« La lesbophobie doit être une circonstance aggravante »
Têtu par Patricia Huon 21 février 2012,
Il y a quelques jours, la justice sud-africaine a reconnu que l’orientation sexuelle de Zoliswa Nkonyana avait joué un rôle dans son meurtre.
Une première dans le pays. Gill Henderson, de l’association Triangle Project, revient sur les enjeux du procès.
Le 1er février, quatre des agresseurs de Zoliswa Nkonyana, lesbienne sud-africaine assassinée il y a six ans près du Cap, ont été condamnés à 18 ans de prison, dont cinq avec sursis. Retour sur ce procès et ses possibles conséquences avec Gill Henderson, de l’association Triangle Project qui lutte contre l’homophobie.
TÊTUE : Pourquoi ce procès a-t-il suscité une telle mobilisation des associations LGBT ?
Gill Henderson : En Afrique du Sud, c’était seulement la deuxième fois qu’un procès avait lieu pour le meurtre d’une lesbienne.
Le premier cas était celui d’Eudy Simelane en 2009.
Un des assassins avait été condamné à la prison à vie, mais le juge avait estimé que l’orientation sexuelle de la victime n’avait rien à voir avec les faits.
Dans le cas de Zoliswa, en tant qu’activistes, nous poursuivions deux buts : premièrement que ce procès aille jusqu’au bout, afin que le système judicaire apparaisse crédible, et ce dans l’intérêt de tous les Sud-Africains.
Ensuite, il était essentiel que la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle soit reconnue comme une circonstance aggravante.
Nous avions fait une recommandation à ce sujet et nous avons travaillé étroitement avec le procureur pour qu’il plaide en ce sens.
« Nous espérons que ce jugement va créer un précédent »
Le fait que la juge ait reconnu que l’orientation sexuelle de Zoliswa avait joué un rôle dans son meurtre est une première en Afrique du Sud.
Vous considérez cela comme une victoire ?
Il est toujours difficile de dire qu’il s’agit d’une victoire quand quelqu’un a perdu la vie.
Zoliswa est morte et la condamnation de ses meurtriers ne la fera pas revenir.
Cependant, nous espérons que ce jugement va créer un précédent.
Bien sûr, un seul procès ne va pas révolutionner les mentalités.
Et il y a encore beaucoup de travail pour améliorer le système judicaire en général, pas seulement dans son attitude envers les lesbiennes.
Mais nous pensons que ce verdict pourra nous aider, à l’avenir, si nous devons intervenir dans un autre procès afin que d’autres meurtriers soient condamnés.
Que pensez-vous de la sentence ? 18 ans de prison dont cinq avec sursis, est-ce une peine assez lourde ?
Les quatre hommes qui ont été condamnés pour le meurtre de Zoliswa étaient mineurs au moment des faits.
C’est pour cela que la peine n’est pas plus lourde et il est normal que la loi soit appliquée pour tous.
Bien qu’ils soient entièrement responsables de leurs actes, il est important de ne pas en faire des boucs émissaires.
Cela risquerait de masquer le contexte plus large qui fait que ces jeunes hommes ont agi de la sorte.
Or, c’est pour faire changer ce contexte que nous agissons.
Le Cap veut sa place au soleil sur la carte du tourisme gay
La "carte rose" des lieux gay est distribuée dès l’arrivée à l’aéroport : Le Cap joue très officiellement la carte du tourisme homosexuel, seul sur un continent où le sujet reste tabou.
E-llico.com
Mis en ligne le 08/02/2012
"Le marché gay est vraiment un marché de niche que nous visons", explique Skye Grove, porte-parole de Cape Town Tourism, pour qui la métropole touristique sud-africaine doit tenir son rang parmi les destinations privilégiées des homosexuels, face à San Francisco, Miami, Sydney, Berlin ou Amsterdam.
"Le revenu disponible des homos est généralement plus élevé que celui des hétéros", et ils ont été bien moins affectés par la crise mondiale qui a privé Le Cap du quart de ses touristes ces dernières années, ajoute-t-elle.
La culture gay s’affiche depuis la fin de l’apartheid, qui réprimait l’homosexualité.
L’Afrique du Sud accorde l’égalité des droits aux homosexuels, se distinguant sur un continent africain où beaucoup doivent se cacher.
Sur les 1,5 million de visiteurs qu’accueille Le Cap tous les ans, 15% sont homosexuels, selon Skye Grove. Surtout des garçons, blancs.
Qu’est-ce qui les attire tant ? "le style de vie !", juge-t-elle. Et de citer la beauté de la ville et de ses environs, la tolérance des habitants, la "vie urbaine vibrante", les plages, les vignobles, les bons restaurants…
Le tout dans un pays qui autorise le mariage homosexuel, sans oublier l’inversion des saisons qui fait que c’est le plein été quand l’Europe ou l’Amérique du Nord grelottent.
