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Contracorriente

« Avec ’’Contracorriente’’, je ne voulais pas toucher que le public gay »

Têtu par Louis Maury 22 novembre 2011,

INTERVIEW. Après avoir fait le tour du monde des festivals, le romantique drame gay péruvien sort en salle mercredi.
Pour Têtu.com, son réalisateur Javier Fuentes-León revient sur les raisons d’un succès qu’il n’avait pas imaginé.

Il y a un an, Contracorriente faisait une présentation remarquée en clôture du festival Chéries-Chéris.
Ce drame romantique péruvien sort en salle mercredi et a pour cadre un petit village côtier perdu.
Miguel est pêcheur et son épouse Mariela accouchera sous peu de leur premier enfant, au moment où l’amant de ce dernier, Santiago, menace de le quitter. Ce qu’il fera. Pour revenir le hanter…
Dans son premier long-métrage, Javier Fuentes-León imagine une œuvre belle, insolite, romantique, voire souvent poignante, qui a été choisi en 2010 pour représenter le Pérou dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et dont il a accepté de raconter la genèse à Têtu.com.



TÊTU : D’où est venue l’histoire de Contracorriente, dont vous êtes le réalisateur mais aussi l’auteur ?
Javier Fuentes-León (photo ci-dessus) : J’en ai eu l’idée il y a très longtemps et j’en ai d’abord fait une pièce de théâtre dans le but de mettre trois personnages dans un seul lieu et de créer le maximum de tension entre eux.
J’ai alors écrit l’histoire d’un pécheur, de sa femme et d’une prostituée, un triangle amoureux fusionnel et déchiré.
C’est ensuite que j’ai pensé à en faire un film autour de deux hommes.
J’avais envie de dire que la passion et le deuil qui unit, puis désunit, est aussi belle que celle d’un couple homosexuel.
Cela pourra paraître naïf aux yeux d’un Européen, mais on a souvent présenté mon film comme radical en Amérique latine. C’est dire !

Est-ce que le développement du film a été facile, surtout dans le contexte péruvien où le cinéma est tout jeune et désargenté ?

Le projet a d’abord été soutenu par les Etats-Unis, où je vis.
J’ai d’ailleurs écrit le premier scénario en anglais.
Puis des financements sont venus d’Allemagne et de France.
C’est à ce moment là que le centre du cinéma péruvien m’a aidé.
Mais j’en étais à la quatrième présentation du projet.
Je ne peux pas dire que j’ai subi un rejet de leur part, mais c’était plutôt de la frilosité face au sujet du film.



Vous avez beaucoup soigné le visuel et l’esthétique de Contracorriente…

Nous avions pourtant un tout petit budget, moins d’un million de dollars.
J’ai eu la chance de travailler avec des techniciens remarquables et de trouver un lieu idéal situé dans le nord des côtes péruviennes. Un paysage lunaire qui rencontre la mer.



Le film parle d’homophobie, mais surtout d’intolérance ?

La plupart des maux de l’humanité viennent de l’ignorance.
On rejette ce que l’on ne comprend pas.
Que ce soit pour la religion, la couleur de peau ou l’identité sexuelle.
Le film est une sorte de métaphore sur ce thème.

Vous avez souvent dit pendant la promotion du film en Amérique du Sud que le public latino américain était enfin prêt à suivre des histoires homosexuelles…
Je crois que nous avons fait de grands pas, mais le chemin sera encore long. Je suis sûr qu’un film comme Contracorriente raconté avec un couple hétérosexuel aurait rencontré un plus gros succès.
Mais avoir attiré 50 000 spectateurs au Pérou était déjà un exploit car on m’a souvent dit que cette histoire ne pourrait toucher qu’un public gay.
On avance, les jeunes sont plus ouverts sur ce type de sujet, mais on est encore loin de l’Europe
.



Le film a fait le tour du monde des festivals et a reçu une ribambelle de prix du public…
Ce fut une belle surprise car on m’avait dit que seuls les festivals gays lui réserveraient un bon accueil.
Et on est reparti avec le prix du public à Sundance ou à Miami, dans des festivals hétéros.

Je pense que les thématiques du film, comme l’abandon, le regret d’avoir laissé passer un amour, peuvent toucher tous les publics.
Je ne voulais pas toucher uniquement un public gay, même si je le suis et que j’en suis fier.

Vous avez été sélectionné pour défendre les couleurs du Pérou aux Oscar avec ce film ?

On a été aussi nommé aux Goyas, ce fut un honneur. Surtout pour un premier film. Cela met la barre haut pour le prochain !

Justement, on parle d’une comédie musicale pour votre second film ?

Je travaille sur trois projets. C’est vrai que j’écris des chansons et compose de la musique, j’ai d’ailleurs signé une partie de la musique de Contracorriente.
Je pense aussi à un film noir, un thriller que je devrais tourner l’an prochain. Je devrais enchaîner ensuite avec un film fantastique car je suis un grand fan des frères Grimm.

Regardez la bande-annonce :

Contracorriente

Javier Fuentes Léon, Pérou-Colombie, 2009 – 102’

Réalisation : Javier Fuentes-Léon

Interprétation : Cristian Mercado (Miguel), Manolo Cardona (Santiago), Tatiana Astengo (Mariela), José Chacaltana (Héctor), Emilram Cossío (Pato), Cindy Díaz (Isaura), Haydée Cáceres (Trinidad), Alegría Saavedra (Liliana), Germán González (Dr. Fernández)

Scénario : Javier Fuentes-Léon

Miguel est pêcheur-côtier à Cabo Blanco, un petit village de pêcheurs sur la côte nord du Pérou où sont profondément enracinées les traditions religieuses.
Miguel est marié à Mariela qui attend leur premier enfant.
Mais Miguel cache un secret scandaleux.
Il a une histoire d’amour avec un autre homme, Santiago, un peintre ostracisé par les villageois pour être agnostique.
Miguel est forcé de faire face aux conséquences de ses actes et de se réconcilier avec qui il est vraiment…

Après avoir terminé une formation médicale au Pérou, Javier Fuentes-Léon a suivi une maîtrise en réalisation cinématographique à Los Angeles à l’Institut des Arts de Californie.
Plus tard, le Théâtre National du Pérou distingue sa pièce Mr Clouds comme l’une des meilleures pièces du nouveau millénaire.
Contracorriente, son premier long métrage, a reçu de très nombreux prix et distinctions ce qui en fait le film de l’année le plus acclamé par le public. Tragique et lumineux.

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Citations

"Depuis plus de 20 ans, les plus prestigieuses publications scientifiques considèrent l’homophobie comme un trouble de la personnalité et un problème de santé psychologique de premier ordre." Daniel Borillo

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