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Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !

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Ce que les chef-fe-s d’établissement peuvent et doivent faire

Règlement intérieur, demandes au Ministre, au Recteur, aux inspecteurs.
Réaction syndicale et courrier des lecteurs

Les Chefs d’établissement

Soit ils ne connaissent pas la circulaire du 27 février 2003 et celle du 30 novembre 2006, soit ils les trouvent trop lourdes et ne les appliquent pas.

Il faut en effet 3 interventions chaque année et à chaque niveau, et le CESC Comité d’Education à la Santé et à la Citoyenneté peut se réunir aussi à propos de ce sujet.

En fait, il y a tout un travail de sensibilisation de persuasion à faire qui touche :
• la paix civile dans l’établissement : les bagarres sont presque toujours précédées d’insultes, il faut donc lutter contre toutes les insultes. les bagarres sont déclenchées surtout par les insultes bien humiliantes, c’est-à-dire celles qui concernent le sexe (sexistes et/ou homophobes)

Or ces insultes sont passées dans le langage courant, elles sont banalisées, utilisées parfois par des éducateurs, utilisées dans le quartier et dans la famille.

Il faut donc leur rendre le sens premier et faire mesurer la gravité de leurs conséquences, car ils tiennent beaucoup à elles comme un moyen ordinaire d’expression « oh, on joue, on ne sait pas dire autrement, c’est notre langage, on ne va pas parler comme Louis XIV, pédé mais c’est gentil pédé, ça veut pas dire homosexuel, ça veut dire faible, maladroit, pas bien normal…tout le monde le dit » par contre les mêmes qui disent ça, quand ils sont insultés, réagissent violemment.

Les élèves qui se sentent discriminés ou stigmatisés par les autres pour une homosexualité réelle ou imaginaire, ou les élèves pas du tout mis en cause mais qui sentent le poids de l’homophobie dans l’établissement (50 insultes homophobes par jour selon le psychologue Eric Verdier) et qui se sentent menacés d’être visés si ça arrivait à se savoir, sont en mal-être, et ces élèves là souvent posent problème pour une cause qu’ils ne diront jamais l’égalité des chances :

on pense à l’origine ethnique, on oublie l’orientation sexuelle.

L’homophobie en même temps que la dépression nerveuse entraine de nombreux et lourds échecs scolaires.

La moitié des élèves qui tentent de se suicider le font à cause de l’homophobie ou de la transphobie.

On peut penser que ce n’est pas très différent pour les autres problèmes qu’ils posent à l’établissement (mal-être, timidité, mutisme, dépression, échec scolaire, instabilité, irritabilité, révolte)

Si l’établissement veut relever le niveau des élèves, tous ceux qui se sentent homos ou bi (11% de la population) doivent se sentir bien dans leur peau, sentir qu’ils ne sont pas des parias, que l’établissement pense à eux :
•  par affiches,
•  par le règlement intérieur,
•  par les sanctions de l’homophobie,
•  par les discours des profs chacun dans leur discipline quand ils en ont l’occasion offrant des modèles LGBT positifs,
•  par l’éducation civique et là tous les personnels sont concernés, par des personnels qui leur donne confiance, leur faisant savoir qu’on les comprend, qu’on est prêt à les soutenir surtout les infirmiers, assistantes sociales, mais aussi les CPE, les surveillants, les médiateurs, les auxiliaires d’éducation d’une manière générale tous ceux qui sont jeunes et à qui ils se confient plus facilement.

Certains chefs d’établissement font confiance aux équipes pédagogiques acceptant un projet d’établissement qui inclue la lutte contre l’homophobie.

D’autres se posent la question, mais pourquoi moi ? Que se passe-t-il dans mon établissement ? Nous ne discriminons et ne stigmatisons personne, nous appliquons la loi concernant toutes les injures.

Il faut expliquer que les victimes ne peuvent porter plainte la plupart du temps, elles se cachent et souffrent le martyr en silence car on leur a fait honte comme pour les femmes battues ou violées.

Au mieux, ils se confient à un-e surveillant-e ou à un-e médiateur-trice… mais exigent le secret.

Ceux qui comprennent le problème cherchent un cadre (celui des 2 circulaires), un binôme (ils s’adressent à l’infirmièr-e et l’assistante sociale déjà débordé-e-s !), une formation (inexistante), une intervention adaptée (mais les associations LGBT ayant un agrément sont très peu nombreuses).

Le Chef d’établissement est en charge de l’élaboration en lien avec tous les personnels du projet d’établissement, mais celui-ci est lourd à mettre en oeuvre, et les personnels sont très sollicités

Certains utilisent le CESC mais celui-ci est déjà très occupé par les problèmes de violence et de santé.

