Emmanuel Moire : « J’ai dû me dépasser pour gagner confiance en moi »
Têtu par Oscar Héliani 05 février 2012,
Il n’a jamais été aussi bien dans sa peau. En campant le Emcee dans la comédie musicale « Cabaret », il a passé un cap. Alors que le spectacle part en tournée, le chanteur ouvertement gay revient sur sa couv’ de TÊTU et dévoile ses projets.
Après avoir envoûté le public parisien avec son interprétation sexy et provocante du Emcee dans Cabaret, le célèbre musical mis en scène par Sam Mendes, Emmanuel Moire part en tournée avec les créatures du Kit Kat Klub, un cabaret peu fréquentable qu’il mène de main de maître dans un Berlin rongé par le nazisme.
Le chanteur parle de son bonheur à jouer sur scène ce personnage qui lui a permis de prendre confiance en lui. De changer son image aussi.
Entretien avec un homme bien dans sa tête et dans son corps. Willkommen, bienvenue, welcome !
TÊTU : Le rôle du Emcee de Cabaret a-t-il changé quelque chose en toi ?
Emmanuel Moire : Ce rôle demande un investissement complet, autant physique que mental. Grâce à lui, je me redécouvre intérieurement.
Pour jouer ce personnage décomplexé qui assume sa liberté sexuelle tout en évoluant dans un contexte politique chargé, j’ai dû me dépasser pour gagner confiance en moi. Aujourd’hui, c’est le bonheur.
_ Quelles ont été les retombées de la couverture de TÊTU ?
Je n’ai eu que des retours positifs tant sur la couverture que sur l’entretien (numéro d’octobre 2011).
C’était réussi puisqu’ils reflétaient tous les deux, ce que je suis aujourd’hui : un homme bien dans sa tête et qui s’assume.
Je suis ravi d’une part que Cabaret soit arrivé dans ma vie parce que c’est un spectacle engagé qui défend la liberté de s’assumer et d’autre part que TÊTU, un magazine de combat, en ait fait l’écho.
Chaque soir, tu invites des gens sur scène. En as-tu profité pour draguer ?
Bien sûr. C’est le but de cette scène (rires).
L’avantage du Emcee est de pouvoir séduire autant les filles que les garçons.
C’est très appréciable d’inviter une jolie fille ou un super mec et de s’amuser avec eux.
Mais ce n’est qu’un rôle et cela ne dépasse pas le cadre de cette scène. Il n’y a jamais rien eu après. Tout le monde a ses chances. Il faut juste être placé dans les premiers rangs.
« En tournée, nous jouons la plupart du temps dans les Zénith où les repères sont différents.
J’ai réinventé une partie du jeu de mon personnage. »
Quels sont les défis à relever lors de cette tournée dans toute la France ?
A Marigny, nous avions créé une certaine intimité qui, pour moi, était très appréciable puisque mon vrai partenaire de scène reste le public.
Sur le côté de la scène, je fixais les spectateurs et sentais leurs regards dérangés ou fuyants.
En tournée, nous jouons la plupart du temps dans les Zénith où les repères sont différents.
J’ai réinventé une partie du jeu de mon personnage puisque le public est souvent éloigné. La dynamique est différente que celle de Paris mais elle fonctionne parfaitement.
Le public reçoit-il le propos de la même manière qu’à Marigny ?
Cabaret traite d’un fait historique vécu en Europe.
Il n’existe pas de différence. L’impact reste le même mais la réaction change parfois parce qu’elle est liée à l’émotion suscitée.
Tous les spectateurs ne réagissent pas de la même manière lorsqu’ils voient une croix gammée sur mes fesses.
Pour ma part, je ne change rien. Je reste un bonimenteur qui doit amuser le public et le provoquer sans jamais oublier pourquoi il le fait.
Où en es-tu de ton troisième album ?
En ce moment, je lis beaucoup sur le métier d’acteur et je vais voir beaucoup de films. Je note plein d’idées.
J’ai beaucoup de choses à dire. Au final, un album c’est fait pour ça ! L’album est en gestation.
Prochaines dates de Cabaret : 4 et 5/02 Palais Nikaïa (Nice), 11 et 12/02 Le Summum (Grenoble), 15 et 16/02 Le Dôme (Marseille), 24 et 25 au Zénith (Toulouse). Toutes les dates ici.
19 octobre 2011 http://theatremusical.yagg.com/2011/10/19/cabaret-au-theatre-marigny/
Wilkommen, bienvenue, welcome back : Cabaret est de retour.
Trois ans après un premier tour aux Folies Bergères, entre 2006 et 2008, la comédie musicale revient au Théâtre Marigny à Paris, avant de partir en tournée dans toute la France.
La mise en scène est toujours celle de Sam Mendes et une grande partie du cast a été reconduite.
La principale nouveauté c’est Emmanuel Moire, qui succède à Fabian Richard dans le rôle emblématique du maître de cérémonie.
Si les antécédents du chanteur laissaient plutôt dubitatif (Le Roi Soleil, un répertoire très variété), force est de constater qu’il ne s’en tire pas si mal.
Certes son timing de comédien n’est pas encore optimal et ses interprétations des chansons géniales de Kander et Ebb sont parfois un peu lisses, mais il parvient à insuffler un peu de personnalité dans son rôle.
Joel Grey et Alan Cumming incarnaient un Emcee lubrique et décadent, celui d’Emmanuel Moire tient davantage du jeune libertin. Pourquoi pas ?
Du côté des autres rôles, peu de changement. Et qui s’en plaindrait ?
Pierre Reggiani se montre toujours aussi touchant dans le rôle de Herr Schultz et Delphine Grandsart, troublante dans celui de Fraülein Kost.
On notera par ailleurs les progrès de Catherine Arditi au chant, qui rendent ses chansons plus agréables à l’écoute.
Et Claire Pérot campe décidément une excellente Sally Bowles, mutine et pleine d’énergie.
Son interprétation de la chanson titre est magistrale.
Pour celles et ceux qui l’ignorent encore, Cabaret est tiré d’un roman de Christophe Isherwood, intitulé Adieu à Berlin et de la pièce I am a Camera (qui s’inspirait du roman).
On y suit Cliff, un écrivain américain venu chercher l’inspiration dans le Berlin interlope du début des années 30. Il la trouve en la personne de Sally Bowles, fantasque chanteuse de cabaret au Kit Kat Club. Mais il va aussi croiser le chemin les nazis, qui entament leur irrésistible ascension.
Le propos n’a rien perdu de sa force. Et la mise en scène de Sam Mendes y ajoute une atmosphère décadente qui donne à ce cabaret un parfum de soufre, de sueur et pardonnez le mot, de foutre. Tout ce qu’on aime, quoi ! Un classique à voir absolument.