En outre, l’importance de la communauté gay autochtone et le nombre des touristes favorisent les rencontres pour ceux qui en cherchent.
On trouve un certain nombre de ces estivants chouchoutés au bord de la piscine de The Glen, établissement numéro un sur la Pink Map, la "carte rose" indiquant les lieux gay aux touristes. L’hôtel vient de doubler de volume, avec une deuxième piscine, un deuxième jacuzzi, un deuxième bar…
Que veulent les clients ? "sea, sex and sun", note son directeur Chris Hattingh. "Il y a un peu de tout !", ajoute-t-il.
Il y a ceux qui exposent leur corps parfait au bord de la piscine et ceux qui veulent absolument visiter tous les musées du coin.
Et puis ceux qui prolongeront leur séjour en explorant les environs, pourquoi pas avec un safari.
"On voulait du soleil ! On a pensé aux Caraïbes, mais on connaît déjà", explique Pierre Huygh, jeune Belge rencontré au bord de l’eau.
"Et puis mon frère nous a dit que c’était très gay, le Cap ! On a loué une voiture et on est ici pour découvrir."
Les préservatifs remplacent le Nouveau testament
Le Cap propose toute une gamme d’hébergements à ses touristes homosexuels - plus ou moins exclusivement gay, plus ou moins naturistes, favorisant plus ou moins les rencontres -, mais aussi des guides spécialisés, des fêtes, des boîtes de nuit, des bars, des restaurants… Jusque assez loin dans l’arrière pays.
Dans le tiroir des tables de nuit, des préservatifs remplacent le Nouveau Testament, que l’on trouve habituellement dans les hôtels sud-africains.
"Je me sens bien ici. C’est un très beau pays. Je suis fleuriste, et les plantes me plaisent ici. Et aussi les garçons !", raconte Stefan Gutwenger, Italien germanophone au drapeau sud-africain tatoué sur l’épaule, qui bouquine, nu au bord d’une piscine. Il en est à son cinquième voyage.
Son succès a fait du Cap une destination plus chère.
"Il y a dix ans, le Cap était à peu près inconnu comme destination gay, et très bon marché. Mais tout cela a changé, Le Cap a perdu son avantage compétitif. Les vols ne sont pas donnés et les hébergements sont devenus de plus en plus chers", constate Chris Hattingh.
"Le Cap n’est sans doute plus aussi compétitif, car d’autres villes ont découvert la valeur du ’pink dollar’", complète Riaan Kirsten, responsable du marketing d’une agence de voyages spécialisée.
"Mais Le Cap reste une destination gay très recherchée, et il y a tous les ans davantage de touristes !"
Reste que si les touristes apprécient l’atmosphère détendue du Cap, où les couples de même sexe peuvent se tenir par la main ou s’embrasser dans la rue, la plupart ignorent qu’à quelques kilomètres de là, de nombreux habitants des townships ou des quartiers afrikaners conservateurs ne sont pas aussi tolérants.
Les lesbiennes des townships risquent le viol correctif
Likamva Cekiso était encore adolescente quand elle a été violée. Comme de nombreuses lesbiennes des townships sud-africaines, elle a été victime de "viols correctifs", destinés à la convertir à une hétérosexualité jugée plus orthodoxe. E-llico.com Mis en ligne le 06/02/2012
"Je vivais comme une lesbienne, c’est pourquoi il m’a violée. Il m’a dit qu’une femme doit aller avec un homme, pas avec une dame", raconte-t-elle.
C’est son cousin qui a voulu remettre cette jeune femme de 29 ans dans le droit chemin.
Elle a eu une fille, maintenant âgée de 11 ans, suite à un second viol après que sa famille eut couvert la première agression.
Le monde de Likamva - le nom a été changé - semble très éloigné des bars gay, des boîtes de nuit, des fêtes de mariages homosexuels et des lois libérales qui garantissent égalité et liberté sexuelle dans l’Afrique du Sud post-apartheid.
Elle vit pourtant à Gugulethu, township située à quelques kilomètres du centre du Cap, la capitale gay du pays qui attire des touristes homosexuels venus du monde entier.
Selon les militants des droits de l’Homme qui viennent à leur secours, les lesbiennes des cités noires - mais aussi leurs soeurs des pays voisins - risquent au mieux d’être tournées en ridicule, au pire d’être passées à tabac, violées ou même assassinées.
A seulement 25 ans, Lindeka Stulo a été attaquée à quatre reprises, échappant de peu au viol à chaque fois. Mais elle a passé un mois à l’hôpital avec une jambe cassée, après son premier passage à tabac.
