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« Absent », de Marco Berger

http://yagg.com/reservez-vos-places…

Teddy Award du meilleur film au dernier Festival du film de Berlin.

L’histoire ?

Martin se blesse lors d’un cours de natation.
Après l’avoir emmené à l’hôpital, Sebastian, son professeur, propose à Martin de le raccompagner chez lui.
Mais il n’y a personne.
Le professeur n’a alors d’autre choix que de lui proposer de passer la nuit chez lui, sans encore se douter des vraies intentions de son jeune hôte…

Absent, 8 juillet 2011 Difficile d’écrire une critique d’Absent, de l’argentin Marco Berger. Dur de mettre des mots sur un film aussi économe au niveau du dialogue justement. Voyons si je peux retranscrire par les mots ce que Berger nous laisser voir par les images. / !\Attention, il y a des vrais bouts de spoiler dans cette critique / !\

La trame narrative d’Absent n’est sans doute pas ce qui permet au film de se distinguer.
Un jeune homme de 16 ans, Martin, ment sur sa situation familiale auprès de son professeur de sport, Sebastian, afin de passer la nuit chez lui car celui-ci l’attire.On retrouve le bon vieux schéma ado/adulte ou prof/élève qui à déjà fait jaser autour de Lolita, Hartley Coeurs à Vif, Hard Candy et Woody Allen (au choix.) L’histoire est bien mené cependant, sans tomber dans les poncifs. D’autant qu’ici, c’est Sebastian qui ne se doute pas qu’il est le jouet du désir du jeune Martin.

C‘est là que le film devient intéressant. Car Martin n’est pas un ado « qui se cherche », mais un jeune homme qui sait ce qu’il veut. Et même si les mots homo ou gay ne sont jamais prononcés, il est clair dans sa relation avec Ana et dans les regards qu’il porte aux autres garçons dans le vestiaire de la piscine que son désir est exclusivement masculin.
Et Martin est bien décidé à suivre ce désir qui le porte vers Sebastian.

A travers les yeux de Martin, le film s’attarde sur les corps masculin : par des successions de plans fixes sur Martin lui même en ouverture ; puis un travelling sur le corps de Sebastian alors que Martin l’observe dormir.
Rien d’autre que la caméra et les regards des personnages ne porte ce désir charnel.
Tout au plus, Martin dit espérer « qu’il se passe quelque chose. » Loin de tomber dans la vulgarité porno-soft, le film présente le corps masculin avec un esthétisme totalement non-putassier dont les photographes des Dieux du Stade feraient bien de prendre de la graine.
Pendant tout la première moitié du film, on a l’impression de voir par les yeux de Martin. Et on se demande bien le rapport avec le titre.
Car tout est dans la présence, la proximité de ces deux hommes qui cependant ne se touchent jamais.

La deuxième partie du film cependant inverse la focalisation.
Martin disparait, et c’est par les yeux de Sebastian que l’on découvre son absence : une odeur dans un t-shirt, un flashback dans la voiture…
Peu à peu, la vision de Sebastian change.
D’abord furieux d’avoir été abusé, il reconsidère le jeune homme désormais absent.
La petite-amie volubile de Sebastian m’a vraiment fait reconsidérer l’économie des dialogues de la première partie, où Martin ne posait que quelques questions sporadiques à son « profe. »
La scène finale, à la piscine peut sembler artificielle… L’image du jeune Martin Blanco apparait nimbée de lumière… blanche, et Sebastian le poursuit sans arriver à l’attraper.
Quand enfin il attrape cette chimère, il a à peine le temps de lui déposer un baiser au coin des lèvres que le fantôme s’enfuit.
J’aime assez cette métaphore par laquelle Sebastian pardonne Martin et embrasse son propre désir pour le jeune homme.

Non, LE gros point noir de ce film, c’est sa BO.
Des musiques ridiculement angoissante, type Les Dents de la Mer, alors que Sebastian prend une douche… à croire que Martin allait le violer avec un couteau de cuisine…
Et souvent, la musique anticipait trop l’action et on devinait ce qui allait se passer en entendant la musique s’accélérer avant par exemple la survenue d’un évènement important à la narration.
Quelques longueurs aussi sans doute, mais celle-ci semble rétrospectivement s’intégrer à l’esthétique du film.
Le manque de subtilité de l’humour, par contre, provoque un gros décalage avec le reste du film (la scène de révision notamment.)

Au final, c’est un film entièrement centré vers ces deux hommes, les autres personnages ne faisant que figure d’esquisses pour mieux faire ressortir la relation ou non-relation entre Martin et Sebastian (minimalisme qu’on retrouve dans les dialogues, les costumes et le maquillage des acteurs.)
Le changement de point de vue à mi-parcours nous permet de voir la vision des deux hommes sans s’étaler en dialogues pompeux et inutile : tout est dans l’image, dans les visages et les corps.

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Citations

"L’homosexualité jouit du triste privilège d’avoir été combattue simultanément pendant ces deux derniers siècles en tant que péché, crime, et maladie. Si elle échappait à l’Eglise, elle tombait sous le joug de la loi laïque ou sous l’emprise de la clinique" Daniel Borillo.

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