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Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

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Couples sérodifférents – témoignages

1 août, 2011

http://gaymasante.yagg.com/2011/08/01/couples-serodifferents-temoignages/

Article écrit par Jonathan.

« Sérodifférence »… ! Pour faire simple, c’est le fait qu’il y ait dans un couple un partenaire qui est séropositif, et le deuxième qui est séronégatif, donc qu’il y ait une différence sérologique (VIH en l’occurrence) entre les deux partenaires.
Ce terme est à préférer à celui de « sérodiscordance » portant une sémantique plus agressive.
C’est une situation qui est très souvent cachée, parfois même aux amis les plus proches.
Il a été rude de trouver des témoignages dans mon entourage, malgré le boulot que j’exerce.
Bien que dans les témoignages ci-dessous vous verrez que ce n’est pas un sujet dont le couple parle au quotidien, on remarque la difficulté qu’il peut y avoir à parler du fait d’être séropositif ou d’être dans un couple sérodifférent aux autres, à l’extérieur du couple.

Je suppose que dans votre entourage il y a possiblement plusieurs personnes séropositives, mais il y a aussi plusieurs personnes qui sont en couple avec une personne séropositive.
Dans tous les cas combien vous en parlent ?
Combien connaissez-vous de couples sérodifférents ?
Et si oui, si vous l’avez appris directement d’eux ou bien par quelqu’un d’autre qui les auraient « outé ».

Sur les actions de prévention que je mène avec l’association AIDES, j’en ai rencontré des tas de mecs…
Et peu m’ont parlé de leur vécu dans un couple sérodifférent de vive-voix.
Alors même que lorsque l’on fait passer des petits questionnaires anonymes, certains disent être concernés.

Cet article nous permet de réfléchir à savoir quels sont les espaces d’expression pour ces couples.
Des deux partenaires ensemble tout autant que de celui qui est séroneg et celui qui est séropo, sans que la parole de l’un n’écrase celle de l’autre.
J’ai ainsi souhaité par cet article donner la parole à deux mecs vivant dans deux couples sérodifférents.
L’un est séroneg et le deuxième séropo.

« Ça va faire un an et demi qu’on est ensemble, il sait depuis un peu moins de 2 ans qu’il est séropo, et pour l’instant il n’est pas sous traitement car son médecin spécialiste du VIH n’en voit pas l’intérêt tant que ses T4 sont bons (défenses immunitaires, ndlr), car initier un traitement est quelque chose de lourd, et une fois commencé il faut s’y tenir à vie… et la vie pour nous est encore longue, lui ayant 25 ans, et moi 21 !

Je suis tout à fait d’accord sur le fait que ce ne soit pas quelque chose d’anodin, mais merde et moi dans l’histoire ?
Je compte pour quelque chose ou bien ?

Je l’aime plus que tout, et je ne veux pas être contaminé.
Et lui non plus ne veut pas me contaminer, il m’a dit plusieurs fois qu’il se foutrait en l’air si ça arrivait…
il ne supporterait pas l’idée de me faire ça, ça le détruirait de me refiler son virus !

Mais voilà, au fil du temps c’est de plus en plus difficile à accepter de mettre un préservatif que nous trouvons tous les deux irritant en position passive, et notre sexualité ne peut pas être aussi épanouie que ce que nous voudrions.
Et même si on essaye de mettre en pratique ce qu’on nous a dit pour réduire au plus possible les risques, il y en a de temps en temps.

On va ensemble à ses consultations à l’hôpital, mais quand on parle de sexualité, le médecin nous répond avec un sourire bienveillant qu’il suffit de mettre un préservatif, ce qui coupe court à toute discussion.
Ni lui ni moi n’arrivons à lui parler d’éventuelles prises de risque.
Un truc bien que ce médecin a fait, c’est de me rédiger une ordonnance valable un an pour me faire dépister tous les 3 mois, et il va aussi me vacciner, en douce, contre l’hépatite A en même temps que lui, et gratuitement (en France le vaccin n’est pas remboursé normalement, ndlr).

On nous a évidemment parlé du traitement d’urgence au cas où… mais je ne peux clairement pas aller chercher un traitement tous les mois… !
Une fois, la capote avait craqué, j’ai voulu en prendre un, et la médecin aux urgences était très désagréable, m’a dit que j’étais ‘’irresponsable et suicidaire’’, et a fortement insisté sur le prix de la trithérapie.

J’ai décidé de partir et de ne pas le prendre, c’était trop décourageant.

