Publié par Yagg
http://yagg.com/2010/08/09/coming-o…
Les peintures et les gravures que l’homme préhistorique a laissées sur des parois rocheuses ou sur des ossements ne nous apportent pas seulement des informations sur la faune, les pratiques de chasse ou les pratiques religieuses de l’époque, mais aussi, ce qui est beaucoup moins connu du grand public, sur les pratiques sexuelles des hommes et des femmes préhistoriques.
Des faits qui étaient connus des anthropologues mais qui jusqu’ici étaient passés sous silence.
Par le passé, le moralisme et la pudibonderie n’ont pas seulement touché la recherche et l’enseignement de l’histoire ou des langues anciennes, ils ont aussi entaché la recherche scientifique.
Ainsi l’homosexualité animale était peu évoquée par les biologistes, l’enseignement de l’histoire de la Grèce antique tendait à éviter de mentionner les amours entre hommes pourtant si communes.
Tous les domaines de la recherche étaient touchés.
UNE EXPOSITION SUR LES USAGES ÉROTIQUES PRÉHISTORIQUES
Les temps ont changé et une exposition espagnole montrera les indices qui indiquent que le sexe homosexuel était une pratique courante dans la préhistoire.
La Fondation Atapuerca et la municipalité de Santillana del Mar préparent en effet une exposition intitulée « Sexo en piedra », qui mettra en scène les usages érotiques des groupements humains préhistoriques : sexe homosexuel, usage de godemichés, sexe oral, tatouages sur le pénis, rites de circoncision, zoophilie, etc.
Avec cette exposition, les paléontologues d’Atapuerca ont décidé de rompre avec les tabous sexuels que les études préhistoriques imposent depuis le XIXe siècle, en montrant que les relations sexuelles des hommes préhistoriques n’étaient pas seulement orientées vers la reproduction.

Javier Angulo et Marcos Garcia Diez
Javier Angulo et Marcos García Díez ont été chargés de réunir et de documenter les pièces présentées à l’exposition.
Marcos Garcia Diez estime que les études réalisées jusqu’ici ont été entachées d’homophobie car aucun chercheur n’a mentionné les pratiques homosexuelles dans la préhistoire, et fort peu se sont intéressés aux pratiques sexuelles de l’homme préhistorique en général. »
Cependant les premiers Homo sapiens qui sont arrivés en Europe étaient nos égaux sur le plan anatomique et cérébral, et comme nous ils aimaient le sexe », avance Marcos Garcia Diez.
C’est aussi l’avis d’Eudald Carbonell, le codirecteur des fouilles de la Sierra d’Atapuerca : le silence qui entoure l’homosexualité préhistorique le surprend ; c’est une pratique dont on a de nombreux indices dans divers sites préhistoriques européens.
DESSINS, PEINTURES ET GRAVURES
L’exposition, qui sera inaugurée en septembre, présentera de nombreux dessins, des peintures et des gravures sur ossements ou sur pierres, qui documentent bien les diverses pratiques sexuelles de l’époque.
Ainsi on pourra y voir une scène de coït anal entre hommes (en provenance du site de La Marche en France, photo ci-dessous) ou une plaque représentant deux femmes effleurant leurs seins avec affection, et que la datation fait remonter à plus de 12000 ans (première photo ci-dessus).
Les deux commissaires de l’exposition pensent que l’on n’a pas analysé jusqu’ici le sexe homosexuel à cause de la mentalité prédominante.
Ils ne doutent pas qu’il était présent dans la vie sociale de l’homme préhistorique, à une époque où l’homme n’avait pas encore établi une relation entre le sexe et le péché.
Une exposition qui va mettre des bâtons dans les roues des défenseurs de la « famille traditionnelle naturelle composée d’enfants qui ont un papa et une maman ».
Nos amis français feraient bien de faire envoyer un carton d’invitation à Christine Boutin, Christian Vanneste et consorts.
Le mythe du bon sauvage est à revoir : grâce à cette exposition, il pourra s’enrichir d’une composante homosexuelle.
Jean-Jacques Rousseau doit être revisité : bienvenue au bon sauvage gay !
Les gays du paléolithique sont sortis de leurs cavernes !
Sources : divers sites de la presse et des blogs espagnols.
Lire aussi l’excellent article de la journaliste Elodie Cuzin.
Luc Lebelge
La vie sexuelle de nos ancêtres préhistoriques
Par Elodie Cuzin, Journaliste, 07/08/2010
Il faut cibler juste, entre deux expéditions dans les grottes du Nord de l’Espagne, pour parvenir à joindre Marcos García Díez. Ce préhistorien œuvrant pour le gouvernement régional de Cantabrie est l’un des commissaires de l’exposition « Sexe en pierre » (« Sexo en piedra »), qui sera inaugurée fin septembre près du gisement archéologique d’Atapuerca, au Nord de l’Espagne, l’un des plus importants d’Europe.
