Après le meurtre homophobe, les assos LGBT belges reçues par les ministres
Têtu par Christophe Cordier 15 mai 2012,
Il y a quelques jours, la Belgique connaissait son premier cas de meurtre à caractère homophobe.
Les associations LGBT du pays viennent de tirer la sonnette d’alarme auprès du gouvernement.
A peine le caractère homophobe du meurtre d’Ihsane Jarfi officiellement reconnu, le premier ministre belge Elio Di Rupo twittait :
« Il faut agir. »
Moins d’une semaine plus tard, les représentants des associations LGBT flamandes, bruxelloises et wallonnes ont donc été reçus jeudi dernier à Bruxelles.
La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet et la ministre de la Justice Annemie Turtelboom étaient également présentes.
Les associations ont ressenti beaucoup d’ouverture et de bonne volonté durant cette réunion, qui a duré 2h.
Elles ont d’abord tiré la sonnette d’alarme : la loi anti-discrimination, qui existe depuis 2003, ne fonctionne pas.
Il n’y a pas assez de dépôts de plainte, pas assez de suivi judiciaire. Les associations ont donc interpellé les élus sur la formation des policiers ou la nomination d’un agent ou d’un magistrat de référence dans chaque zone de police ou dans chaque arrondissement judiciaire.
Les associations ont également expliqué aux ministres ce qu’étaient les principes de Yogyakarta, très stricts en matière de transphobie, et auxquels la Belgique pourrait adhérer à condition de modifier certains textes de lois.
Un Plan national contre l’homophobie
La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a proposé d’autoriser le dépôt de plainte anonyme.
Un projet parmi d’autres, qui fera partie d’un Plan national contre l’homophobie qui devra impérativement être présenté avant la fin 2012.
Par ailleurs, l’évaluation de la loi anti-discrimination est prévue par la déclaration gouvernementale et devra donc se faire avant la fin de la législature.
D’autres réunions restent à prévoir avec les ministres de l’Enseignement (sujet qui dépend des Régions, et pas du gouvernement fédéral) concernant l’éducation et la prévention en milieu scolaire, ainsi qu’avec les ministres de la Santé, au sujet par exemple de l’interdiction du don de sang pour les homosexuels.
A l’issue de la réunion, les associations ont exprimé leur satisfaction et leur sentiment d’avoir été entendues.
Vidéo : dans un quartier populaire de Bruxelles, des jeunes s’attaquent à l’homophobie
Têtu par Christophe Cordier 05 mars 2012,
Dans la capitale belge, l’immigration maghrébine est parfois qualifiée de dernier bastion de l’intolérance.
En réalisant un court-métrage contre l’homophobie, une maison de jeunes d’un quartier populaire a voulu prouver le contraire. Regardez !
A Bruxelles, plusieurs agressions commises ces derniers mois ont donné l’impression d’une augmentation des actes homophobes.
Certains propos extrémistes ont également circulés sur les réseaux sociaux, pointant l’immigration maghrébine comme dernier bastion de l’intolérance en centre-ville.
Une maison de jeunes de Schaerbeek, une commune de l’agglomération bruxelloise, vient de prouver le contraire.
Un petit groupe a en effet réalisé un court-métrage intitulé Cette prison qu’est mon corps : l’histoire de Malik et Ismaël, deux jeunes Bruxellois victimes de discriminations, l’un à cause de ses origines, l’autre à cause de son orientation sexuelle.
« Au départ, c’était un délire, explique Hassan Bensalah, coordinateur de la Maison de Jeunes.
Les jeunes voulaient provoquer, mais se sont pris au jeu ».
Même si le projet n’a pas été simple à monter : « Les discussions étaient souvent houleuses, il y a eu des clashs, des polémiques, des interventions brutales. Mais l’important, c’est qu’on ait pu en parler. »
Certains ont quitté le projet en cours
Le rôle d’une maison de jeunes est en effet l’éducation à la citoyenneté, qui passe par le développement du sens critique.
Si certaines personnes ont quitté le projet en cours, d’autres se sont accrochées, bravant aussi leurs craintes, notamment celle d’être identifiées au rôle.
