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Attention à ne pas assigner des croyants à des intégrismes qu’ils n’ont pas

Il existe des quartiers dans lesquels l’homophobie est plus présente, ou tout du moins se manifeste d’une façon plus explicite et plus physique. C’est un fait, incontestable.

La plupart des différentes manifestations religieuses condamnent très violemment et souvent explicitement les pratiques homosexuelles et fournissent ainsi des éléments de justification à une phobie largement répandue.

Après, il faut voir ce qu’on fait politiquement de ces éléments.
Est-ce qu’on en tire un discours "de vérité" quitte à figer la situation, la renforcer et à hypothéquer les possibilités de la changer ?
Où est-ce qu’on essaye de voir au-delà des faits immédiats pour pointer vers un projet progressiste ?
C’est évidemment une question très compliquée, mais je crois que ça vaut la peine de se la poser.

L’homophobie est aussi une forme d’aliénation pour la personne homophobe. La haine de l’autre est toujours une forme de haine de soi, de haine de l’autre en soi.
Enfermé l’autre dans son homophobie en lui la rappelant sans cesse, le renforcer dans son "identité homophobe", c’est aussi l’empêcher de s’émanciper.
Par contre, en disant qu’il n’y a pas de lien entre le fait d’être musulman juif ou chrétien et le fait d’être homophobe, on laisse à l’autre la possibilité de se construire comme croyant non-homophobe.

Un élément qui devrait faire avancer la perception que nous avons du caractère homophobe des religions telles qu’elles s’expriment en France.

La France, pendant des siècles (sans remonter au baptême de Clovis, partons de Jeanne d’Arc et de Charles VII, puis de son fils Louis XI, à partir duquel la France moderne s’est peu à peu constituée), a été la fille aînée de l’Eglise (catholique).
Pendant des siècles on a brûlé les sodomites, les sorcières, les femmes adultères.
Puis ce fut François Ier, la Renaissance, et malgré ça la chasse aux protestants, la Saint-Barthélemy.
Il fallut bien deux ou trois siècles pour que la tolérance religieuse, de l’édit de Nantes à sa révocation par Louis XIV, des écrits des Lumières et du combat de Voltaire pour sauver Michel Servet du bucher jusqu’à la Révolution et aux soulèvements sociaux du dix-neuvième siècle, s’installe pleinement.

Dans chaque village un clocher en marque le centre.
Le vendredi, même encore aujourd’hui, c’est en bien des endroits le jour du poisson. De l’église l’angélus déchire l’air trois fois par jour.
Il a fallu des siècles pour que l’Eglise catholique romaine comprenne qu’elle n’est pas seule à organiser la société, ses rites, ses traditions.
Il a fallu Vatican II et le christianisme social, et peu avant hélas la seconde guerre mondiale et ses réseaux de résistance, où le curé du village et les bonnes soeurs du couvent voisin côtoyaient les instituteurs de l’école laïque, gratuite et obligatoire, pour que des liens se tissent.
Bref, pour intégrer l’Eglise à la société, et la société laïque à l’Eglise, du moins à ses éléments les plus ouverts.

Ce qui est vrai du catholicisme, est vrai aussi du protestantisme et du judaïsme, vieilles religions bien implantées dans notre pays.
Avec, toutefois, une nuance de taille : le catholicisme a été la religion officielle jusqu’à la séparation des Eglises et de l’Etat, les deux autres ont été opprimées par la première.
Ne parlons pas de l’Holocauste, qui a des caractéristiques particulières.

Bref, ces religions, parce que leur implantation dans notre pays est ancienne, ont eu le temps de se séculariser.
Si leurs textes sacrés condamnent l’homosexualité (il n’est que de lire la Bible, et notamment l’Ancien Testament, c’est édifiant), si l’on peut comprendre que tout aggiornamento nécessite du temps, même encore aujourd’hui, au moins leurs fidèles ont compris que dans leur vie personnelle certains accommodements avec leur religion sont nécessaires.
Il n’est que de voir la façon dont les couples hétéros ou homos se constituent, les relations sexuelles avant le mariage, et d’ailleurs on ne se marie plus, le préservatif, etc.
Dans les grandes occasions, on va à l’église, au temple ou à la synagogue, mais tout ça est très relatif.
La déchristianisation du pays, la non-croyance gagnent du terrain.

L’islam, lui, est une religion d’importation. Inexistant en France au début du vingtième siècle, il est arrivé avec les soldats d’Afrique puis les travailleurs immigrés, qu’on est allé chercher pour défendre le pays puis le reconstruire après la Libération.
Le regroupement familial puis la naissance des générations suivantes en ont fait la deuxième religion (en fait, la troisième si l’on considère l’athéisme comme une "religion").
C’est donc quelque chose de tout neuf.
Ses prosélytes les plus déterminés veulent imprimer leur marque, comme le firent avant eux les prosélytes des autres religions.
Heureusement, nos institutions sont laïques, ce qui facilite la diversité religieuse.
On ne greffe pas une culture venue d’ailleurs sur une société fortement imprégnée d’autres valeurs, de par son histoire, même si cette société est largement ouverte au monde. Il en résulte nécessairement certaines frictions.

L’islam de France, déjà en voie de sécularisation dans notre pays, a besoin de temps pour trouver sa place.
Déjà des couples mixtes se constituent. On dit que 30 % des musulmans de France sont avant tout laïques. Il nous faut malgré tout rester vigilants, et ne pas attribuer à d’autres causes l’expression de l’intolérance religieuse, que ce soit par l’homophobie ou par d’autres manifestations, notamment le sexisme.

Quant aux multiples problèmes que posent certaines banlieues, certains quartiers déshérités, les causes en sont multiples, et notamment sociales.
On ne peut demander à ceux de nos concitoyens qui y habitent d’être exemplaires, alors qu’ils subissent maintes formes de discrimination.
Aider l’autre à s’émanciper, à prendre conscience que "la haine de l’autre est toujours une forme de haine de soi, de haine de l’autre en soi" , est la voie qu’il faut suivre, justement pour éviter la confessionnalisation de notre société. Il faut donc nommer les choses, nommes les causes, car il ne peut y avoir d’évolution satisfaisante si ce travail d’identification des causes n’est pas fait comme il faut.

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Citations

"La femme mariée est soustraite aux protections de la loi, tandis que l’homme marié est soustrait aux sanctions de la loi". Guillaume Carnino.

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