« "Beauty" n’est pas homophobe, mais le portrait d’un homme effrayé par ses sens »
Têtu par Louis Maury mardi 11 octobre 2011
Présenté au dernier Festival de Cannes, « Beauty » (« Skoonheid ») a décroché la Queer Palm et débarque mercredi dans les salles. Auteur de ce drame étonnamment maîtrisé, un jeune réalisateur sud-africain, Oliver Hermanus, natif du Cap. Rencontre.
C’est l’un des films événement de l’automne. Beauty, drame sud-africain très réussi signé Oliver Hermanus a remporté en mai dernier, dans le cadre du Festival de Cannes, la Queer Palm, qui distingue une œuvre pour sa contribution aux questions de sexualités et de genres.
Lorsqu’il a été présenté sur la Croisette, le film s’appelait encore Skoonheid, qui signifie en afrikaans « beauté ».
Un titre qui résume bien le propos central du film.
Dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, un blanc afrikaaner, descendant des boers – ces protestants d’origine hollandaise et française qui émigrèrent en Afrique du Sud au XVIIe siècle – va être magnétisé par un jeune étudiant.
Il se perdra… Le réalisateur Oliver Hermanus (phoot) nous explique les difficultés rencontrées par les homos dans ce pays, en particulier dans la société afrikaaner.
TÊTU : Beaucoup de spectateurs vont découvrir votre travail avec Beauty (Skoonheid). Quel a été votre parcours jusqu’à ce film ?
Oliver Hermanus : J’ai grandi au Cap en Afrique du Sud et d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être cinéaste…
J’ai réussi à décrocher pas mal de bourses et j’ai pu étudier entre autres en Angleterre. ou j’ai passé un master en réalisation à la London Film School.
Mon film de fin d’études, Shirley Adams, a été projeté en avant-première au Festival International du Film de Locarno en 2009 et il a obtenu beaucoup de prix.
J’ai 27 ans, et j’ai de la chance que tout soit allé si vite car il est très dur de faire du cinéma en Afrique du Sud.
Sans le soutien international, je n’en serais pas là aujourd’hui ! Entre autres, grâce à mon producteur français, Didier Costet.
D’où vous est venue l’idée de ce film dont l’atmosphère et le propos vont surprendre ?
Dans mon premier film (Shirley Adams), une mère se battait pour arracher à la mort son fils victime d’un accident. Là, je dois dire que j’ai voulu bousculer la société sud-africaine. Car on parle peu dans la culture afrikaans, il y a beaucoup de tabous. Je voulais jouer avec cela.
« Le Cap est un aimant pour beaucoup de gays sud-africains. Mais attention, la beauté du site peut être aussi un mirage… »
Le personnage principal, un homo refoulé, n’est absolument pas « aimable ». Le public homo pourrait le rejeter…
J
e sais que le héros torturé du film est un défi pour le public homo car il n’est en rien attachant. Je suis très heureux que le film ait remporté la Queer Palm car Beauty n’est en aucun cas une œuvre homophobe, mais bien le portrait de quelqu’un effrayé par ses sens. Car être soi, dans un contexte sud-africain, et en particulier dans un univers aussi conservateur que la société afrikaaner, c’est un sacré travail à faire.
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Le Cap, votre ville de naissance et vous vivez aujourd’hui, est vu par certains comme une nouvelle Mecque gay comme Sydney. C’est la réalité ?
Il y a quinze ans, être homo en Afrique du Sud était passible de prison.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui et les choses ont changé dans le bon sens.
C’est vrai que la communauté gay est très présente au Cap et globalement bien acceptée.
Mais en même temps, c’est l’une des villes du continent africain les plus touchées par le sida.
Et bon nombre de gens font des raccourcis dangereux et nourrissent ainsi l’homophobie de certains.
La ville est aussi un aimant pour beaucoup de gays sud-africains. Mais attention, la beauté du site peut être aussi un mirage…
Votre film a été un succès à Cannes et représentera l’Afrique du Sud aux Oscars. Comment a-t-il a été reçu localement ?
Cannes ou les Oscars ne disent pas grand-chose au public local.
A cette échelle, c’est un succès de cinéma d’art et essai.
De plus, la société afrikaner, très conservatrice, n’a pas été ravie de se voir présenter ainsi.
Cette société afrikaner est très mal connue et associée aux pires moments de l’apartheid. Comment se place t-elle aujourd’hui dans la nouvelle Afrique du Sud ?
Je pense que la majorité des afrikaans acceptent aujourd’hui la réalité : le pays est aujourd’hui majoritairement black.
Mais la question de la race reste encore très sensible dans le pays. En même temps, il y a un vrai univers culturel afrikaners, des films, des popstars… Elle reste forte.
Votre film fait le tour du monde. Vous avez envie de travailler à l’étranger ?
J’ai envie de continuer de tourner en Afrique du Sud. Il y a tant de choses à raconter. De toute façon, mon boy-friend déteste voyager…
_ Beauty, d’Oliver Hermanus, avec : Deon Lotz et Charlie Keegan. Genre : drame. Durée : 1h40. Sortie le 12 octobre.
Regardez la bande-annonce du film (VO) :