La maison de jeunes schaerbeekoise est exclusivement fréquentée par des membres de la communauté maghrébine.
Dans ce quartier populaire, les ados font l’objet de pressions familiales, religieuses, culturelles. L’homosexualité est taboue.
« On n’a pas voulu brusquer notre public, reprend le coordinateur. Le film a finalement ému les gens parce qu’il parle du sentiment homosexuel, pas de la sexualité ».
« Beaucoup ont changé d’attitude »
Lors de sa première projection, les réactions ont pourtant été assez dures.
Les personnages sont interprétés par de jeunes maghrébins, ce qui favorise l’identification et rend soudain réelle une réalité que beaucoup estiment être uniquement le fait des blancs.
« Nous avions décidé de laisser la parole au public, raconte Hassan Bensalah.
Nous nous attendions à des réactions homophobes et elles ont été nombreuses.
Beaucoup de spectateurs avaient surtout besoin d’affirmer leur hétérosexualité, leur virilité.
Mais la discussion a finalement pu avoir lieu, et beaucoup ont changé d’attitude ».
Ce court-métrage délicat, sensible et naïf ne résoudra bien sûr pas tous les problèmes d’homophobie.
Mais il démontre que même dans des quartiers où cela paraît impossible, on peut parler de l’homosexualité. D’après Hassan Bensalah, il faudrait d’ailleurs mettre l’accent sur la formation des éducateurs. « Certains véhiculent des idées préconçues sur le sujet. Comment pourraient-ils donc en parler avec les jeunes ? » Le film devrait maintenant tourner dans d’autres maisons de jeunes pour susciter le débat, et peut-être faire reculer l’homophobie.
Bientôt une asso pour fédérer tous les policiers LGBT
Têtu par Christophe Cordier 26 janvier 2012,
Ces derniers mois, la police belge ne ménage pas ses efforts pour améliorer l’accueil des LGBT.
La création d’une association de policiers LGBT devrait contribuer au renforcement de son image friendly.
Rainbow Cops Belgium sera officiellement créée la semaine prochaine.
Un grand moment de bonheur pour Yannic Lecomte (photo), inspecteur de police à Liège et vice-président de l’association.
« Tout a commencé avec une enquête menée par le réseau Diversité de la police il y a deux ans, explique-t-il.
Le questionnaire s’intéressait au vécu des gays et lesbiennes au sein des forces de l’ordre, mais avait aussi pour objectif d’évaluer le degré d’homophobie qui y régnait ».
Inspiré de Flag !
40.000 policiers reçoivent le questionnaire ; 400 y répondent, parmi lesquels une petite centaine de gays.
« Leur témoignage démontrait que certains vivaient difficilement leur homosexualité, raconte Yannic Lecomte.
Outing, peur du coming out, difficultés relationnelles…
Chacun vivait cela dans son coin.
Il me semblait intéressant de fédérer tous ces gens ».
Yannic Lecomte lui-même a attendu trois ans avant de faire son coming out, qui s’est finalement déroulé sans problèmes.
Il a déjà participé plusieurs fois à la Canal Pride d’Amsterdam aux côtés d’autres policiers gays européens, ce qui lui a permis de nouer des contacts avec l’association française Flag !, dont il s’est inspiré.
Olivier, policier à Charleroi, a rejoint l’association.
« Je trouve le projet positif et utile, explique-t-il, même si personnellement je n’ai eu aucun problème à m’assumer au boulot.
Mon ex-compagnon était également policier, tous mes collègues le savaient et je n’ai jamais ressenti d’homophobie ».
Olivier précise qu’il n’a pas non plus l’impression d’être le gay de service : « ça ne m’a jamais causé préjudice et cela ne m’a pas non plus bloqué dans ma carrière ».
Double objectif
Pour beaucoup, le flic garde pourtant l’image du macho homophobe.
Les policières lesbiennes auraient d’ailleurs moins de problèmes que les gays.
Yannic Lecomte raconte : « L’objectif de l’association est double : soutenir les policiers en difficulté mais aussi améliorer l’accueil des LGBT dans les commissariats. »
Une campagne d’affichage est déjà menée en interne pour sensibiliser les policiers à la prise en compte du caractère homophobe de certaines agressions. Le Réseau Diversité organise aussi un module durant la formation des agents.