Heureusement les tests sont toujours négatifs aujourd’hui. Mais je sais qu’il suffirait d’une fois, et mon copain aussi ça le fait flipper… je pense désormais que « l’amour est un facteur de prise de risque », comme tu me l’avais déjà dit une fois.
Je refusais de croire à cette connerie quand je l’ai entendu, mais force est de constater que si !
Autant avec les plans cul que j’ai pu faire, je n’avais aucun soucis de prévention, là j’ai un mec, je l’aime plus que tout, mais je refuse de voir en lui le virus, ce n’est pas ce qui compose son être, c’est l’homme de ma vie et je veux vivre avec lui comme n’importe quel autre couple.

Peut-être que la femme aux urgences avait raison, qu’on se voile la face, qu’on est irresponsables, d’ailleurs il a été très bouleversé par cet épisode de notre relation, où ça a réveillé en lui ses vieux démons, bloquant totalement sa libido… !

Il y a pourtant quelque chose qui pourrait nous sécuriser plus, c’est le traitement !
J’ai lu il y a peu une étude montrant que le traitement chez les couples comme nous réduisait de 96% le risque de contamination !!!!!! (étude HPTN 052, ndlr)
Au fond de moi je n’attends que ça, qu’il le prenne, je suis prêt à l’accompagner et le soutenir du début à la fin, pour que ça se passe le mieux possible.
Et en évitant le sperme comme on le fait actuellement, je pense que le risque de contamination serait presque nul.

Mais voilà, je ne veux pas lui dire tout ça.

J’entends ses peurs avec le traitement qui est lourd, je veux être fort pour lui, et je ne veux pas qu’il le prenne juste pour me faire plaisir, mais parce qu’il en a vraiment envie/besoin, lui, et qu’il sera prêt à le prendre toute sa vie. Du moins jusqu’à ce qu’on trouve mieux.

Mais du coup j’en parle où ? A qui ?

Ses amis les plus proches sont au courant de sa séropositivité, mais je ne veux pas me confier à eux.
Je n’ai que deux amis à qui je fais entièrement confiance, et qui je sais ne lâcheront jamais le morceau, et qui d’ailleurs habitent plutôt loin de Lyon.
Ce qui évite au plus possible les fuites d’ailleurs.
Mais ils n’ont pas que ça à faire non plus que de m’écouter parler.
Donc la plupart du temps je garde mes craintes et mes questionnements pour moi.

Mon mec a une psychologue à sa disposition à l’hôpital s’il veut, mais moi j’aimerais bien pouvoir en bénéficier aussi des fois, pour pouvoir me vider un peu, lui dire mes peurs, pouvoir trouver des solutions avec cette psy peut-être… avoir l’avis d’un professionnel, mais bon ce n’est pas possible.
Et si je me contaminais un jour, comment ça se passerait ?
Je ne sais même pas si je pourrais parler, à ces deux rares amis avec qui j’en ai discuté, d’une séroconversion…

Mis à part ça je suis heureux tout de même hein, j’ai un mec formidable et pour rien au monde je n’en changerais.
Je l’aime et on a plein de projets ensemble.
On nous dit qu’on forme un beau couple, mais je pense que beaucoup sont très loin de penser à quel point on s’aime, et combien le VIH a pu nous consolider. »

(X., 21 ans, séronégatif en couple sérodifférent)

« Nous avons toujours très bien vécu ma séropositivité dans mon couple actuel, car j’en ai informé Maxime dès le début, avant tout rapport.
Avec lui je sentais que ça pourrait devenir sérieux, et la suite m’a donné raison (depuis 3 ans), c’est pour ça que j’y ai été avec des pincettes.

Notre rencontre correspond à mon début de traitement.
Nous étions très prudents au début, c’était même un peu de l’obsession, surtout de ma part. Aucun, mais alors aucun risque de pris. Une fois le traitement commencé et depuis que ma charge virale est devenue indétectable (ce qui réduit voire annule le risque de contamination, ndlr), nous avons relâché la vigilance, en gardant quand même la capote pour les relations anales (ce qui en l’occurrence ne gêne aucun des deux).

Aujourd’hui on a trouvé un équilibre tout à fait stable, je vais 2 fois par an à l’hôpital vérifier que tout va bien et lui se fait dépister par la même occasion, sans grande inquiétude franchement.
C’est d’ailleurs tellement devenu un non-sujet de conversation (parce que nous ne nous inquiétons pas) que je ne saurais pas trop quoi te dire vis-à-vis du ressenti de Maxime.
Je me vois un peu comme un diabétique, mais au lieu d’une piqûre par jour je prends une pilule. Et quand on baise (c’est toujours aussi bien) je ne pense pas une seconde à la maladie.

