:

Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Bas
Accueil du site > Système éducatif (et/ou répressif) > Pour tous enseignements et âges > Pour l’égalité des sexualités > Besançon, colloque international sur l’homophobie en milieu scolaire
agrandir le texte réduire le texte texte normal imprimer envoyer l'article par mail

Besançon, colloque international sur l’homophobie en milieu scolaire

ville aux couleurs arc-en-ciel

http://yagg.com/2010/06/15/besancon…

Publié par Yagg
Pendant trois jours, du 15 au 17 juin, Besançon accueille le colloque « Éducation et homophobie », organisé par l’association Nouvel Esprit.
_ Natacha Taurisson, coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire (notamment), a accepté de jouer les « petites souris » pour Yagg.
Voici le premier billet qu’elle nous a envoyé, lundi 14 juin.

Pendant que les tignasses blondes, brunes et rousses planchent sur leurs copies, des scientifiques, des activistes internationaux, des acteurs notamment du monde de l’éducation et des systèmes éducatifs de la planète vont se rencontrer dans la capitale comtoise pour échanger, effectuer un état des lieux, procéder aux partages de leurs expériences, actions afin que ces belles têtes colorées puissent ne plus un jour peut-être souffrir de LGBTphobies, que ce soit à l’école ou leur vie de tous les jours.

Natacha Taurisson

Syndicaliste nationale d’une des organisations syndicales de l’éducation

Comment ne pas participer à cet événement d’une ampleur jamais vu encore en France et même en Europe ?
Pensez-donc, rencontrer les spécialistes venus de quatre des cinq continents, issus de 17 pays, avec qui nous allons pouvoir échanger sur la réalité de leur pays, leurs avancées, leurs difficultés, leur vécu quotidien…
J’ai l’impression à travers ses rencontres que je vais grandir un peu plus dans nos combats.

Et puis nous aussi (le Collectif), nous avons des choses à dire, à montrer, à partager avec les autres. C’est ainsi que notre enthousiasme va me pousser à intervenir à trois reprises à travers trois contributions programmées, record du colloque battu !

En venant le 17 mai dernier, profitant de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie pour lancer le colloque par une conférence de presse à laquelle je participais, j’ai pu rencontrer l’équipe d’organisation de Nouvel Esprit, organisateur et à l’initiative de ce projet.
Et seulement là je tiltais qu’Anne Kronenberg, la directrice de campagne d’Harvey Milk, serait présente.
Je venais 2 jours auparavant de revoir ce superbe film, une fois de plus encore emprunte de cette fabuleuse épopée de militantisme.
Comment ne pas s’identifier ou se projeter dans mes combats menés depuis tant d’années pour la « cause » LGBT ?
Alors, la rencontrer, échanger peut-être avec elle, la pionnière, j’avais hâte d’y être…

J’arrive la veille, en ce lundi 14 juin pour prendre possession des lieux et rencontrer l’équipe.

Jérôme Valentin

17h, j’arrive sur les lieux où se déroule le colloque, invitée par Jérôme, le chef d’orchestre du colloque. C’est l’effervescence ! Super accueil, des sourires, des mots gentils… le ton est donné. J’assiste au débriefing du staff par Jérôme et Thibaut, le président, les directives pleuvent pour l’organisation. Neuf mois de gestation et l’enfant tant attendu prend forme, comme ils aiment à se le dire. La consigne est lancée « on accueille, on est attentif et aux petits soins auprès des intervenants, des participants, le sourire pendant 3 jours… ». La tension est au comble, mais la rage de réussir ce pari est là. Tout est super pro.