« Mais je ne le trouve pas très intéressant, raconte Olivier.
On explique aux jeunes ce qu’est un gay, une lesbienne, un trans…
Je trouve qu’il serait plus constructif de leur dire que tout le monde doit être accueilli de la même manière ! »
Olivier réclame le droit à l’indifférence.
« Les policiers n’ont pas peur des homos, dit-il, mais ils ont peur des stéréotypes.
Les folles, les trans, beaucoup ne comprennent pas.
C’est là-dessus qu’il faut travailler ».
Pour l’instant, l’association n’est pas encore reconnue par sa hiérarchie car la nouvelle chef de corps ne prendra ses fonctions que dans quelques semaines. Mais Yannic Lecompte ne doute pas du bon accueil que le projet recevra.
« Nous espérons pouvoir défiler à la gay pride, s’enthousiasme l’inspecteur.
Avec dignité et respect de l’uniforme bien sûr, car si nous sommes fiers d’être gays, nous sommes surtout fiers d’être policiers ! »
Pour contacter l’association : rainbow.cops.belgium@gmail.com
Une appli pour répertorier les violences homophobes
Têtu par Christophe Cordier 19 janvier 2012,
Constitué suite à une agression homophobe à Bruxelles en juin 2011, le mouvement Outrage ! vient de présenter une nouvelle application pour smartphones.
Elle permet aux victimes de signaler immédiatement une agression verbale ou physique.
Nommée « Bashing », cette nouvelle appli permet aux LGBT victimes d’agression verbale ou physique d’indiquer sur Google Maps où elles ont eu lieu et comment elles se sont déroulées.
Elle est disponible via l’iTunes Store et l’Android Market.
Depuis sa création, Outrage ! a constaté une augmentation des agressions homophobes dans les environs du quartier gay bruxellois, la plus impressionnante étant celle commise en décembre au Fontainas, un bar très fréquenté.
Selon ses statistiques, six homosexuels sur dix auraient déjà été victimes d’agression verbale et un sur cinq de menaces.
Même si n’importe qui peut utiliser l’application et donc dénoncer des faits inventés (ce qui s’est d’ailleurs produit dès sa mise en route), il s’agit d’un outil de sensibilisation intéressant.
A la fin de la déclaration, l’appli rappelle en effet à l’utilisateur qu’il peut signaler les faits au Centre pour l’Egalité des Chances et déposer plainte auprès de la police.
Encourager le dépôt de plaintes
En dépit de ses limites techniques, l’application pourrait donc permettre d’appréhender un phénomène largement sous-estimé.
Mercredi encore, le tribunal correctionnel d’Anvers a rendu son jugement dans un dossier d’agression à l’encontre d’une personne homosexuelle commis en 2010.
Le Centre pour l’égalité des chances avait demandé une requalification des faits tenant compte du caractère homophobe de l’agression.
Les circonstances aggravantes n’ont dans ce cas pas été retenues contre les agresseurs, dont l’un a toutefois été condamné à une peine de travail de 150 heures.
Edouard Delruelle, directeur adjoint du Centre, explique qu’aujourd’hui « seule une petite partie des crimes de haine sont signalés à la police. Or les conséquences que provoquent chez les victimes ces agressions, parfois extrêmement violentes, sont loin d’être anodines.
Il reste donc nécessaire d’encourager le dépôt et le traitement efficient de plaintes en cas d’agression, d’incitation à la haine ou de discrimination. »
Quatre dossiers d’agression en 2010 En 2010, seuls quatre dossiers d’agression homophobe ont été identifiés auprès des parquets belges, la police ayant pour sa part enregistré une cinquantaine de plaintes. Leur nombre ne correspond que partiellement à la réalité.
Actuellement, le Centre pour l’Egalité des chances mène des actions de sensibilisation via le site [>www.signale-le.be-] et planche, en collaboration avec la police et la justice, sur un nouveau format de procès-verbal permettant de mieux qualifier les faits.
Il réfléchit également à des peines alternatives spécifiques pour les agresseurs mineurs au moment des faits.