Par ailleurs, je n’ai jamais ressenti le besoin d’en parler, ni à mes amis, ni à ma famille, donc personne ne le sait.
Je n’ai pas envie de leur faire peur et je n’ai pas envie d’avoir ce trait-là dans l’idée qu’ils se font de moi.
Le jour où ma séropositivité m’affectera (si ce jour arrive) alors j’en parlerai.
Tant que ça reste une pilule par jour sans effet sur mon corps ni sur mon esprit, je n’en parlerai pas.

Maxime, lui, a eu besoin d’en parler, évidemment avec moi et là il n’y a aucun problème de communication, mais aussi avec une amie proche à lui (qui est devenue une amie à moi aussi).
Donc je sais qu’elle sait mais je n’en parle jamais avec elle.
Je crois que maintenant Maxime non plus, il a quand même eu besoin de se rassurer auprès d’elle je pense au début de notre relation.

De manière générale lui et moi sommes sur la même longueur d’onde.
Nous considérons que c’est un peu du domaine de l’intime dans notre couple donc nous n’en parlons pas autour de nous, mais nous en parlons entre nous, si besoin, et franchement pas tous les jours, loin de là !

En tous cas, je souhaite à tous les séropos d’arriver à trouver un équilibre comme j’ai pu le trouver, et à ceux qui sont en couple ou cherchent à l’être de trouver un bonhomme ou une bonne femme qui ne se prenne pas trop la tête, parce que ça n’en vaut vraiment pas la peine.
C’est aussi pour ça que je voulais militer un petit peu à AIDES, pour transmettre ce genre de message, mais comme je te le disais je n’ai vraiment plus le temps de le faire…
Dommage. Mais tu peux le porter pour moi, je sais que tu fais ça très bien »

(A., 23 ans, séropositif en couple sérodifférent)

Je tiens à remercier ces deux personnes qui ont témoignées. Parler de ce sujet n’est pas forcément évident.

Difficulté à se protéger et stratégies adoptées

Les deux témoignages évoquent les difficultés à se protéger, bien que pour le second cela semble poser moins soucis.
X. nous parle à un moment des techniques de réduction des risques sexuels. Bien évidemment, son médecin leur a dit de mettre un préservatif, et c’est la norme préventive, c’est aujourd’hui le moyen le plus sûr de se préserver du VIH.
Il est recommandé de l’utiliser autant que possible.

Mais après, personne n’est infaillible, et on peut entendre que dans certaines situations, des personnes puissent être plus vulnérables que d’autres.
Et comme la majeure partie des gens, ils ne veulent ni se contaminer, ni transmettre leur virus.

Bien sûr, il existe des stratégies pour réduire ce risque, ce dont parle X. à un moment.
L’actif prend par exemple moins de risque que le passif, mettre le paquet de gel permet de réduire le risque de lésions, se retirer avant l’éjaculation, etc.
Mais comme il est indiqué, de récentes publications en matière de recherche contre le VIH montrent que le traitement permet de réduire voire d’annuler le risque de transmission du virus, lorsqu’il est pris correctement [1].
Ou encore on pense fortement que le fait qu’un séroneg prenne un traitement spécifique avant un risque permettrait d’éviter d’attraper le VIH.
Dans les deux cas, il s’agirait d’outils de plus pour les personnes souvent exposées à un risque.
Comme ici dans les couples sérodifférents.

Dans les deux témoignages, on note bien ainsi que le traitement, plus que toutes les autres stratégies mises en oeuvre, est perçu comme facteur d’amélioration de la qualité de vie sexuelle dans le couple.
L’angoisse, la peur de transmettre son virus est nettement atténuée si le traitement fonctionne.
C’est une vraie bouffée d’oxygène pour la vie sexuelle du couple.
Bien que ce soit une décision qui doit être pesée, réfléchie (et soutenue ?).

Jonathan

Témoignages : Je suis amoureux d’un séropo (1/2)

Têtu par Luc Biecq 08 août 2011,

Peut-on s’aimer quand l’un est séropositif et l’autre pas ?
Oui ! Quatre couples heureux racontent comment l’amour a fait son nid.
Car après une déclaration sentimentale doublée d’une révélation pas facile, ils ont choisi de vivre ensemble et de s’aimer. Tout simplement.

