Propos recueillis par G. A franceguyane.fr 08.12.2010
Le président de Tjenbé Rèd rappelle que« le taux de suicide est plus important que la moyenne chez les jeunes LGBT »

/ photo GA Un débat a eu lieu hier à Cayenne, à l’appel de Tjenbé Rèd.
David Auerbach Chiffrin,le président de l’association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes et le sida, déplore notamment le manque de représentants locaux sur le sujet, et le silence des élus ultramarins.
La ville de Cayenne accueillera-t-elle une Gay Pride en 2015 ?
L’intitulé du débat était effectivement « 2015, une Gay Pride à Cayenne ? ». C’est une annonce volontairement provocatrice pour accrocher le regard et interpeller la population. Mais c’est difficile d’annoncer cela aujourd’hui.
Pourquoi pas ?
On en reparlera en 2014, mais je ne pense pas que la Guyane soit prête, tout comme les esprits.
-D’abord, parce qu’il n’existe pas ici d’association de personnes LGBT.
Et je ne suis pas certain que ces mêmes personnes en ont envie.
L’un des objectifs de la réunion de ce soir* est justement de recenser leurs besoins et d’évaluer leur ressenti.
En 2010, l’homosexualité ne paraît toujours pas facile à vivre…
C’est pour cela notamment, qu’on doit trouver des acteurs locaux, pour faire passer des messages dans les médias. Car on en manque en Guyane.
Le sujet reste un tabou. Et même si certains disent que l’homosexualité est un truc de blanc, on se rend compte que dans les Dom, comme ailleurs, il y a toujours de 1 à 10 % de la population qui est homosexuelle ou qui a déjà eu une expérience de ce type.
L’homophobie est-elle plus présente chez nous ?
Je ne connais pas particulièrement la Guyane, mais elle existe partout, et sous diverses formes.
C’est juste qu’ici, on y échappe beaucoup plus difficilement, parce que le territoire est plus limité.
Dans l’Hexagone, on peut prendre un train, faire 300 km et sortir d’un contexte déplaisant.
Aux Antilles, on a beaucoup d’exemples de personnes qui ont pris un billet d’avion aller après la révélation de leur homosexualité.
Certains ne supportent plus de se cacher.
D’ailleurs, le taux de suicide est plus important que la moyenne chez les jeunesLGBT.
Un autre détail, c’est que la pratique religieuse est plus forte en Outre-mer. Or, dans le Lévitique de la Bible, la peine de mort est promise aux homosexuels…
Après, il existe aussi des associations religieuses d’homosexuels.
La prévention du sida vous préoccupe-t-elle aussi ?
C’est l’autre volet du débat. On a déjà eu deux consultations aux Antilles à la suite des États généraux de l’Outre-mer.
Et la ministre Marie-Luce Penchard a validé le projet au mois de mars, qui figure au plan national de lutte contre le VIH et le sida 2010-2014.
On doit donc boucler ce plan pour le 15 décembre, et on se devait de venir à Cayenne, dans la capitale du sida en France.
C’est un fait. Maintenant, je n’ai pas le sentiment que les élus ultramarins soient vraiment impliqués dans cette lutte.
Ils ne savent pas aborder le sujet autrement que par le silence.
* L’entretien a été réalisé avant les débats qui se sont tenus hier soir au Central Hôtel de Cayenne.