Une sénatrice belge veut que la Belgique proteste contre les propos du pape
Têtu par Christophe Cordier 14 janvier 2012,
Les propos homophobes prononcés par Benoît XVI en début de semaine pourraient sérieusement refroidir les relations diplomatiques entre la Belgique et le Vatican.
En début de semaine, Benoît XVI s’est illustré par de nouveaux propos homophobes, prenant la défense de la famille « fondée sur le mariage d’un homme avec une femme ».
Pour le pape, « les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité ».
Des propos adressés à ces pays, de plus en plus nombreux, qui accordent des droits à la communauté LBGT.
En Belgique, pays qui a légalisé le mariage homo en 2003, avant d’autoriser ensuite l’adoption, cette déclaration choque.
Le discours papal pourrait d’ailleurs sérieusement refroidir les relations diplomatiques entre la Belgique et le Vatican. Pour la sénatrice Open VLD (libéraux flamands) Nele Lijnen, il est essentiel que le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders convoque le représentant du Saint-Siège en Belgique, le nonce apostolique Giacinto Berloco, dans le but de protester.
Pas de réponse du ministre
La sénatrice estime en effet que « ces déclarations ne sont pas les premières et semblent faire partie d’un traitement continuellement injustifié des personnes avec une orientation homosexuelle ».
La parlementaire, dont le parti siège dans la majorité, attend donc une « prise de position claire de la part du gouvernement face aux attaques continuelles du Vatican contre les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels ».
L’élue rappelle aussi qu’en décembre 2008, le Vatican a attaqué de front la déclaration des Nations unies contre la pénalisation de l’homosexualité, pourtant signée par tous les pays de l’UE.
Selon Nele Lijnen, « de telles déclarations contrastent fortement avec les valeurs de base de l’Eglise, qui plaident en faveur de la tolérance et de l’amour de son prochain ».
Le geste de la députée n’a à ce jour pas encore reçu de réponses du ministre. Quoi qu’il en soit, la Belgique, grâce à ses lois éthiques très progressistes, a depuis longtemps pris ses distances avec les positions défendues par l’Eglise catholique.
Sur Twitter, un député accuse le premier ministre gay de pédophilie
Têtu par Christophe Cordier 12 janvier 2012, Le député belge Laurent Louis a dérapé sur le réseau social Twitter.
Volontiers provocateur, il remet en cause la « réputation plus que douteuse » et « les goûts » d’Elio Di Rupo, premier ministre ouvertement homo qu’il accuse de pédophilie.
Ce n’est pas la première fois que Laurent Louis dérape. Seul député d’un Mouvement pour la Liberté et la Démocratie (MLD), qu’il a lui-même créé après avoir été exclu du Parti Populaire grâce auquel il avait obtenu son siège, l’homme flirte régulièrement avec l’extrême-droite en tenant des propos populistes et nauséabonds. Mais cette fois, en s’attaquant au premier ministre, il a peut-être commis l’erreur de trop.
« Une réputation plus que douteuse » Sur Twitter, il commente en ces termes les félicitations adressées par Elio Di Rupo au président congolais réélu, Joseph Kabila : « Ce n’est finalement pas étonnant pour un premier Ministre qui traîne derrière lui de fameuses casseroles et une réputation plus que douteuse en ce qui concerne son intimité et sa vie privée… »
Des « casseroles » ? Laurent Louis fait-il allusion à l’affaire qui avait sali Di Rupo en 1996 ? Accusé de pédophilie par un jeune mythomane en pleine affaire Dutroux, il avait été totalement blanchi. Interpellé par les internautes, Laurent Louis précise : « Allez allez, tout le monde connaît les goûts de notre Premier Ministre. »
Coming out en 2001
Laurent Louis, qui ne craint pas les amalgames, en remet une couche : « Un ami mineur en a encore fait l’expérience au You (qui organise des tea dance gay à Bruxelles) récemment.
En dessous de 18 ans, ce n’est plus de l’homosexualité. » La majorité sexuelle est fixée à 16 ans en Belgique, mais soit.