C’est une belle rencontre, un soir de printemps.
Jérôme croise la route de Sylvain, la complicité est immédiate et l’envie d’être ensemble grandit chaque jour.
L’histoire pourrait s’épanouir, entre langueur polissonne et câlins rassurants, si Sylvain, 33 ans, n’était pas persuadé de porter des stigmates que Jérôme ne voit pas.
« Je l’aimais avec ces cicatrices et il ne croyait pas que c’était possible. » Il s’est battu, Jérôme.
Des cicatrices, il en porte lui aussi, comme tout le monde. Et puis, il a cédé devant l’insistance de Sylvain qui voulait s’éloigner.

Que se passe-t-il donc quand un virus partie intégrante de l’histoire homosexuelle fait irruption lors d’une de ces conversations de début de love-story, quand on se découvre en se dévoilant ?
Imagine-t-on le nombre de fois où ceux qui le disent ont entendu des paroles de rejet qui les hantent longtemps ?
Jamais il ne nous viendrait à l’idée de nier la stigmatisation des gays porteurs du vih.
Cette violence-là, tous nos témoins ou presque l’ont vécue.
Pourtant, un jour, la vie leur a réservé une surprise. Un homme, plus informé, moins peureux s’est mis à les aimer et la vie est devenue plus belle, comme en témoignent ces quatre histoires.

Pour Eric et Greg, coup de foudre au dîner

« C’est tellement banal qu’on ne va pas nous croire », disent Éric et Greg, 31 et 32 ans. Un dîner chez des amis, une première nuit ensemble, convaincante, puis une deuxième.
Éric, qui est séropositif, vit alors avec quelqu’un d’autre. mais il planifie tout de même un week-end en duo avec Greg. après s’être « taraudé l’esprit », il opte pour la non-révélation, « par peur de le faire fuir ».
mais lors d’un dîner, en parlant de coming out, il fait un lapsus et emploie le mot « séropositivité » à la place d’« homosexualité ».
Oups, la langue a fourché. L’inconscient a fait son job.
Face à lui, Greg répond, en le pensant, que ce n’est pas grave. il a déjà connu un garçon séropositif assez pédagogue et il est déjà un peu accro.
« C’était un détail parmi d’autres tant il me plaisait.
Je ne sais pas comment dire que c’est simple, je sentais que ça allait durer et je n’allais pas m’arrêter pour ça. »
Cette annonce, rapide et naturelle, n’a pas été précédé d’un long moment plein de tension.

Un an et demi après, le couple se porte comme un charme et vit sans stress : « Rien n’a changé, je suis le même.
La seule chose, c’est que je le sais. » Le virus n’a jamais entamé leur libido, d’autant plus que le safer-sex leur est naturel.
« Ce n’est pas une troisième composante de l’acte sexuel.
Je n’y pense pas tout le temps, car la capote est un automatisme. »
Comme Éric ne prend pas de traitement, la seule inquiétude commune survient lors des résultats des analyses biologiques.
mais Greg, séronégatif, n’anticipe aucune difficulté.
Pacsé depuis l’été dernier, ce couple heureux ne laisse pas de place au virus dans leur belle histoire.

Pour Alex et Frédéric, un rendez-vous arrangé

C’est une amie commune qui a joué les entremetteuses.
Parce qu’elle les voyait bien ensemble, elle a insisté. Alex, 29 ans, comme Frédéric, n’y croyait pas.
Face à la photo de son futur « mari », il est subjugué. « Je me sentais hideux et je ne voyais vraiment pas pourquoi il s’emmerderait avec un séropo comme moi. »
Fine mouche, la copine les réunit et le jour J, Alex, ébloui, fait le difficile, laissant Frédéric déployer tous ses charmes. il faudra trois soirées pour qu’Alex, qui n’a rien d’un pudibond, accepte une invitation à domicile.
Le bel Alex a appris sa séropositivité quelques mois avant leur rencontre : il s’est retrouvé plusieurs fois mis à la porte, au sens propre, par des garçons à qui il avait fait cette confidence.

