prix Spécial du Jury au Festival du Premier Film d’Annonay 2011 qui s’est déroulé en février dernier.
la bande-annonce apporte un coup de fraîcheur à la production lesbienne habituelle (je suis étudiante hétéro et je tombe sous le charme de ma nouvelle copine de chambrée lesbienne / je suis lycéenne libre et je fais tout pour me taper ma prof / je suis rebelle névrosée et j’entraîne ma soulmate dans un road-movie dramatique).

Mariasun Pagoaga (« 80 jours ») : « Embrasser une femme, où est le problème ? »

Têtue par Mélanie Vives 12 juin 2012,

INTERVIEW. Le film lesbien « 80 jours » sort demain en salles.

En dépeignant avec brio l’histoire d’amour contrariée de deux femmes d’une soixantaine d’années, il aborde un sujet extrêmement peu traité sur les écrans. TÊTUE a rencontré une des deux actrices principales.

Avant sa sortie aujourd’hui en France, le long-métrage basque 80 jours a beaucoup voyagé.
En Espagne et ailleurs, il a été très bien reçu –et même primé à plusieurs reprises– dans la centaine de festivals où il a été présenté. µ
Peut-être parce qu’en le réalisant, Jon Garaño et José Mari Goenaga ont osé s’attaquer à deux tabous. *

Celui de l’orientation sexuelle des seniors en général, et de l’homosexualité des femmes âgées en particulier.
Peut-être aussi parce que ses deux actrices principales, Itziar Aizpuru et Mariasun Pagoaga (respectivement à droite et à gauche sur la photo ci-dessus), y sont aussi justes que touchantes.
Dans un étonnant mélange de français et de castillan, cette dernière a répondu aux questions de TÊTUE.

TETUE : Qui est Maïté, le personnage que vous incarnez ?

Mariasun Pagoaga : C’est une Basque, une femme très libérale, qui sait très bien ce qu’elle veut.

Elle est lesbienne et n’a jamais caché ses préférences sexuelles.
Quand elle était jeune, elle était très proche d’Axun, aux côtés de qui elle se sentait très bien.
Puis chacune a poursuivi son chemin… Axun s’est mariée.
Et Maïté a étudié, a beaucoup voyagé, elle est professeure de musique, elle a eu beaucoup d’amoureuses… Ces deux femmes vont se recroiser des années après, et Maïté voit là l’espoir de récupérer son amour d’enfance. Une très belle relation va naître… Une histoire d’amour.
Sans trop en dévoiler, on peut tout de même dire qu’Axun va mal vivre ces retrouvailles…

Oui, car elle se rend compte que quand elle est avec Maïté elle est heureuse et elle se sent femme.
Alors que quand elle est avec son mari, ce n’est pas ça… *
Ils ont une vie très monotone ensemble. Elle ne l’aime pas, c’est juste l’habitude qui les relie.

Quel a été votre parcours jusqu’à votre arrivée dans l’équipe de 80 jours ? *
Je fais partie d’un groupe de théâtre dans ma ville, en Espagne. *
Quand j’ai appris que les réalisateurs du film avaient besoin d’une femme d’une soixantaine d’années qui savait parler basque, je suis allée passer le casting.

Quand j’ai su que j’avais le rôle, j’ai eu une sensation de peur car je ne connaissais pas du tout le monde du cinéma, je ne savais pas du tout comment ça allait se passer avec l’équipe…
Pendant 42 ans j’ai travaillé dans une entreprise, avant de prendre ma retraite. Jamais je ne pensais me retrouver un jour dans un film !

Quelle a été votre réaction quand vous avez su que vous alliez incarner une lesbienne à l’écran ?

Dès le début j’étais au courant du thème du film. Même si je ne savais pas pour laquelle des deux femmes j’auditionnais, mais ça n’avait pas d’importance pour moi. C’est la première fois que je jouais le rôle d’une lesbienne.

Aucune appréhension ?

Mais pourquoi ? Je ne comprends pas pourquoi les gens donnent autant d’importance à ça, quel est le problème ? Je ne suis pas lesbienne mais chacun a les préférences sexuelles qu’il a et on doit le respecter !

Je n’ai aucun préjugé. Si je dois embrasser une femme, il n’y a aucun problème ! Pourquoi pas ?!

En images : ces lesbiennes seniors qui se sont aimées à l’écran

Têtu par Mélanie Vives 21 juin 2012, « 80 jours », qui relate l’histoire d’amour lesbienne de deux sexagénaires, est sorti la semaine dernière en salles. Unique ou presque ! Très peu de films abordent en effet le thème de l’homosexualité des femmes seniors. TÊTUE en a retrouvé quelques-uns… Regardez !

Il y a quelques jours, le réalisateur Jon Garaño déclarait à TÊTUE qu’avant la sortie de 80 jours, encore à l’affiche en ce moment, aucun film n’abordait l’histoire d’amour lesbienne de deux femmes âgées (lire notre interview). A quelques exceptions près, en effet : rares sont ceux qui ont touché de très près au thème de l’homosexualité féminine des seniors.