Pour Laurent Louis, le comportement de Di Rupo est « indigne pour un premier ministre ».
Elio Di Rupo a fait son coming out en 2001. Sa vie privée n’a jamais fait la une des médias.
Laurent Louis s’engouffre dans la brèche : « Trouvez-vous normal qu’un Premier ministre âgé de plus de 60 ans fasse des avances à un mineur en pleine boîte de nuit ?
Berlusconi a dû faire un pas de côté en Italie pour ses frasques, et nous que faisons-nous ? Nous voyons Di Rupo comme un sauveur. Et bien, il est beau notre sauveur ! »
Nouveau réquisitoire de Mgr Léonard contre les droits des homos
Têtu par Christophe Cordier 09 janvier 2012,
Dans son dernier livre, le primat de Belgique remet en cause la capacité pour les Parlements de décider de certains questions sociales.
Des sujets intouchables en raison, selon lui, de leur « transcendance ».
En ce début d’année 2012, le chef des catholiques belges, Mgr Léonard n’a pas pris de bonnes résolutions.
En tout cas pas celle de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.
Cette fois, ce sont des propos tenus dans son livre Agir en chrétien dans la vie et dans le monde qui provoquent la polémique.
Cet ouvrage est paru en octobre en français mais sa traduction flamande est disponible depuis la semaine dernière seulement, et c’est la presse du nord du pays qui a attiré l’attention sur quelques passages, dans lesquels le primat de Belgique fustige les « abus commis actuellement en matière de démocratie parlementaire ».
« Démocratie arrogante »
Mgr Léonard regrette que « le Parlement s’attribue le droit de décider par vote majoritaire du sens de la sexualité, de la différence du masculin et du féminin, de la signification du mot mariage, du rapport métaphysique de l’être humain à la finitude et à la mort, de la qualité des embryons méritant ou non d’être respectés, etc. ».
Le mariage homosexuel, l’euthanasie, l’avortement sont comme toujours pointés du doigt.
Mgr Léonard l’avait déjà écrit en 2006. Il le répète donc : pour lui, il existe des lois supérieures à celles que votent les hommes. « Sans le sens d’une transcendance, le danger nous guette d’une démocratie arrogante, estimant qu’un vote suffit à fonder le droit. »
L’archevêque invite les chrétiens à exprimer leurs convictions en pesant sur le débat politique, « car ce serait une grave erreur de les exclure de la vie publique, comme si seuls les athées et les agnostiques avaient droit à la parole ».
Doctrine vaticane
Ces propos sont dans la droite ligne de la doctrine vaticane.
La Commission théologique internationale mène en effet campagne depuis 2009 pour affirmer la primauté de la loi naturelle (à commencer par la « défense de la vie ») sur toute loi positive (votée par les élus du peuple).
L’Eglise défend aussi la reconnaissance du droit à l’objection de conscience, voire le devoir de désobéissance, face aux lois civiles qui heurteraient les convictions des catholiques.
La vice-première ministre Laurette Onkelinx (PS) a déploré ces propos « provocateurs contre la démocratie » et a souligné que les croyants belges mériteraient d’avoir un autre représentant.
L’archevêque de Malines-Bruxelles n’en rate pas une.
Dans son message de Nouvel An, il avait demandé pardon aux catholiques belges de manière un peu particulière, s’excusant pour leur avoir rendu la vie difficile en 2011 « à cause de l’exploitation médiatique de certains de mes propos tirés de leur contexte ».
Bruxelles : Des amendes pour lutter contre l’homophobie
Têtu par Christophe Cordier 19 décembre 2011,
Pour faire face à l’augmentation des agressions anti-homos, la capitale belge dégaine une nouvelle arme juridique : des amendes censées accélérer la réponse judiciaires aux insultes et violences.
Ces derniers mois, plusieurs agressions homophobes ont provoqué l’inquiétude dans le quartier gay bruxellois.
Il y a trois semaines, cela a même failli mal tourner : un agresseur a été poignardé par un barman qui tentait de se protéger.
Très médiatisé, cet acte de violence demandait une réaction politique.
Insultes verbales et violences physiques
Le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans vient donc d’annoncer que le système des amendes administratives sera étendu à partir du mois de mars prochain.