- En absence d’une association LGBT qui travaille en binôme, l’infirmièr-e et l’assistante sociale ou encore la conseillère conjugale et familiale interviennent en classe entière ou en demi classe souvent non mixte pour les rapports garçons filles (et pour l’homophobie seulement « s’il y a une question venant d’un-e élève » !)

- La formation : ils croient que les infirmièr-e-s et les assistantes sociales sont toutes habilitées, or il y a dans ces professions autant de personnes sensibilisées à la lutte contre l’homophobie que dans les autres, mais aussi autant de personnels homophobes (avant 1990 l’OMS considérait l’homosexualité comme une maladie).

Certaines infirmier-e-s pensent qu’au collège l’orientation sexuelle n’étant pas toujours déterminée, il ne faut pas en parler alors qu’au contraire beaucoup de jeunes Lesbiennes Gays Bi et Trans ont trouvé cette période particulièrement atroce et qu’ils auraient bien aimé des paroles de réconfort.

Quand l’Espagne nous donne des leçons par l’exemple

La diversité familiale et l’homophobie seront inclues comme thèmes d’étude de la nouvelle matière obligatoire « Éducation pour la citoyenneté », enseignée dans les écoles, et qui remplace la matière religieuse désormais facultative.

La Fédération espagnole des lesbiennes, gays et transsexuels (FELGT) a obtenu du ministère de l’Éducation que les éducateurs abordent dans cette nouvelle discipline la lutte contre l’homophobie et la réalité de la diversité familiale.
« L’éducation passe par l’apprentissage des valeurs démocratiques, la défense de la diversité et des droits de l’être humain, et est une donnée fondamentale d’une société progressiste qui ne peut renoncer à ces droits, insiste Beatriz Gimeno, présidente de la FELGT.

Les groupes confessionnels protestent parce qu’on leur supprime le monopole de la transmission des valeurs. L’enseignement de la religion a ses valeurs mais elles ne sont pas partagées par tous.

Cette nouvelle matière transmettra des valeurs universelles et démocratiques. » Têtu 07 09 07

Homophobie, une question d’éducation Par Philippe CASTEL

Conseiller principal d’éducation à Ivry, responsable à la FSU de la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre.
Libération : Mardi 5 septembre 2006 -
Aujourd’hui, mardi, passent en justice cinq jeunes gens coupables d’avoir, le 13 juillet à Ivry, arrosé un couple d’homosexuels d’insultes homophobes puis de menaces, et finalement d’avoir jeté des cocktails Molotov dans leur appartement, simplement parce que ces deniers, excédés par le bruit en bas de leur immeuble, leur avaient demandé d’en faire un peu moins.

Quelques jours plus tard, à Vitry, c’est le corps nu et inconscient mais heureusement toujours vivant d’un jeune homosexuel qui était découvert dans un parc, le visage tuméfié, le crâne fracassé et la cage thoracique enfoncée.

Comme souvent dans les cas d’homophobie, et d’ailleurs dans la majorité des actes de violence sexuelle, ces faits sont commis par des individus de sexe masculin, justifiant leur rejet de l’existence même de l’homosexualité par l’image qu’ils se font de la virilité.
A trop dire aux garçons qu’ils ne sont pas des filles et qu’à ce titre ils n’ont pas le droit d’être sensibles, on fabrique des petites brutes fières de leur masculine suprématie.

Car il ne faut pas s’y tromper : derrière ces poings jetés à la face de l’autre, il y a le sentiment que la force fait l’homme et témoigne de sa puissance, donc de son existence.

L’intelligence est réservée aux filles, aux tapettes ou aux bouffons.

L’effet de groupe et la tyrannie de l’image que l’on doit y donner viennent décupler ces manifestations de violence primaire et font obstacle à toute volonté d’échapper à cette panurgique attitude.

L’homophobe ne fait que véhiculer des valeurs que lui a transmises son milieu social et culturel, en les exacerbant dans ses comportements excessifs.

Nulle part on lui a dit qu’il pourrait peut-être mettre tout cela en perspective, nulle part on lui a dit qu’être un homme c’est bien plus que n’être seulement pas une femme, nulle part on ne lui a permis de déconstruire ces schémas mortifères.
Il est bien allé à l’école, pourtant, mais que lui a-t-elle dit de tout cela ?

A quel moment l’a-t-elle amené à réfléchir, à quel moment lui a-t-elle dit qu’il était dans l’erreur ?
Les seules représentations qu’il a eues de l’homosexualité, dans l’enceinte de l’école, c’est cet élève au collège qu’il a martyrisé, et dont il n’est même plus sûr qu’il était vraiment homo, mais qu’en tout cas personne n’a jamais défendu, ni parmi ses camarades ni même parmi les adultes.

