Écrit par Arnaud Bihel - 26 Octobre 2011 http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/bien-etre/1455-gouvernement-la-pilule-pour-les-mineures-ne-passe-pas
La secrétaire d’État à la Santé s’oppose à l’accès anonyme et gratuit à la contraception généralisé pour les mineures.
Avec des arguments « scandaleux », s’insurge la députée UMP Bérengère Poletti, favorable à cette évolution.
C’est une fin de non-recevoir. En présentant la nouvelle campagne sur la contraception, mercredi 26 octobre, la secrétaire d’État à la Santé Nora Berra s’est formellement opposée à favoriser l’accès à la contraception libre et gratuite pour les mineures.
Au nom du gouvernement, elle rejette les récentes initiatives prônant cette ouverture.
Comme la diffusion par certaines régions de "pass contraception" dans les lycées, les travaux du professeur Israël Nisand, les préconisations du Centre d’analyses stratégiques, en juin dernier, ou celles de Bérengère Poletti : la députée UMP signait en mai un rapport appelant à mettre en place « un dispositif anonyme et gratuit de prescription et de délivrance de moyens contraceptifs » pour les mineures, et travaille à une proposition de loi, « quasi-prête ».
L’épouvantail Médiator
Ce texte n’aurait donc pas l’aval du gouvernement.
« Une réflexion est en cours » pour développer l’offre de contraception au sein des centres de planning familial, annonce la secrétaire d’État à la Santé. Mais pas question d’aller plus loin.
Car pour Nora Berra, « diffuser largement l’accès à la pilule pour les mineures laisserait entendre qu’il n’y a pas de risque. » Or, la pilule est un médicament, insiste la secrétaire d’État.
Et, « sans vouloir faire la comparaison avec le Médiator, la question de sa toxicité se pose ».
Nora Berra évoque même « des cas de décès de jeunes filles qui avaient pris la pilule ».
« Cet argument est scandaleux », réagit Bérengère Poletti. « Si c’est dangereux, alors c’est dangereux partout et pour tout le monde ».
Quand à développer l’offre dans les centres de planning familial, estime la députée, cela ne résout en rien le problème qui est celui de la difficulté d’accès des jeunes filles à ces centres.
Le poids de la famille
Nora Berra avance un autre argument : « Il faut veiller à ne pas court-circuiter le rôle des parents. Il demeure crucial et nous devons le préserver ».
En mai dernier, en présentant son rapport, Bérengère Poletti déplorait le « lobbying intense sur les politiques de la part d’associations familiales », notamment à caractère religieux, pour maintenir les questions de sexualité dans la sphère familiale.
« J’avais pressenti les réticences de Nora Berra », explique Bérengère Poletti.
Quand au ministre de la Santé, il fait la sourde oreille.
« J’espérais plus d’écoute de Xavier Bertrand, mais je vois bien que je n’arrive pas à parler du sujet avec lui ».
La députée compte malgré tout déposer sa proposition de loi avant la fin de l’année, avec les signatures d’autres parlementaires.
« Mais, sans le soutien du gouvernement, cela s’annonce compliqué… »

