C’est à la buvette de l’Assemblée Nationale que nous avons rencontré Nicole Ameline. Alors qu’elle prépare la venue des experts du CEDAW de l’ONU (Comité pour l’élimination des discriminations faites aux femmes), le 19 mai prochain à Paris, l’ancienne Ministre de la parité et de l’égalité professionnelle a pris quelques instants pour répondre à nos questions.
NPNS : Qu’avez-vous ressenti lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé son intention de faire voter une loi pour interdire le voile intégral sur l’ensemble du territoire ?
Nicole Ameline : Nous avons eu la chance, durant cette mission d’information, d’avoir une confrontation d’idées, d’analyses, extrêmement riche et je réjouis de cette initiative qui a été excellemment conduite par André Gérin (PC).
Dès le départ, j’avais souhaité que nous travaillions en lien avec l’ensemble des acteurs, des responsables politiques et aussi des représentants de la communauté musulmane, ce qui a été bien mené, et je pense qu’aujourd’hui, d’ailleurs ma conviction s’est forgée assez rapidement en ce qui me concerne, étant responsable de ces questions depuis longtemps, une loi est nécessaire parce que la loi est dans son rôle lorsqu’elle modernise la société et lorsqu’elle lutte contre toutes les formes de violences et d’intégrisme.
D’autre part, je me réjouis que le président de la république ait opté pour une interdiction générale, car en droit public, lorsque quelque chose n’est pas interdit il est autorisé.
Il est tout à fait essentiel d’avoir un principe d’interdiction, ce qui n’exclut en rien la pédagogie, la transition, par le biais notamment par le dialogue, par des processus d’accompagnement social, mais aussi, là où la question se pose et notamment dans les milieux défavorisés, par des actions qui visent à renforcer l’autonomie économique des femmes.
Pour moi, le dispositif est clair, la réponse de la République est claire.
Elle vaut pour la France, mais aussi pour le reste du Monde, car la France a une responsabilité, en Europe d’abord, mais aussi dans un monde qui connait aujourd’hui des périodes de régression sur ces questions, en clair, le progrès n’est pas inéluctable, le monde nous regarde.
NPNS : Que répondez-vous à tous ceux qui accusent la loi de « stigmatisation » ?
NA : Précisément, c’est tout l’intérêt de la réflexion que nous avons mené.
Nous sommes en plein accord avec les responsables musulmans pour dire que ce n’est pas un précepte religieux, nous avons donc évacué la question de la laïcité.
Nous sommes sur l’ordre public et sur la question de droit des femmes.
Aujourd’hui, il faut garder à l’esprit cette clarté.
Nous avons eu des théologiens, des philosophes… je pense à certains qui n’ont pas fait l’unanimité au sein de la mission.
Je pense ainsi à Tariq Ramadan qui a bien affirmé que ce n’était pas un principe religieux. Nous sommes donc sur une pratique coutumière, qui s’inscrit plutôt dans une radicalité protestataire qui conduit à une instrumentalisation des femmes, et je rejoins ainsi le combat d’une association comme NI Putes Ni Soumises, positionné sur la modernité républicaine et qui a une grande légitimité à mener ces démarches.
NPNS : Qu’en disent les femmes du monde entier, par exemple au CEDAW ?
NA : Nous avons examiné ce sujet, nous avions en février la dernière session du CEDAW. Je m’appuie sur un dispositif très important de la convention, qu’est l’article 5. Il prévoit la lutte contre toutes les formes de stéréotypes, pour contrer toutes les pratiques coutumières.
L’ensemble des pays du CEDAW reconnaissent qu’il faut évoluer, et je n’ai eu aucune observation négative.
Tout en respectant la culture de chaque pays, il y a pour nous des principes fondamentaux sur lesquels nous ne pouvons transiger. Les valeurs de la république française ne sont pas négociables.
Dans la résolution que nous adopterons le 11 mais, j’ai demandé que nous fassions référence à cette convention internationale.
Propos recueillis par Jean-François Laloué