TÊTUE vous propose de (re)découvrir, en images et dans l’ordre chronologique, quelques lesbiennes de cinquante ans et plus que l’on a pu voir – ou apercevoir – au ciné ou à la télé. Regardez notre sélection ci-dessous ! http://www.tetu.com/actualites/cult…

Jon Garaño (« 80 jours ») : « Le premier film sur un amour lesbien entre seniors »

Têtu par Louis Maury 13 juin 2012, INTERVIEW. Dans « 80 jours », qui sort aujourd’hui au ciné, deux grands-mères découvrent qu’elles n’ont jamais cessé de s’aimer. Un film magistralement interprété, sur un sujet rare, celui de l’homosexualité et de l’amour chez les plus âgées. Rencontre avec l’un des deux réalisateurs.

Ce n’est pas forcément le film qui, au premier abord, séduit. Une ville côtière du nord de l’Espagne. Des existences solitaires qui se croisent. Dont celles de deux femmes. Axun et Maïté. Elles se sont connues adolescentes au lycée. Et aimées passionnément avec candeur et légèreté. Avant que le « qu’en dira-t-on » et les contingences sociales ne les séparent. L’une s’est mariée avec un homme bon, taiseux et maladroit. L’autre a vécu sa vie de lesbienne. Bien des années plus tard, elles se retrouvent par hasard.

Cette histoire d’amour que les années n’auront pas ternie ni brisée a été mise en scène avec subtilité -et même une belle malice- par deux jeunes réalisateurs qui se sont inspirés d’une histoire vécue dans leur entourage. Les deux actrices, Itziar Aizpuru et Mariasun Pagoaga (respectivement à gauche et à droite sur la photo ci-dessus), sont tout simplement grandioses et débordantes de sensibilité. Rencontre avec Jon Garaño, l’un des deux metteurs en scène, aussi chaleureux que ses deux actrices.

TÊTUE : D’où vous est venue l’idée de ce premier film ? Il aurait été inspiré par l’histoire d’un membre de votre famille ?

Jon Garaño : En fait ce sont deux histoires réunies.
Notre productrice souhaitait que nous fassions une histoire autour de gens du troisième âge.
Et même temps, une de mes amies, qui a 70 ans, a vécu une histoire assez proche.
En jumelant ces deux idées, nous avons réalisé qu’il n’existait pas de film sur une histoire d’amour lesbienne avec deux femmes de cet âge.

Un projet aussi particulier n’a pas dû être le film le plus facile à produire ?

On n’y a pas pensé de suite, mais nous nous en sommes rendus compte très vite, d’autant plus que le film est en langue basque.
Mais la productrice nous a soutenus à fond, tout comme la télévision publique basque.

Les deux pépites sont vos deux comédiennes. Comment les avez-vous trouvées ?
Nous savions que bien les choisir, c’était la clé du film !
Nous avons dû rencontrer toutes les actrices de 75 ans.
Mais aucune ne nous a convaincus.
Pour le personnage d’Axun, celle que nous avons retenu avait juste fait un peu de télé.
Pour celui de Maïte, elle commençait à faire un peu de théâtre amateur.
Dès que nous les avons mis ensemble, l’alchimie était palpable.
Et la crainte que ces deux femmes éprouvent en se retrouvant allait bien avec leur fragilité d’être pour la première fois devant une caméra.
C’était vraiment un saut dans le vide pour nous.
Surtout qu’il s’agissait de notre premier film !

Justement, pour des débuts, ces deux actrices n’ont-elles pas eu peur de l’ampleur du rôle ? Les jeunes comédiens ont déjà souvent peur de toucher à des rôles d’homos… Comment cela s’est-il passé dans leur cas ?

Non, elles ont embrassé leur personnage avec naturel.
C’est nous qui étions presque trop pudiques par rapport à elles…

Le film a fait le tour du monde. Quels types de réaction 80 jours a-t-il reçu ?

80 jours a été déjà voyagé dans plus de 100 festivals.
Jamais nous n’aurions pensé que le film toucherait à ce point déjà des sélectionneurs, puis le public.
Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de fois où j’ai croisé de vieilles dames à la fin des projections venant me dire : « Vous savez, vous avez raconté mon histoire ! » C’est le plus beau cadeau pour nous.

Comment vous êtes-vous réparti les tâches avec José Mari Goenaga ?

Nous avons l’habitude de travailler ensemble chez Moriarty (leur société de production, ndlr), bien que nous dirigions seuls nos courts-métrages.
Travailler ensemble c’est bien pour répartir la pression, c’était notre premier long ! Certes, nous nous sommes fâchés parfois, mais ça va (rires) !

80 jours (80 Egunean) - Un film de Jon Garaño et José Mari Goenaga avec Itziar Aizpuru, Mariasun Pagoaga, José Ramón Argoitia, Ane Gabarain, Patricia López. Drame. 1h45.

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Citations

C’est dans le processus même de socialisation des êtres que se lient la passivité et la soumission féminines, l’activité et la domination masculines. En omettant de soulever le problème de la formation d’un comportement spécifiquement sexuel, la science fait croire que le comportement sexuel, tel qu’on le rencontre aujourd’hui, est un comportement « naturel ».

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