Le top est donné, pour moi aussi, et je file dans la salle de presse pour écrire ces premières lignes et m’improviser l’espace d’un colloque »reporter », sans frontières, pour vous, lectrices et lecteurs de Yagg. Alors, à vos écrans pour de nouvelles aventures…

Natacha Taurisson

Natacha Taurisson est coordinatrice nationale du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire ; présidente, porte-parole et animatrice dans le milieu associatif LGBT et spécialiste de la question de l’identité de genre, depuis 1998 ; porte-parole et formatrice de l’association EGO (Être Genre Orientation) ; enseignante, responsable syndicale nationale, coordinatrice du pôle national de formation du Sgen-CFDT, Formatrice et animatrice de l’institut de formation IRIS.

Il vaut mieux des têtes bien faites, que des têtes bien pleines qu’il disait…

Si je partage entièrement cet adage, la mienne en cette fin de journée commence déjà à bien se remplir !

Le colloque Éducation et homophobie de Besançon a donc débuté en ce mardi 15 juin par l’intervention des « officiels ».
Le recteur de Franche-Comté, le vice-président de l’université, la vice-présidente de la région, le maire de Besançon… bref la brochette indispensable des acteurs de la politique locale en ouverture de cette manifestation se présente et délivre son intérêt pour LA cause…

Mon impression ? Rien de nouveau du côté de la parole du représentant de l’Éducation nationale, qui affiche et met en avant du réchauffé en nous annonçant, comme l’avait fait son ministre de tutelle le 17 mai dernier, que le ministre de l’Éducation nationale avait décidé le lancement d’une vaste concertation sur les discriminations, et bla bla bla… Gonflé quand même, quand on sait que cette concertation est lancée depuis décembre dernier et ce, sur une demande faite à M. Darcos datant de l’époque où il était ministre, par l’Inter-LGBT et le Collectif éducation LGBT. Le rapport est sur le bureau de M. Chatel depuis de nombreuses semaines, et donc déjà bouclé ! Pourtant, on attend toujours les promesses qui datent d’un an, de mise en place de groupes de travail sur les discriminations, LGBT notamment.

Dix minutes de présence et d’expression de l’Éducation nationale seront les seules traces d’une présence de représentants éventuels au cours de ce colloque d’une durée de trois jours.
Rappelez-moi déjà la thématique du colloque ? Pourtant il me semblait avoir entendu notre ministre dire que la lutte contre « toutes les discriminations » était sa priorité en février dernier.
Les LGBTphobies dans le milieu éducatif ne doivent certainement pas faire partie des priorités, voir des discriminations
Oui je suis colère du peu de cas fait par ce ministère, qui aurait soi-disant accordé à ce colloque son haut patronage.

Bon allez, c’était ma minute d’humeur militante, promis.
Heureusement que l’on peut aussi entendre des interventions qui s’engagent davantage.
C’était le cas des élus locaux, et notamment du maire de la ville.
Du rarement entendu par mes oreilles, pareil message provenant d’une municipalité qui prononce tous les mots de la panoplie LGBT sans tabou, y compris des mots grossiers pour certains comme « transsexualité », « identité de genre », « transphobie »… en sachant de quoi il s’agit.

Une panoplie d’action mises en place, même reconnue par la Halde comme exemple national !
Et après on dira que les petites villes de province, au fin fond de la France, ne sont pas à la hauteur.
Voilà pour moi un bel exemple de partenariat associatif constructif qui apporte son lot d’actions concrètes.

Mais les vrais temps de ce colloque sont pour moi les partages d’expériences et de pratiques dans les pays de cette planète que permet cet événement.
C’était aujourd’hui la journée consacrée à l’état des lieux.
Comment se nourrir de la quinzaine de contributions dans les ateliers sans avoir le don de la triple personnalité ? Aller hop, première frustration !
Et ce, sans compter les conférences plénières riches d’enseignements. Décidément le Canada sera toujours à la pointe de l’accompagnement et du traitement des thématiques soulevées par les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre par les ministères concernés.
La Belgique n’est pas mal non plus
, malgré certes quelques soucis en ce moment sur d’autres formes de discriminations nationales… Je suis aux anges pendant les pauses, quelle chance de pouvoir profiter de ces temps pour prendre des contacts, échanger en libre de nos recherches, de nos analyses pour les compléter. C’est dans ce type de manifestations que l’on prend encore davantage conscience de l’ampleur du mot « diversité » et la richesse qu’il peut engendrer…