"Alors qu’ils me frappaient, ils disaient que je devais changer, que je suis une fille, que je ne pouvais fréquenter une autre femme, et qu’ils allaient me montrer que je suis une femme, en me frappant et me violant", raconte-t-elle.
"Ma plus grande peur, c’est que tout le monde me dit la même chose, tous les ans : tu vas être violée, tu vas être violée, tu vas être violée", dit-elle, mentionnant au passage qu’elle a découvert l’an dernier le corps d’une amie proche, qui se décomposait dans une poubelle.
Dans la ville du Cap, souligne-t-elle, "vous pouvez prendre la main de votre amie et l’embrasser en public. Ici, dans la township, si vous faites ça, vous vous mettez en danger".
Et comme si cela ne leur suffisait pas d’être rejetées par leurs propres familles, les lesbiennes des townships doivent aussi endurer la morgue de policiers pourtant censés les protéger, qui souvent rient ou appellent leurs collègues pour écouter quand elles viennent porter plainte.
Tout n’est pas perdu pour autant : la justice a quand même infligé début février 18 ans de prison aux quatre meurtriers d’une jeune lesbienne, lynchée il y a six ans à Khayelitsha, la plus grande township noire du Cap. Plus que ce qu’avait demandé le procureur.
Bien que la discrimination ait largement été dénoncée, une certaine conception de la virilité, les traditions et la religion sont profondément ancrées dans ces quartiers où vit la majorité de la population sud-africaine.
"Ils ne comprennent pas et je ne pense pas qu’ils comprendront jamais une femme avec une femme", souligne Likamva Cekiso, qui connaît une femme violée par son propre père qui n’a pas supporté son homosexualité.
"Peut-être un jour… Mais maintenant, nous pouvons juste prier et souhaiter qu’un jour les hommes comprendront pourquoi les gens sont comme ça, pourquoi nous sommes lesbiennes !"
"Je pense que nous ne connaîtrons jamais l’étendue du problème. Ce que nous savons, c’est qu’il est plus important que tout ce qu’on peut imaginer", soupire Sharon Ludwig, une responsable de l’ONG Triangle Project.
Selon les associations s’occupant de ces femmes, il n’y a aucun moyen fiable de quantifier les "viols correctifs", dilués dans les statistiques effrayantes des viols "classiques" : selon les chiffres de la police, un viol est commis toutes les dix minutes.
Et une étude de 2009 a montré qu’un homme sur quatre admet avoir participé à un viol.
Faute de statistiques fiables puisqu’on estime qu’un viol sur 25 seulement fait l’objet d’une plainte, des études concordantes d’ONG montrent que l’Afrique du Sud connaît l’un des pires taux de viol dans le monde, comparable aux taux de pays en guerre.
18 ans de réclusion pour les meurtriers d’une lesbienne au Cap
Quatre Sud-Africains ont été condamnés à 18 ans de réclusion, dont quatre avec sursis, pour le meurtre d’une jeune lesbienne il y a six ans près du Cap, alors que la violence contre les gays et lesbiennes reste monnaie courante en Afrique du Sud.
E-llico.com
Mis en ligne le 01/02/2012
Les quatre hommes, reconnus coupables en octobre, avaient lapidé, frappé puis poignardé Zoliswa Nkonyana à quelques mètres de son domicile, en 2006.
Trois autres accusés, présents au moment des faits, ont été acquittés, parce que le tribunal a estimé n’avoir pas de preuve de leur participation au meurtre.
"Nous sommes contents que le tribunal soit d’accord avec nous, ces jeunes gens n’ont pas exprimé de remord et ne sont pas réinsérables", a commenté après la sentence un porte-parole du parquet Eric Ntabazalila, cité par l’agence de presse Sapa.
Jayne Arnoff, responsable de l’association de défense des droits des gays Triangle Project s’est félicité de cette décision de justice, "un message fort", selon elle, qui consacre le fait que "Zoliswa avait le droit de vivre librement comme lesbienne" et que "nous devons respecter nos différences".
Il y a trois ans, l’assassin d’une footballeuse homosexuelle, Eudy Simelane, victime d’un viol collectif avant d’être tuée en avril 2008 dans une township des environs de Johannesburg, avait été puni de la prison à perpétuité et son complice de 32 ans de réclusion.
Le roi zoulou traite les homosexuels de pourritures
Le roi zoulou Goodwill Zwelithini, chef traditionnel de la plus importante communauté sud-africaine, a traité les homosexuels de "pourritures" lors d’une cérémonie officielle, obligeant le président Jacob Zuma à rectifier le tir, a rapporté lundi la presse locale.
