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Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

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Contre l’homophobie de certains psychanalystes

Serge Hefez, psychanalyste

En faisant intervenir plus qu’un homme et une femme dans la conception d’un enfant, en dissociant procréation et engendrement, l’AMP a ouvert la boîte de Pandore des désirs de milliers de couples stériles, mais aussi d’hommes et de femmes célibataires et de couples homosexuels, à donner la vie et à établir une filiation.

Les psychanalystes sont divisés sur l’opportunité d’ouvrir cette possibilité aux couples de même sexe.

Si peu d’entre eux mettent en doute les capacités pédagogiques et l’amour que des homosexuels sont susceptibles d’offrir à un enfant, l’opposition s’articule autour des souffrances et des angoisses supposées d’une descendance confrontée à ces situations inédites, et surtout aux modifications délétères des structures de la parenté et de la filiation qui fondent l’ordre symbolique de nos sociétés

Sur le plan clinique, leur position est en général empirique, ils connaissent mal les situations réelles de ces enfants et rejettent avec suspicion l’abondante bibliographie internationale composée de milliers d’articles, d’études, d’enquêtes, de témoignages publiés à ce jour, littérature qui n’établit aucune différence significative en termes d’évolution, d’épanouissement, d’identité sexuée ou d’orientation sexuelle chez les enfants élevés dans ces contextes.

Si je suis de mon côté, avec certains autres, favorable à cette ouverture, c’est pour avoir reçu depuis une vingtaine d’années de nombreux couples, familles, parents, adolescents vivant dans des contextes d’homoparentalité.

Toutes ces familles sont confrontées aux mêmes joies et peines, aux mêmes atermoiements que l’ensemble de celles qui partagent ce type de parcours.

Les enfants que j’ai pu accueillir ne me sont à aucun moment apparus en danger et les difficultés le plus souvent exprimées sont celles d’affronter le regard des autres et l’hostilité ou l’incompréhension de leur environnement social.

La rencontre avec ces familles, avec ces enfants, est un véritable travail de création, tant théorique que clinique.

Si l’on considère toutes les formes possibles de techniques de plus en plus sophistiquées de fécondation in vitro, si l’on considère l’augmentation vertigineuse des recompositions familiales et l’accroissement des situations d’adoption, on voit surgir une foule d’histoires, de mythes familiaux.

Bien des familles, homoparentales ou non, abordent par exemple les problèmes posés par le processus de néantisation du parent donneur de gamètes.

Comment créer un espace triangulé composé du parent, de l’enfant et du donneur ?

Il s’agit bien de pouvoir créer un parent entier qui puisse s’opposer à un parent partiel, le déconstruire dans la réalité psychique de la famille pour permettre à l’enfant de le reconstruire dans son monde imaginaire.

Pour faire des enfants, il ne faut plus un pénis, mais du sperme ou une cellule reproductive mâle qui peut s’unir à un ovule, ou une cellule reproductive femelle, c’est-à-dire des moyens autres que l’union hétérosexuelle par pénétration.

Ces réalités amènent à distinguer cette union des fantasmes de scène primitive et de conception, qui ne sont plus une seule et même chose.

La reconnaissance des nouvelles donnes de la reproduction exige ainsi une mise à l’épreuve du réel qui distingue la fécondation des fantasmes liés à la procréation et au désir d’un ou de plusieurs parents d’engendrer un enfant.

Chacun sait que l’engendrement n’est pas l’accouplement, qu’il s’agit d’un acte social et non naturel, et les enfants dans ces contextes de diffraction de la parenté sociale et de la parenté biologique, comme dans tout autre contexte de pluri-parentalité, savent se débrouiller pour élaborer un roman des origines qui inclut tous les protagonistes de leur conception.

Le plus important est que l’on puisse raconter à l’enfant une histoire "juste" du sens de sa venue au monde, histoire qu’il pourra se raconter à lui-même, transformer à sa guise en interpellant quand il le peut tous les protagonistes du récit.