Ne souhaitant pas cacher quoi que ce soit, il lui balance l’info au beau milieu d’une partie de jambes en l’air endiablée. « On a discuté trois minutes et on a recommencé », raconte, rigolard, Frédéric.
mais très vite, il explique à Alex qu’ils ne doivent pas faire comme si ça n’existait pas.
Ensemble, ils vont donc s’interroger, parler de tout, s’autoriser à verbaliser toutes leurs petites inquiétudes.
Cette stratégie antidéni trouve son efficacité parce que Frédéric, soucieux, perçoit bien le ViH comme le problème du couple et pas comme celui d’Alex :
« Il vit avec le virus, on vit tous les deux, on doit partager les difficultés potentielles. »
Si Alex a très peur de contaminer Frédéric lors d’une fellation, cela ne les empêche pas de faire l’amour, beaucoup et… bien. il accepte peu à peu d’être aimé, désiré et même heureux.

Début 2008, le professeur suisse Bernard Hirschel publie un avis qui laisse entendre que les séropositifs avec une charge virale indétectable ont bien moins de risque de transmettre le virus, dans des conditions strictes.
Pour Alex, c’est une bouffée d’oxygène.
Pour se rassurer totalement, pour être sûr de minimiser au maximum le risque, il décide de prendre un traitement.
Le premier mois est un pur cauchemar : une molécule transforme Alex, joyeux et drôle, en créature irritable et angoissée.
C’est invivable. après un changement de thérapie, tout rentre dans l’ordre. aujourd’hui, le couple, pacsé, fusionnel et tactile, affiche un amour fougueux.
La capote, perçue par Frédéric comme hygiénique et protectrice, ne freine pas le plaisir.
Si la libido va et vient, c’est plutôt lié au stress ordinaire.
« Nos soucis de couple n’ont rien à voir avec le VIH. »
Toutefois, Alex perçoit son compagnon comme un soutien sans faille.
Frédéric, quant à lui, se montre sévère avec ceux qui refusent de faire l’amour avec un séropo : « Ils loupent des choses, ils peuvent passer à côté de l’amour. Ce critère de sélection n’est pas justifié. »

Michel et Franck, plan à trois au sex-club

Comment débuter dix-sept ans de vie commune ? Dans un cruising-bar.
Dès le premier soir, Michel et Franck ont veillé à convier un troisième joueur. C’était l’été 1994.
Ce n’est qu’en 2002 que Michel, 56 ans aujourd’hui, a été contaminé. alors qu’il avait insisté pour qu’il mette une capote, un partenaire inconnu l’a enlevé au cours du rapport.
La lubrification a fait qu’il s’en est aperçu trop tard. S’il n’a, par chance, pas contaminé son compagnon, leur vie n’est plus la même.
Franck, 47 ans, y pense en faisant l’amour : « Un frein s’installe.
C’est bizarre d’ailleurs. Cette pensée, cette distance arrive quand je fais l’amour avec mon mec, alors qu’elle n’arrive pas au bordel.
Les contextes divergent : à la maison, c’est la raison, à l’extérieur, la pulsion. »

Tous deux ont vécu les périodes les plus noires du sida, puis les progrès des traitements.
mais Michel n’a pas été épargné : « Ce n’est pas la séro-différence qui pose problème, mais le fait qu’il y a un malade dans le couple. »
Il a eu de lourds effets secondaires pendant quatre ans et cumulé une fatigue invalidante, des problèmes neuro-cognitifs, un vieillissement précoce.
Franck a parfois eu le sentiment de vivre avec quelqu’un qui était à ses côtés sans être avec lui.
De temps à autre, il a cru que son compagnon se résignait à la souffrance.
Leur vie sociale, par crainte des diarrhées ou d’épisodes de fortes fatigues, a été atteinte. Heureusement, Michel va mieux, mais lui qui ne voulait rien imposer a eu peur : « Je ne vois pas comment j’aurais pu vivre sans lui. »
Ils s’aiment, ils veulent passer toute leur vie ensemble.
Pour que ça fonctionne, Franck a fait passer un message : pas question de jouer l’infirmière.
« C’est très dur et ça l’est encore, mais je peux lui dire.
Moi, si déterminé à ce que le virus ne détruise pas mon couple, j’ai eu l’impression de vivre avec quelqu’un qui avait la maladie d’Alzheimer. »
Comme Michel ne parvient pas à se débarrasser d’un sentiment de culpabilité, tous deux veillent à ne pas se laisser aspirer.
La liberté qu’ils s’accordent, ce fonctionnement qui a été le leur dès le début, est une des clés de leur amour longue durée.
« Je n’aurais pas supporter qu’il me fasse une scène quand je vais baiser ailleurs », précise Franck.