Il décroche finalement son téléphone après une visite matinale, enthousiaste à l’idée de présenter bientôt au public son idée phare :
« La sexualité liée au plaisir, à la sensualité et non à la seule reproduction existait déjà il y a entre 35 000 ans et 10 000 ans [période du paléolithique supérieur, lorsque l’Homo sapiens est arrivé en Europe, ndlr]. Les bases de notre comportement sexuel actuel se trouvent à cette époque. »
C’est une quinzaine de gravures sur pierre et de sculptures représentant des humains dans le détail (relatif) de leur anatomie -chose rare selon le préhistorien- qui l’ont convaincu de monter cette exposition.
On y (re)découvre, selon lui, les positions les plus variées, des scènes de masturbation, des godemichés, un cas potentiel de zoophilie et même un voyeur.
Le travail commun d’un préhistorien et d’un urologue En discutant avec un ami urologue, passionné de préhistoire, Javier Angulo, naît l’idée d’un livre, co-écrit en 2005, puis de cette exposition, une première en Espagne. Marcos García Díez se souvient :
« Les rapports scientifiques évoquant ces dessins étaient toujours très aseptisés, éminemment descriptifs. »
Le puritanisme aurait en effet empêché pendant des décennies les paléontologues d’entrer dans le détail de ce qu’ils découvraient :
« Vous les imaginez décrire en 1930 ou 1960 les scènes apparaissant sur ces plaques ?
Ils se sont cantonnés pendant longtemps à observer la société d’il y a 35 000 ans à travers un prisme prude. »
Les deux commissaires ont, eux, osé l’interprétation, en s’appuyant sur les clefs complémentaires fournies par leurs parcours de préhistorien passionné d’ethnologie et d’urologue calé en gynécologie et sexologie.
Des Vénus paléolithiques, célèbres représentations aux attributs féminins hypertrophiés, seront présentées lors de l’exposition. Elles illustrent « le concept de femme liée à la reproduction », souligne le commissaire de l’exposition :
« Mais nous découvrons aussi un monde percevant le sexe comme un plaisir. Il existe ainsi une gravure sur une plaque de pierre montrant une femme à quatre pattes devant une personne. Et, chose très rare, une autre personne en retrait semble les observer.
Nous n’avons connaissance que d’une scène de ce type, nous ne pouvons donc pas affirmer que le voyeurisme était répandu, mais il semble bien qu’il ait existé. »
L’exposition évoquera également les vestiges sculptés en os ou en pierre, « très lisses » et de forme phallique, qui pourraient « avoir été utilisés comme des godemichés » :
« Nous avons observé cette pratique dans des sociétés dites primitives actuelles. Mais nous ne saurions pas dire qui, des femmes ou des hommes, les utilisaient. »
Une gravure explicite trouvée sur une plaque en pierre dans la grotte de La Marche, près de Poitiers, en France, ainsi que d’autres vestiges de l’époque découverts en Europe, indiquent d’autre part, sans l’ombre d’un doute selon Marcos García, que le sexe oral existait aussi à l’époque.
Certains observateurs voient deux femmes dans cette scène. Et s’appuient sur d’autres fameux vestiges, comme les femmes de Gönnersdorf, une gravure de deux femmes enlacées trouvée en Allemagne, pour affirmer que l’homosexualité existait déjà à l’époque.
Tabou scientifique autour de l’homosexualité pendant la préhistoire
Pas si vite, avertit Marcos García, qui nuance l’interprétation de la plaquette de La Marche :
« Est-ce une femme ou un homme ? Difficile à dire.
Une série de gravures pourraient effectivement laisser entendre que l’homosexualité existait bien à l’époque, d’autant plus que ces personnes nous sont identiques, biologiquement.
Mais il est scientifiquement difficile de le prouver à partir des dessins. »
Pour Jim Neill, auteur des « Origines et le rôle des relations homosexuelles dans les sociétés humaines », il est « inévitable que des pratiques homosexuelles aient été répandues chez les peuples paléolithique ».
Depuis les Etats-Unis, il explique :
« Les comportements homosexuels couramment observés chez les primates […], et surtout les comportements sexuels plus élaborés des grands singes, plus proches des humains, montrent que le fort potentiel de relations homosexuelles est une caractéristique générale parmi les grands primates, y compris les humains. »
Mais là aussi, comme autour des scènes hétérosexuelles les plus osées, un grand silence a pesé pendant longtemps.
La faute, selon Jim Neill, au « tabou très fort autour de l’homosexualité qui a régné dans les communauté scientifique et académique jusqu’à récemment ».
► « Sexo en piedra » - Exposition à la fondation Atapuerca, dans le Nord de l’Espagne, du 23 septembre au 8 décembre.
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89 •► Rue69, questions de genre et de sexe Ailleurs sur le Web •► Préhistoire érotique, sur le blog AnneLolotte et ses sextoys et www.arterupestre-c.com/1000.htm _