Opinions & Débats16 juin 2010 21:52

Colloque « Éducation et homophobie » – 3 : « J’ai rencontré la pionnière ! Interview d’Anne Kronenberg » par Natacha Taurisson

Publié par Yagg

Dans mon premier post, je vous confiais mon émoi de rencontrer Anne Kronenberg (à droite sur la photo). Avant qu’elle nous raconte demain sa grande aventure avec Harvey Milk, j’ai profité d’un temps d’atelier où je n’intervenais pas pour enfin la rencontrer et lui poser quelques questions dont je vous fais profiter.

Moment très émouvant, par le combat qu’Anne Kronenberg représente et dans lequel une militante LGBT, comme je le suis depuis une grosse dizaine d’années, ne peut faire autrement que de se projeter en comprenant et partageant, toutes proportions garder, ces difficiles moments pour faire passer et avancer des idées dans notre société, mais y compris parfois auprès de nos propres pairs !

Aussi, vous n’aurez aujourd’hui d’autre écrit de ma part que cette interview que je vous livre…

Anne Kronenberg, avant même d’avoir été la directrice de campagne d’Harvey Milk lors de sa fameuse élection historique au conseil municipal de San Francisco, était engagée dans le combat féministe.
Depuis elle a continué ses engagements politiques, notamment en travaillant auprès du sénateur Ted Kennedy.
Aujourd’hui, mariée et mère d’enfants âgés d’une vingtaine d’années, elle est directrice adjointe du département de Santé publique de San Francisco.

Invitée d’honneur du colloque « Éducation et homophobie » de Besançon, elle a très gentiment et avec beaucoup de disponibilité accepté cette interview.

Dans le film Harvey Milk, Gus Van Sant vous présente comme la seule femme dans l’entourage de Milk. Est-ce fidèle à la réalité ? Oui en effet, à mon arrivée dans l’équipe d’Harvey Milk, j’étais la seule femme au milieu de ce groupe d’hommes gays.
Mais ma présence a permis ensuite à d’autres femmes de venir composer l’équipe. Harvey voulait absolument que la diversité humaine soit représentée.
Que ce soit certes de par la visibilité de femmes lesbiennes, mais aussi d’hétérosexuels ou de personnes de couleur.
Il tenait absolument qu’il y ait quelque chose d’inclusif qui puisse toucher tout le monde, et pas seulement les homos et les hommes seulement.

Vous avez ouvert une nouvelle voie par ce combat autour d’Harvey Milk. Quelle était la réalité du militantisme à l’époque, dans un contexte particulièrement discriminant, et qu’est-ce que cela vous a apporté et qui vous sert dans votre vie d’aujourd’hui ?
Nous avions une idée centrale à travers nos combats, c’était de faire changer le rapport à la politique et son milieu, faire évoluer la législation et améliorer la question sociétale et nos rapports sociaux, et ce dans l’objectif de fixer une approche commune pour toutes les personnes.
C’est au niveau des communautés qu’on trouve le pouvoir d’agir, et à cette époque, c’est en organisant la communauté homosexuelle que nous avons trouvé ce pouvoir comme levier pour faire changer les choses.
C’est grâce à cette expérience, et auprès d’Harvey Milk que j’ai appris à rassembler les foules autour de projets communs.

Aujourd’hui, vous êtes Directrice adjointe du département de santé publique de San Francisco. En quoi cela consiste-t-il ?
Aujourd’hui je m’occupe de programmes de développement de santé publique, notamment en termes d’évolution de la législation pour les personnes LGBTQQI.
Mais en fait j’ai de nombreuses responsabilités aussi dans d’autres domaines complètement différents, comme par exemple l’assistance des personnes en cas de catastrophes naturelles.