Actuellement, toute une série d’actes inciviques (des graffitis aux crottes de chien laissées sur le trottoir) sont pénalisés de cette manière.
Cela permet de réduire le sentiment d’impunité vu que la justice, débordée, ne poursuit plus les auteurs de ces faits.
A l’avenir, les insultes verbales et les violences physiques mineures (par exemple une giffle) feront partie du champ d’application de ces amendes.
Un protocole d’accord sera signé avec le Parquet en janvier. Une fois le système mis en place, les plaignants devront d’abord déposer plainte à la police, qui dressera procès-verbal et transmettra le dossier à la Ville de Bruxelles.
L’auteur des faits écopera d’une amende allant de 50 à 250 euros. En cas de récidive, ce montant sera alourdi.
De plus, ces amendes sont cumulables, une insulte et une violence physique mineure constituant deux faits différents.
Renforcement de la présence policière
Ce plan d’action a été présenté aux associations et aux commerçants actifs dans le quartier gay lors d’une réunion de prévention.
Le bourgmestre a rappelé que les policiers bénéficiaient maintenant d’une formation à l’accueil des victimes d’homophobie et qu’une importante campagne de prévention avait été menée en mai dernier pour inciter ces victimes à déposer plainte.
Mais les acteurs de terrain réclament un renforcement de la présence policière dans le quartier.
Six hommes supplémentaires patrouillent pourtant depuis le mois d’août, mais ils sont trop peu visibles.
Le chef de corps de la police bruxelloise a proposé que le fonctionnement de ces patrouilles soit adapté, notamment au niveau des horaires, la plupart des incidents survenant en soirée ou durant la nuit.
Un Premier ministre homo prend les commandes de la Belgique
Têtu par Christophe Cordier 05 décembre 2011,
PORTRAIT.
Pour la première fois de son histoire, la Belgique sera dirigée par un gay assumé. Elio Di Rupo mènera une coalition hétéroclite associant socialistes, libéraux et centristes.
Le gouvernement nouvellement formé prêtera serment mardi.
C’était devenu une mauvaise blague belge. Aujourd’hui, 540 jours après s’être rendu aux urnes en juin 2010, les Belges ont enfin un gouvernement.
A sa tête, un homme qui s’est forgé une stature d’homme d’Etat et une réputation de fin stratège au fil de ces longs mois de négociation : Elio Di Rupo.
Italiens immigrés
C’était pourtant loin d’être gagné.
Car l’actuel maire de Mons n’est pas seulement le premier Premier ministre ouvertement gay de l’histoire du pays.
C’est aussi la première fois qu’un homme issu de l’immigration accède à cette fonction.
Et c’est encore la première fois depuis plus de 30 ans qu’un francophone prend les commandes de la Belgique.
Il a en plus le défaut d’être socialiste alors que la Flandre vote à droite.
Agé de 60 ans, Elio Di Rupo naît dans une famille italienne immigrée en Belgique pour travailler dans les mines.
Le père décède alors que le petit Elio est âgé d’un an à peine.
Il sera élevé par sa mère et sa sœur aînée.
Après un doctorat en chimie, il se lance en politique et exercera diverses hautes fonctions à partir des années 80.
Depuis 1999, il préside le PS francophone.
Coming out en 2001
Dans un pays où la presse respecte la vie privée des élus, son homosexualité était inconnue du grand public jusqu’en 1996.
Un jeune mythomane l’accuse de pédophilie alors qu’il est ministre fédéral.
La Belgique est à l’époque secouée par l’affaire Dutroux, et il règne un climat de chasse aux sorcières.
Le scandale a failli le pousser à la démission (c’était d’ailleurs ce que souhaitait certains membres du gouvernement).
Finalement blanchi, il en restera meurtri.
Dans une biographie qui vient de paraître, il raconte que la magistrate qui traitait son dossier avait confié à son avocat « il n’est peut-être pas pédophile, mais il est quand même homosexuel ».
En 2001, Di Rupo sort officiellement du placard dans le magazine de la Fédération flamande des associations d’homosexuels.
