Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Le genre qui ne se laisse pas faire
Discriminations, homophobie, politique et société : l’actualité décryptée par Alain Piriou, président de l’inter-LGBT.
La meilleure réponse est le Rap féministe et LGBT, oui c’est super !

La polémique enfle depuis trois semaines, après la découverte par des blogs féministes d’un clip vidéo intitulé « Sale pute » d’un jeune rappeur dénommé Orelsan.
Son écoute est en effet difficilement supportable : l’auteur se met en scène en macho sadique enragé, citant un à un les supplices les plus cruels qu’il promet à sa petite amie dont il vient de découvrir l’infidélité.
Des pétitions circulent, la presse s’en empare, au point que chaque festival et chaque salle de spectacle est sommée de prendre position : ainsi les Francofolies de La Rochelle pourraient ne pas accueillir le jeune rappeur, tandis que le directeur du printemps de Bourges a refusé de le déprogrammer.
Orelsan ne chante en réalité plus ce morceau, qui ne figure pas dans son unique album. Il reconnaît que les paroles sont choquantes, et explique qu’il s’agit d’une fiction où il se met dans la peau d’un personnage violent qui n’a rien à voir avec lui, jure-t-il. Il refuse toutefois de retirer le clip vidéo des sites Internet l’hébergeant, ce qui permet à la polémique de continuer de plus belle.
Au gouvernement, Valérie Létard, secrétaire d’État à la Solidarité, a pris position : les vidéos doivent être retirées de la Toile, et la ministre déclare avoir saisi le procureur de la République pour étudier les voies légales permettant d’obliger Youtube et Dailymotion à s’exécuter. Mais elle reconnaît une difficulté juridique, et fait part de son intention de légiférer si la voie judiciaire aboutit à une impasse.
Selon Valérie Létard, en effet, « les filtres appliqués quand il s’agit de pédopornographie, d’incitation à la haine raciale et d’homophobie ne sont pas applicables à l’appel au viol et au meurtre envers les femmes ! » Et annonce l’éventuel dépôt d’un texte « afin de condamner l’apologie ou l’incitation au crime sexiste. » On en reste confondu : ce texte a en réalité déjà été voté, il y a plus de quatre ans.
En matière de propos publics, c’est en effet la loi sur la liberté de la presse qui s’applique. C’est ce texte pénal qui définit les notions d’injures de diffamation, et de provocation aux crimes et délits.
Son article 24 indique :
« Seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes :
1° Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles, définies par le livre II du code pénal ; »
L’ajout intervenu en 2004, avec la création de la Halde, est le suivant :
« Seront punis des peines prévues à l’alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap. »
Laisser entendre que les provocations à la haine homophobe seraient plus lourdement sanctionnées que celles à la haine sexiste relève donc de la désinformation. C’est, une fois de plus, encourager à une sinistre compétition entre catégories de victimes, selon une détestable habitude de la secrétaire d’État.
La réalité, c’est que la loi interdit certains propos publics à caractères racistes, sexistes ou homophobes, avec une égale sévérité.
Ce qui ne signifie certes pas que tout discours raciste, sexiste ou homophobe soit interdit. Ainsi Christian Vanneste et George Frêche ont-ils été relaxés des poursuites engagées contre eux, l’un pour propos homophobes, l’autre pour propos racistes, parce que leurs allégations n’entraient pas rigoureusement dans la classification des propos publics sanctionnés par la loi sur la liberté de la presse.
Concernant Christian Vanneste, la Cour de cassation avait même reconnu le caractère choquant de ses affirmations, sans pour autant les juger illicites.
Comme le craint Valérie Létard, il est donc possible que la justice, si elle est interrogée, se montre impuissante face à Orelsan.
Faut-il dès lors modifier la loi une nouvelle fois ?
Le point d’équilibre actuel réserve la sanction pénale aux seules injures, diffamations et provocations qui visent explicitement une personne ou un groupe désigné à raison de son sexe, de ses origines, de sa religion, de son orientation sexuelle ou de son handicap. Il résulte d’un difficile compromis entre la liberté d’expression et la protection contre les discriminations.
Pour avoir moi-même tâté de ce terrain-là, j’ai pu mesurer que l’effet pédagogique de la sanction à tout prix est très relatif : le débat qu’on voudrait voir s’engager sur la violence et la discrimination devient un débat sur la liberté d’expression et la censure, où le fautif devient la victime.
En réalité, il est difficile de ne pas juger suspect ce nouveau cheval de bataille ainsi enfourché par Valérie Létard, au moment où les renoncements du gouvernement à promouvoir l’égalité des sexes deviennent particulièrement visibles.
Mercredi, veille des déclarations de Valérie Létard, avait lieu l’Equal Pay Day. Dans plusieurs pays occidentaux, des féministes ont en effet déterminé une date, celle à laquelle les femmes peuvent estimer avoir reçu le même revenu que celui perçu par les hommes au 31 décembre de l’année précédente. Selon des chiffres récemment publiés par le ministère du Travail, les femmes ont reçu en 2006 un revenu annuel brut inférieur de 27% à celui des hommes. À caractéristiques observables égales, le salaire horaire des femmes est inférieur de 10 %. Cette inégalité, qui ne s’explique ni par la durée du travail, ni par le niveau de qualification, est imputable à une discrimination salariale, et est contraire au principe « à travail égal, salaire égal. »
Valérie Létard connaît bien ces chiffres, ainsi que la promesse faite en 2007 par son ministre de tutelle de l’époque, Xavier Bertrand, en faveur d’un projet de loi sanctionnant financièrement les entreprises n’ayant pas pris de mesures pour remédier aux inégalités salariales. Le 8 mars dernier, son successeur Brice Hortefeux écartait cette perspective, pour s’en remettre à une mission, une de plus, confiée à l’Inspection Générale des Affaires Sociales : le sexisme managerial a de beaux jours devant lui. En cette période de renoncements, Orelsan vient donc à point nommé pour redonner des couleurs féministes au gouvernement, au prix du moindre effort. • Alain Piriou •
la maison de disque d’Orelsan : la Wagram Music et ses avocats s’engouffrent dans un vide du code pénal : il n’est pas interdit de raconter des rêves.
Cela ne veut pas dire que les militantes qui ont protesté devant les salles de concert le font pour rien, bien au contraire :
certains jeunes surtout des filles et des couples n’étaient pas au courant de la teneur des paroles et ne sont pas entrés.
Des garçons sont entrés mais leurs places étaient gratuites.
D’autres ont payé et sont entrés en rigolant et en se moquant des "vieilles" féministes, mais rigolent moins en apprenant que l’idole s’est vue refuser 50 concerts rien qu’en 2009 !
Ce militantisme paye et il n’est nullement ridicule, bravo !

« Le féminisme, c’est ne pas compter sur le Prince Charmant ». Jules Renard