Les cours d’éducation sexuelle n’ont évoqué que la reproduction, une fois en cours d’histoire on lui a dit que les nazis avaient déporté et gazé des homosexuels, et le seul prof perçu comme homo était l’objet de tous les chahuts et se gardait bien de sortir du placard. Préjugés d’un autre âge ? L’école aurait changé ?

Certes, elle a évoqué la question, mais avec tant de précautions qu’à la longue on peut se demander si elle n’a pas honte de sa propre audace.

Lorsque l’on lit, dans le tout récent guide du formateur pour l’éducation à la sexualité, édité par le ministère de l’Education nationale, que l’ « orientation sexuelle et les pratiques sexuelles font partie de la sphère privée.
L’orientation sexuelle ne devrait être connue que si la personne le fait savoir », on s’étonne, comme si l’hétérosexualité dominante ne s’exposait jamais dans l’espace public.

Mais quand on lit ensuite qu’il « convient d’être attentif à ce que la loi du groupe n’enferme pas des adolescents dans une identité homosexuelle, à la suite d’expériences ou de rites illicites de passage (par exemple le bizutage) ne relevant que de pratiques sexuelles », on comprend en fait qu’il est dit que des adolescent(e)s mais surtout les garçons, probablement, vu ce qui est décrit peuvent se laisser aller à des comportements homosexuels sans pour autant que le regard porté sur ces pratiques ne fige leur orientation sexuelle, ce qui serait très grave.

Pour ne pas avoir la désagréable impression que la crainte de cette fixation et de cet « enfermement » ne s’exprime que pour les comportements homosexuels, on aimerait lire que des rites hétérosexuels ne doivent pas, eux non plus, figer les adolescents dans l’hétérosexualité.

Autrement dit, être hétérosexuel ne devrait pas nécessairement aller de soi, et la possibilité devrait être énoncée dans l’espace social qu’aucune normalité en la matière ne s’impose.

Partout, en filigrane, dans ce document, transparaît la peur de faire du prosélytisme en faveur de l’homosexualité, ou tout au moins d’en être suspecté.

En confinant l’orientation sexuelle à l’espace privé (représentation totalement mythifiée de ce qu’elle est réellement, au moins pour l’orientation hétérosexuelle) et en affirmant qu’elle doit rester confidentielle, on se protège ainsi de l’expression de l’orientation homosexuelle dans l’espace social.

Et c’est ainsi que des générations d’homophobes se reproduisent et se multiplient, et peuvent sévir sporadiquement, alors qu’une intervention volontariste de l’école contre l’homophobie permettrait peut-être de la faire reculer, à défaut de la faire disparaître.

Certains pays n’ont pas hésité à impliquer l’administration publique dans ce combat.

Il est temps que la France fasse de même, et que notre MEN n’ait plus peur de son ombre.

La lutte contre le sexisme et l’homophobie, et leur corollaire le virilisme ambiant, contribuerait efficacement à faire reculer la violence, qui tend à remplacer toute forme de rapport social, et remettrait au centre des rapports humains l’échange, le respect et l’envie de connaître l’autre, la diversité n’étant plus alors considérée comme une menace.

Le sexisme et l’homophobie signent la défaite de la pensée du vivre ensemble, et ces récents actes sexistes et homophobes témoignent de l’urgence devant laquelle est placée notre société si elle ne veut pas reculer.

Seule l’éducation, à condition d’engager un combat volontariste sur ce terrain, peut encore contribuer à nous faire éviter le pire.

La seule répression, en ces matières comme en d’autres, arrive toujours trop tard et ne sert qu’à se rassurer, alors que l’origine de ces actes n’est jamais combattue à la racine.

Courriers des lecteurs en réponse à Philippe Castel

Homophobie et sexisme. Non manifeste.

Dire qu’on fait du prosélytisme homosexuel lorsqu’il est question de déconstruire l’homophobie, c’est déjà être homophobe.

Merci Philippe Castel pour votre article si pertinent. Vous avez raison, il y a fort à faire contre le sexisme, l’homophobie et la transphobie à l’école.

Ah si tous les CPE étaient comme vous ! L’homophobie et le sexisme tuent en France !!!
Il est plus que temps et nécessaire que l’on se saisisse de la question à l’école, dans les espaces publics et dans les médias !!!