En quoi le fait d’avoir vécu avec une femme à cette époque et de fréquenter le milieu lesbien, a-t-il influé sur votre façon d’appréhender votre travail ?
J’ai d’abord été identifiée comme vivant avec une femme, puis plus tard avec un homme, cela m’a permis d’acquérir une vision différente du rapport à l’humain, en me donnant une vision plus ouverte.
Je me suis rendu compte qu’il n’y avait en fait pas de différences.
Aujourd’hui je vois des individus identiques en chaque personne, sans envisager de différences entre elles, contrairement peut-être à la vision que nous donnaient les combats au départ de notre aventure.
Au début, avec Harvey Milk, nous étions dans un mouvement gay, donc d’hommes.
Ensuite le mouvement a évolué par l’arrivée des femmes qui revendiquaient « Nous aussi nous sommes uniques ! ». C’est à ce moment-là que s’est créé et que s’est adjoint le mouvement lesbien regagnant celui des gays.

_ Comment aujourd’hui s’est transformé et a évolué le mouvement que vous aviez initié à l’époque ?
Par la suite, à San Francisco, et surtout de nos jours, je suis fière de voir que le mouvement est plus inclusif en rassemblant les gays, les lesbiennes, mais aussi les bisexuels, les trans’, les queers, les intersexués et les personnes en questionnement « LGBTQIQ ». Chaque type de personne est représenté dans ce mouvement.

Aujourd’hui, notre ville est caractérisée par une évolution très positive.
Que l’on soit élu-e, un-e officiel-le ou une personne importante, les gens se moquent de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la personne qui se présente à eux.
Cela n’a plus aucune importance, on la juge avant tout sur ses compétences.
Oui, c’est un grand changement, une grande évolution !

Mais il est vrai que j’ai l’impression de vivre dans une sorte de bulle.
Nous pouvons en fait rencontrer ce phénomène davantage dans les grandes villes des côtes Ouest ou Est des États-Unis comme New York par exemple.
Par contre, entre les deux, c’est quand même le grand désert…

Vous êtes l’invitée d’honneur de ce colloque centré sur la lutte contre les LGBTphobies dans le milieu éducatif, que retirez-vous de ces rencontres et de votre venue en France ?
Je suis très impressionnée par tous ces gens très courageux, à Besançon par cette organisation, mais aussi en France.

Permettez-moi d’être très surprise en vous entendant employer le terme « courageux », compte tenu de votre combat à une époque de rejet très fort de l’homosexualité. Étant moi-même enseignante, et là je fais référence au vote N°6 par exemple, qui demandait l’éviction des enseignants homosexuels, nos combats actuels dans ce pays, mêmes parfois difficiles, me semblent moins en proie à une hostilité aussi virulente ?
Oui, je suis impressionnée que vous échangiez pour parler des questions et thématiques LGBT à l’école car vous réalisez une action contre les normes. Il est important d’apprendre dès le plus jeune âge que tous les êtres doivent êtres égaux.
Il est très important que les hétérosexuels reconnaissent les personnes LGBT, mais les soutiennent aussi.
Vous vous battez contre les conservatismes, le message d’Harvey Milk c’était « Sortez du placard et acceptez les autres  ».

Haut

Citations

"On s’autorise à se justifier de hiérarchiser les sexualités en plaidant que personnellement, on aime beaucoup les homosexuels ; cela permet de répondre politiquement à une demande de reconnaissance en tenant le langage de la compassion, de la tolérance, voire de l’affection." Eric Fassin

S'inscrire à la Newsletter

 

S'inscrire pour participer à la vie du site

Vous inscrire sur ce site

L'espace privé de ce site est ouvert aux visiteurs, après inscription. Une fois enregistré, vous pourrez consulter les articles en cours de rédaction, proposer des articles.

Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Liens Contact Mentions légales Plan du site Admin Haut