Bernard et Gilles, une séduction à l’ancienne

Un soir, en terrasse du Cox, l’échange de regard est un peu plus long, les sourires plus appuyés.
La sensation qu’il peut se passer quelque chose est palpable pour Bernard et Gilles.
Après un dîner avec des amis communs, les deux garçons se donnent leur téléphone et finissent par se revoir une semaine plus tard.
Bernard, porteur du virus depuis douze ans, contaminé à 25 ans, a intégré que ce serait forcément délicat.
« Le moment où je dis "il faut que je te parle" me faisait peur.
Dans les deux tiers des moments intimes où j’avais évoqué mon statut sérologique, j’avais été rejeté. L’annonce précoce, la tardive, aucune ne convenait. »

Bernard, 37 ans, fatigué des rejets, cherche un compagnon séropositif.
Gilles, à qui il n’a encore rien dit, est bien décidé à le séduire. Ce qu’ils ressentent, leur complicité intellectuelle et charnelle est évidente, alors Gilles essaie de comprendre pourquoi Bernard le tient à distance.
Piqué au vif, touché par cette insistance, Bernard finit par lister à Gilles, via un texto, ce qu’il considère comme ses « défauts ».
C’est comme ça qu’il parle de sa séropositivité.
Gilles bondit, mais pas pour la raison que l’on croit : « J’étais abasourdi.
Pas par cette info là, mais par l’image qu’il véhiculait de lui-même !
Pourquoi un garçon de sa qualité se mettait-il dans dans un état pareil ? »

Gilles, qui a déjà eu des amants séropos, n’a pas de crainte particulière.
Dix-huit mois après leur rencontre, il résume ce qu’il a fait : « J’ai enfoncé la porte qu’il m’avait fermée. »
Bernard, surpris par cette manière romantique de faire la cour, succombe très vite.
Maintenant, alors qu’ils vivent ensemble, il dit que ce volontarisme a fait sauter quelques verrous : « Je m’étais auto-conditionné, trop habitué au "merci-au revoir". »
La question du sexe protégé va être réglée, par Gilles, séronégatif.
Après avoir consulté plusieurs médecins et parce que les résultats biologiques de Bernard, sous traitement, montrent une charge virale indétectable et zéro infection sexuellement transmissible, il décide de zapper la capote.
Face à cette approche qu’il juge « intelligente et raisonnée », Bernard accepte. Leur sexualité, sans échange de sperme, les satisfait pleinement.

Est-ce pour autant suffisant pour transformer un virus en anecdote ?
Pas du tout. Bernard, ultra vigilant, veille à ce qu’une goutte de sperme ne file pas où elle ne doit pas.
Gilles n’a pas d’angoisse. Le risque, faible, n’est pas nul, il le sait, mais ça ne l’empêche pas de dormir, de vivre, de bander et d’aimer.
En dehors du couple, chacun se protège strictement.
Au quotidien, le VIH ne fait pas de vagues. Gilles, gentleman prévenant, prépare même les médicaments de Bernard.
« Quand je l’ai vu faire ça, quelque chose a basculé. C’était très important pour moi, et il vérifie même le niveau des boîtes ! », s’enflamme Bernard.
Tous deux n’excluent pas de se pacser et veulent s’aimer toute la vie.
« Je suis passé de la contrition au partage amoureux », résume Bernard, souriant.
« Nous avons des différences, comme notre âge, mais ça, ça n’en est pas une. Je veux dire juste dire que certains garçons ont tort de croire qu’on ne peut pas les aimer », ajoute Gilles.

S’ils sont à l’unisson, au dernier moment, Bernard ajoute que le VIH reste quelque chose de conséquent.
Il hésite puis se lance : sa séropositivité lui a permis d’élaguer, de perdre moins de temps, d’orienter certains choix.
Et il cite cet extrait de la version américaine de la série Queer as Folk.
Michael, séronégatif, tombe amoureux de Ben, séropositif, prof et sexy. il demande à son oncle Vic, contaminé depuis longtemps, ce que ça fait quand on l’apprend.
L’oncle répond : « D’abord, on meurt. Et après, on apprend à vivre avec. »

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Citations

Le tragique du drame de l’identité sexuelle réside dans le fait que notre société soi-disant égalitaire n’accorde aucune place a un comportement ambigu : on est soit complètement femme, soit complètement homme. Si l’on n’entre pas dans l’une ou l’autre des deux catégories, on n’a pas de place. Etre tout bonnement humain-e, mais ça ne suffit pas ! Bien au contraire, ça peut mener un-e être humain-e à un conflit déchirant qui se terminera bien souvent par le suicide.

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