Homophobe = homo refoulé

Un homophobe n’est qu’un hétéro qui refoule ses pulsions homo, rien de plus, rien de moins. Cela existe dans les films porno de voir deux femmes ensemble, mais deux hommes cela lui fait peur.
Tout cela ne s’arrêtera que lorsqu’il y aura de vrais cours d’éducation sexuelle expliquant cela.
Celui qui montrera son homophobie montrera alors à tous ses pulsions homosexuelles et il ne fera plus d’acte homophobe

Excellent article

Je suis entièrement d’accord avec cet article, ça fait du bien de lire ça. J’ai moi-même été insulté, frappé, exclu et on m’a craché dessus à l’école publique pour "homosexualité".
Quand on ignore une domination, on la laisse se perpétuer.
Je n’ai pas découvert mon homosexualité.
Ce sont d’abord les insultes qui m’ont fait gamberger ("pourquoi ils m’appellent la fille ? " pourquoi parce que je suis assimilé à une fille je mérite ça ?) l’homophobie est toujours liée au sexisme.
A ceux qui disent vouloir stopper la propagande homosexuelle : l’homosexualité n’est pas une religion.
Il faut que vous soyez peu à l’aise avec votre orientation sexuelle pour penser que si on parle d’homosexualité tout le monde va devenir homo.
Aurions-nous des super-pouvoirs ? Non mais en attendant une véritable lutte contre l’homophobie la situation est désastreuse.

L’homophobie doit disparaître

Je ne vois pas pourquoi certaines personnes se sentent persécutées par des homosexuels.
Personnellement, je suis hétéro, mais je passe mon temps avec beaucoup d’amis et d’amies homosexuel-le-s.
Quand je demande à certaines personnes pourquoi ils réfutent cette pratique, la condamne, la seule chose qu’ils savent répondre, c’est : "parce que ce n’est pas naturel".
En gros, ça ne se voit pas dans la nature ? Pourtant, l’homosexualité est présente dans les tribus de singes, et même chez les puces de lits ! Certains ont ajouté alors : "Eh bien, justement, nous ne sommes pas des animaux."
A ce moment-là, supprimons l’hétérosexualité, puisqu’elle est présente en masse dans la nature.
L’éducation aidera à combattre, mais avec des parents homophobes, je nevois pas comment les enfants changeront… Faisons plutôt une école pour parents, c’est plus efficace ! A réfléchir !

Le virilisme ambiant… exactement

J’aime bien cette expression de virilisme ambiant, ça montre exactement ce qu’il faut changer dans notre perception des genres.
Les filles ne se prennent peut-être pas de coup de couteau de la part des "défenseurs de la virilité" (encore qu’on en brûle une de temps en temps) mais si en même temps qu’une éducation contre l’homophobie on pouvait leur expliquer qu’une fille est autre chose qu’une esclave sexuelle et que ça ne sert à rien d’aborder les filles dans la rue pour leur dire "je veux tes fesses", ce serait un double (et énorme) progrès

La discrétion n’est pas la solution

Félicitation pour cet article fort pertinent !
Je suis fatigué de lire le même genre de réaction dès qu’il est question de prévention contre l’homophobie.
Je trouve particulièrement lâche l’attitude qui consiste à considérer le soit disant manque de discrétion des homosexuels comme cause de l’homophobie.
C’est bien trop facile et ça évite de poser les vraies questions.
Considère-t-on les femmes violées comme responsables de ce qui leur arrive sous prétexte qu’elles ont mis une minijupes ?
Considère-t-on un juif responsable de l’agression antisémite dont il serait victime si il porte la kipa dans la rue ?
En quoi deux hommes qui s’embrassent ou se tiennent la main dans la rue seraient responsables de leur passage à tabac ?
Le problème se situe dans la tête de l’agresseur, non dans les actes de l’agressé.
Il faut en outre définir ce que serait cette sacro-sainte discrétion.
L’article de Libé évoque des agressions dans lesquelles les victimes ne s’affichaient pas avec un drapeau arc-en-ciel ou ne participaient pas à la gaypride. Ce n’est donc pas le problème.
Dans la mesure où l’école a déjà pour tâche de prévenir les actes de racisme, d’antisémitisme ou tout acte discriminatoire envers une ethnie ou une religion, je ne vois pourquoi elle pourrait s’affranchir de la lutte contre l’homophobie.

Dire que l’école n’a pas à se mêler de ce qui relève de la sphère privé et de l’intime, c’est oublier un peu vite que l’école a un rôle en matière d’éducation sexuelle, sujet touchant à l’intime par excellence, mais c’est surtout nier que l’homosexualité concerne aussi la sphère publique.
A partir du moment où des gens se font agresser en raison de leur homosexualité, celle-ci concerne l’ensemble de la communauté qui est censée garantir la sécurité de chacun.

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Citations

« On ne naît pas femme, on le devient » Simone de Beauvoir

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