E-llico.com
Mis en ligne le 23/01/2012
"Traditionnellement, personne n’avait des relations avec une personne du même sexe.
Ca n’existait pas, et ceux qui en ont, doivent savoir qu’ils sont des pourritures", a déclaré dimanche le roi Zwelithini, en marge des festivités marquant le 133ème anniversaire de la bataille d’Isandlwana, la plus grande défaite de l’armée britannique face aux zoulous en 1879.
"Je me fiche pas mal de ce que vous pensez.
Si vous êtes homosexuels, vous devez savoir que c’est mal et que vous êtes des pourritures. L’homosexualité est inacceptable", a-t-il ajouté cité par le quotidien The Times.
Le président sud-africain Jacob Zuma, qui est lui-même zoulou et participait à la cérémonie, a indirectement réagi dans son allocution à la tribune.
"Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nombreux défis qui vont de la réconciliation à la construction d’une nation qui ne discrimine pas les gens ni en fonction de leur couleur de peau, ni de leur orientation sexuelle", a déclaré Jacob Zuma.
Il y a six ans, il avait lui aussi créé un incident en jugeant que le mariage homosexuel, autorisé depuis 2006 en Afrique du Sud, "déshonorait" son pays.
Il avait alors ajouté que dans sa jeunesse, il n’aurait pas hésité à frapper les homosexuels, avant de devoir s’excuser.
Le pays autorise les couples du même sexe à se marier, mais aussi à adopter et à faire appel à une mère porteuse pour avoir des enfants.
Et il se revendique ouvertement comme une destination touristique pour les gays.
Mais si les mentalités ont considérablement évolué en ville et parmi la minorité blanche, les homosexuels vivant en zone rurale ou dans les townships, continuent d’essuyer des manifestations d’intolérance voire de violence ouverte.
4 hommes déclarés coupables du meurtre d’une lesbienne
Quatre hommes ont été déclarés coupables vendredi du meurtre d’une lesbienne de 19 ans par un tribunal du Cap, au terme d’une procédure de cinq ans ayant mis en lumière les violences, notamment les viols "correctifs", que subissent les homosexuelles en Afrique du Sud.
E-llico.com
Mis en ligne le 08/10/2011
Le tribunal prononcera la peine infligée aux meurtriers ultérieurement. Les quatre hommes avaient lapidé, frappé puis poignardé la jeune Zoliswa Nkonyana à quelques mètres de son domicile, en 2006.
Trois autres accusés ont été acquittés, parce que le tribunal a estimé n’avoir pas de preuve de leur participation au meurtre, bien qu’ils aient été présents lors des faits.
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Homoparentalité
Un bébé, deux papas, c’est possible en Afrique du Sud E-llico.com Mis en ligne le 09/10/2011 "La beauté de la chose est que l’enfant aura un lien génétique avec l’un d’entre eux", a-t-il ajouté, en précisant que le couple espérait obtenir la grossesse avec le sperme de l’un des deux et un don d’ovule. Ce jugement "fera jurisprudence", a indiqué Me Wilton. "Il y a déjà eu des demandes identiques à celle-ci, mais pour la première fois, ce jugement indique clairement quelles sont les conditions à remplir pour avoir une chance de voir sa demande acceptée", a-t-il dit à l’AFP. Jennifer Currie, la fondatrice de l’agence de Baby-2 Mom spécialisée dans le don d’ovules, a certifié qu’elle ne gagnerait pas d’argent sur la mise en relation de cette famille avec la mère porteuse.
Dans le jugement, les deux magistrats soulignent que "si l’on peut être tenté de penser que le problème des mères porteuses est nouveau, il semble que depuis les temps bibliques, les gens qui ne peuvent pas avoir des enfants ont opté pour des formes de maternité de substitution".
L’Afrique du Sud, qui se distingue sur le continent africain et dans le monde en général pour son souci de l’égalité des droits des homosexuels, autorise également les couples du même sexe à adopter.
Et ce sont pas les orphelins qui manquent. Avec les ravages du sida et la pauvreté, quelque 1,5 million d’enfants pourraient potentiellement être adoptés.
Mais 600 sont actuellement "légalement adoptables", et 200 ont été effectivement adoptés en 2010, selon des chiffres officiels.
Le couple qui a fait le choix de la mère porteuse préfère se préserver des médias. Mais une source proche a laissé entendre à l’AFP que l’adoption aurait été trop compliquée pour eux.
Depuis 2010, il aurait notamment fallu justifier ou attendre de passer le cap de cinq années de résidence en Afrique du Sud, depuis une loi empêchant les adoptions éclair à la Madonna qui a adopté deux enfants au Malawi sans jamais y vivre.