« Je crois qu’il est bien que je m’exprime maintenant, même si c’est difficile, dans la mesure où cela pourrait favoriser une plus grande égalité entre les gens », dit-il.
Dans sa biographie, il raconte qu’une journaliste l’avait interpellé en lui demandant s’il était homosexuel. Il avait répondu « oui, et alors ? ».
Tiré à quatre épingles
Depuis lors, Elio Di Rupo vit son homosexualité de manière discrète.
Les fêtards bruxellois ont parfois l’occasion de l’apercevoir dans les bars ou les boîtes du centre-ville.
Mais il n’est jamais apparu en couple en public et est officiellement célibataire. L’homme est très soucieux de son image.
Ses cheveux sont toujours uniformément noirs et personne n’ignore qu’il a eu recours à la chirurgie esthétique pour effacer quelques rides.
Toujours tiré à quatre épingles, il a fait du nœud papillon son signe distinctif.
Quand il quitte cet uniforme, il fait du sport dans une salle branchée et gay-friendly de la capitale.
L’an dernier, il avait fait sensation devant la presse en inaugurant la piscine de Mons uniquement vêtu de son maillot de bain, faisant ensuite quelques longueurs, un exercice que peu de ministres de son âge pourraient accomplir sans être ridicules.
Il reste deux ans et demi avant les prochaines élections.
Une éternité dans ce pays où les coalitions sont toujours fragiles et où chaque dossier peut devenir explosif.
Entre conflits communautaires et austérité budgétaire, la vie du Premier ministre Elio Di Rupo ne sera pas un long fleuve tranquille.
La plainte contre les propos homophobes d’André Léonard tombe à l’eau
Têtu par Christophe Cordier 26 octobre 2011,
La chambre des mises en accusation d’Anvers a jugé irrecevable la plainte déposée par l’avocat Jean-Marie De Meester contre l’archevêque André Léonard, après ses déclarations sur l’homosexualité et le sida.
En novembre 2010, Jean-Marie De Meester, avocat et homme politique, avait déposé plainte contre le chef de l’Eglise catholique belge, Mgr Léonard.
La plainte visait des propos homophobes de l’archevêque.
Quelques semaines plus tôt, un recueil d’entretiens était paru, dans lequel le primat de Belgique affirmait que l’épidémie de sida était une forme de « justice immanente », précisant que « quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger ».
Pour André-Joseph Léonard, l’homosexualité n’est pas une tendance normale, car elle n’est pas « en cohérence avec la logique objective de la sexualité ».
Ces propos provoquent un tollé, d’autant plus qu’à l’époque, l’église belge est empêtrée dans des problèmes de pédophilie.
Pas de dommage
Lui-même homosexuel, Jean-Marie De Meester dépose donc plainte.
Il estime en effet que ces déclarations répétées (en janvier 2010, Mgr Léonard avait comparé l’homosexualité à l’anorexie, « qui n’entre pas dans la logique de l’appétit ») peuvent inciter les gens à aller contre leur propre sexualité.
Un danger, quand on connaît le taux de suicides chez les jeunes homosexuels.
Un an plus tard, le parquet général d’Anvers estime donc que cette plainte est irrecevable car l’avocat n’a pas d’intérêt personnel à la cause.
Une thèse suivie par la chambre des mises en accusation, qui en Belgique statue en dernier recours des suites à donner à une affaire.
Celle-ci a aussi estimé que l’avocat n’apporte pas la preuve qu’il ait subi un dommage en tant qu’homosexuel par les déclarations de l’archevêque.
Phrases-choc
De son côté, l’avocat remarque que la chambre des mises en accusation n’a pas répondu à une série de ses arguments et qu’elle s’est prononcée sur son éventuel dommage, ce qui est du ressort du tribunal correctionnel.
Il a donc décidé de se pourvoir en cassation et annonce déjà que si elle ne lui donne pas raison, il ira devant la CEDH.
En 2006, il avait déclaré que l’homosexualité provenait d’un « blocage rencontré au cours du développement psychologique normal ».
Une association LGBT avait à l’époque porte plainte contre lui pour discrimination, plainte qui avait aussi débouché sur un non-lieu