L’origine ne fait sens que par les questions qu’elle pose et par la parole qu’elle fait circuler autour de son mystère.

Elle est toujours à créer, elle se trame dans un conte à jamais inachevé que la famille se raconte.

Le seul "intérêt supérieur" de l’enfant réside dans une définition stable de sa filiation, définition intégrable dans la société dans laquelle il vit.

Or les réticences exprimées à l’encontre des familles homoparentales révèlent bien autre chose, à savoir le lien complexe qui lie depuis son origine la psychanalyse à l’homosexualité.

Quelle que soit sa volonté de rupture épistémologique, quelle que soit l’ouverture de Freud lui-même à cette question, la psychanalyse ne s’est jamais dégagée d’un discours considérant l’homosexualité comme une tare, une dégénérescence, caractérisant une "espèce" ou une "race" toujours suspecte, réprouvée.

Une véritable homophobie psychanalytique uniformise les personnes concernées autour du déni de la différence des sexes qui fleure bon sa dimension perverse, voire du narcissisme pathologique et du déni de l’altérité (ce n’est plus l’autre sexe mais bien l’autre en tant que tel qui est annihilé). Le psychanalyste Pierre Legendre livre ainsi une comparaison avec le nazisme qui "subvertit l’interdit et met à sac la cité".

En se référant à des lois symboliques transcendantes qui instituent tout à la fois le social et les psychismes des membres de la société, bien des psychanalystes font comme si les éléments de leur théorisation n’avaient pas vu le jour dans une société donnée et dans un moment historique qui les conditionne et qu’à leur tour ils influencent.

Le symbolique englobe des cadres rituels, juridiques, signifiants qui sont appelés en permanence à être retravaillés, à se modifier ou à mourir.

A partir d’agencements instables, de bricolages, se composent dans toutes les sociétés des mythes, une culture, un "ordre" qu’on voudrait immuable et universel.

Mais nous ne retrouvons dans cet agencement symbolique que ce que nous y mettons.

Que voulons-nous y mettre ? Voulons-nous continuer à considérer les personnes homosexuelles comme des citoyens de seconde zone, les cantonner à un destin d’"être pour la mort" auquel ils finissent par s’identifier ? C’est la question qui se pose au coeur du débat bioéthique.

États-Unis : L’expérience « sissy », une thérapie expérimentale pour « masculiniser » les garçons efféminés

Posté par Sofia Anastasio le 8 juin 2011 http://tv.yagg.com/2011/06/08/etats…

La chaîne américaine CNN diffuse depuis hier, mardi 7 juin, et jusqu’à demain, dans l’émission d’Anderson Cooper, le témoignage exclusif d’une famille dont l’un des enfants, Kirk Andrew Murphy, a suivi la thérapie dite « sissy » (« poule mouillée ») dans les années 70, quand il avait 5 ans.
Il s’est suicidé en 2003, à l’âge de 38 ans, alors qu’il travaillait en Inde, pour une entreprise financière américaine.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser la mère de ce garçon à l’inscrire à une telle thérapie ? « Il était très intelligent et très gentil, confie-t-elle à CNN. Je pense que je suis devenue inquiète quand il a commencé à jouer avec des poupées (…), il caressait les cheveux des poupées, leurs longs cheveux et cela me dérangeait qu’il prenne peut-être des airs trop efféminés. » Elle ajoute ensuite : « Si cela me dérangeait, c’est parce que je voulais que Kirk grandisse et ait une vie normale ».

JOUETS « POUR FILLES », JOUETS « POUR GARÇONS » Ainsi, lorsqu’elle voit à la télévision un psychologue qui s’adresse aux parents dont les fils préfèrent s’amuser avec des « jouets de fille », plutôt qu’avec des « jouets de garçons », elle décide d’amener son Kirk à l’Université de Los Angeles en Californie pour suivre le programme gouvernemental que promeut cet homme.

Son fils se retrouve entre les mains d’un certain George A. Rekers, étudiant en médecine. Sa thérapie consiste à faire entrer le petit garçon dans une pièce où sont disposées deux tables : sur l’une d’entre elle, des jouets considérés comme « pour garçons » (pistolet etc.) et des jouets considérés comme « pour filles » (poupée etc.). Sur l’autre, des vêtements de garçon d’un côté et des vêtements de fille de l’autre. Observé par le médecin, le petit garçon doit choisir ce qui lui plait le plus. S’il adopte une attitude « masculine », sa mère le félicite. Si au contraire il est « féminin », elle l’ignore. Et si l’enfant pleure de toutes ses forces pour attirer l’attention de sa mère, cette dernière a pour consigne de ne jamais réagir.

Le « traitement » continuait le soir à la maison, mais là, la punition pour « excès de féminité » s’avérait bien plus sévère.
Avaient été distribué aux parents de Kirk des jetons de poker bleus et rouges.
Si l’enfant adoptait des airs assez virils aux yeux des parents, il était récompensé d’un jeton bleu.
Dans le cas contraire, il recevait un jeton rouge et des punitions physiques de la part de son père. Son frère et sa sœur restent traumatisés face au souvenir de cette expérience, qu’ils jugeaient déjà bien trop sévère à l’époque. « Parfois, son père le frappait tellement fort qu’il avait tout le dos et les fesses marqués », se souvient sa mère. Et si la thérapie en clinique va durer 10 mois, celle à la maison se prolongera bien plus longtemps.

Si on peut reconnaître à Kirk une belle réussite scolaire et professionnelle par la suite, le témoignage de sa sœur remet les choses au clair : le jeune garçon avait perdu toute confiance en lui au lycée, il était hanté par le sentiment d’être différent des autres.
Il n’avait aucun ami et « passait tous ses repas dans les toilettes des garçons ».
S’il a choisi de construire une carrière dans l’armée de l’air américaine, c’est certainement pour prouver aux autres et à lui-même sa virilité, dans un métier où il est impossible d’imaginer le fait d’être homosexuel
, commente CNN. Jusqu’au suicide.

LE DR REKERS REJETTE TOUTE RESPONSABILITÉ

Et pourtant, bien que la famille, aujourd’hui brisée, soit profondément convaincue que la fin de vie tragique du jeune homme a été causée par « l’expérience sissy », il n’en va pas de même pour le docteur Rekers.
« Cette hypothèse est trop imprécise », selon lui.
Invoquant le secret médical qui lie le médecin et son patient, il refuse de donner des détails sur la thérapie de Kirk, mais insiste : l’objectif était d’aider : « aider les enfants, aider les parents qui venaient nous voir, perdus, demandant « que pouvez-vous faire pour aider nos enfants à mieux s’intégrer ? » ».

Il faut dire que cette thérapie, qui a été retracée peu de temps après par Rekers dans un journal académique, a permis à ce dernier de se bâtir une véritable carrière sur le principe que l’homosexualité peut être évitée. Il fait partie des fondateurs du Family Research Council, une organisation chrétienne qui œuvre contre les droits des homosexuel-le-s (qui a depuis fusionné avec une autre association conservatrice, Focus on the Family) et est également devenu membre de l’Association nationale pour la recherche et la thérapie de l’homosexualité, dont la mission est d’offrir un traitement à celles et ceux qui luttent contre une « homosexualité non désirée ».

Ironie de l’histoire, si Rekers est toujours cité comme une référence en matière de lutte contre l’homosexualité de nos jours, il a dû quitter les deux organisations l’an dernier, lorsque la présence d’un escort-boy à ses côtés lors d’un voyage en Europe a été découverte…

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Citations

"Ce n’est pas le départ de deux garçons pour aller coucher dans le même lit qui est insupportable, mais c’est leur réveil heureux" Michel Foucault

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