:

Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Bas
agrandir le texte réduire le texte texte normal imprimer envoyer l'article par mail Enregistrer au format PDF

Dans l’armée française, on peut être homo, mais pas trop

Publié par Julien Massillon

Avec l’abrogation annoncée de la loi Don’t ask, Don’t tell (DADT), les militaires homosexuel-le-s américains auront la possibilité de parler ouvertement de leur sexualité sans craindre d’être sanctionnés.

D’un point de vue juridique, leurs droits seront désormais les mêmes que ceux des militaires français.

Au ministère de la Défense, on est d’ailleurs fier d’annoncer que « l’armée française applique la loi » et qu’à ce titre, aucune discrimination n’est pratiquée à l’encontre des personnes homosexuelles.

Pas de message spécifique au moment du recrutement et surtout pas de distinction.

Résultat : la direction juridique n’a recensé aucune plainte pour homophobie cette année. Officiellement donc, R.A.S.

« ON N’EN PARLE PAS »

Mais pour Delphine Ravisé-Giard, militaire transgenre et lesbienne, l’homosexualité demeure un sujet extrêmement sensible dans l’armée et il existe bel et bien une limite à ce que la grande muette peut accepter en son sein.

Une limite implicite, sans fondement légal, mais qui est toujours présente dans les mentalités.

Aux yeux de cette militante de Trans Aide, le problème, c’est qu’en France, « on n’en parle pas ».

Les hétérosexuels affichent leur orientation sexuelle sans rencontrer de difficulté en montrant leurs photos de famille ou en portant une alliance. Mais « si vous dites que vous êtes homosexuel-le, on vous regarde d’un autre œil ».

La réprobation n’est pas légale, mais « insidieuse », « feutrée ».

Delphine Ravisé-Giard a connu trois militaires lesbiennes : toutes trois ont quitté l’armée au bout de cinq ans environ, lassées.

Il faut savoir qu’en termes de discrimination, l’armée est soumise aux mêmes obligations que la société civile.
Tout militaire victime d’une mesure discriminatoire peut porter plainte.

Mais comme l’explique cette militante, l’armée forme une famille. Et le linge sale se lave en famille.

On ne parle pas à l’extérieur des difficultés que l’on rencontre à l’intérieur.

« Il n’y a pas de problème tant qu’on n’en parle pas.

C’est quand j’ai commencé à parler aux médias que j’ai eu des problèmes. »

PAS D’HOMOPHOBIE « DE CONVICTION »

Et l’homophobie a toujours droit de cité dans l’armée.

Mais ce n’est pas une homophobie « de conviction », précise Delphine Ravisé-Giard.

Les militaires sont homophobes « par habitude ».

Une remarque comme « Oh la tapette, elle sait pas taper dans le ballon » ne témoigne pas d’une volonté de nuire, mais répétée jour après jour, elle instaure une ambiance pesante pour les personnes homosexuelles.

Une évolution législative suscite par ailleurs une certaine inquiétude dans l’esprit de Laurent, un gendarme homosexuel (les gendarmes ont le statut de militaires).

Depuis près de deux ans, l’ancienneté n’est plus prise en compte lors d’une promotion.

Seul le « mérite » du soldat est évalué par ses supérieurs.

Et « si ses supérieurs sont homophobes ils pourront très bien orienter, voire freiner la carrière du militaire concerné en ne lui reconnaissant pas ses qualités et son aptitude à prendre le galon supérieur  », redoute Laurent.

CONSERVER « UNE RÉSERVE DE BON ALOI »

D’après un responsable de l’Association de défense des droits des militaires (Adefdromil) qui n’a pas souhaité être nommé, l’homosexualité, « c’est admis, c’est toléré ».

À condition, précise-t-il, de conserver « une réserve de bon aloi » et « que ce ne soit pas exagérément étalé aux yeux du groupe ».

« Il faut être réservé sur ces choses-là, comme sur sa religion ou sa fortune  », ajoute-t-il.

D’ailleurs, « pourquoi faire son coming-out ? », demande ce militaire.

Avant de franchir le pas et de dévoiler son orientation sexuelle à ses collègues militaires, il préconise de s’intégrer, de « prouver sa valeur » pour être mieux accepté.

Il évoque alors le cas du caporal-chef David Poulain, mort au combat en Afghanistan en 2006.

Pacsé avec Alain Pujol, un civil, le militaire défunt a reçu des honneurs posthumes, tandis que son « veuf » a bénéficié du soutien de plusieurs militaires.

Selon ce responsable associatif, c’est là la preuve des progrès accomplis par l’armée dans l’acceptation de l’homosexualité.
Pour lui non plus, il n’y a aucun problème.

Être homo dans l’armée française, c’est donc possible, à condition de ne pas trop le dire ou le montrer. Et d’être au bon endroit.
Selon Laurent, l’ouverture d’esprit que l’on peut trouver dans une grande ville n’est pas représentative de la situation nationale : « Dans une petite caserne en province, ça ne sera pas la même chose… »

Delphine Ravisé-Giard se souvient encore, avec le sourire, de cette affiche pour l’égalité des droits qu’elle avait apposée dans sa caserne : « J’avais demandé l’autorisation avant. Elle a été arrachée systématiquement »

Ils sont gays et militaires, ils parlent dans TÊTU

Têtu par Rédaction 21 janvier 2011
Dans son numéro de février, le magazine donne la parole à des soldats, gradés et non-gradés.
Alors qu’officiellement, l’armée ne discrimine personne, eux témoignent de réelles difficultés. Extraits.

Les bidasses US pourront désormais vivre au grand jour leur orientation sexuelle, sans prendre le risque de voir leur carrière brisée par leur hiérarchie.

Et en France ?
TÊTU a enquêté dans les casernes de l’Hexagone, où aucune loi n’a jamais interdit d’être gay ou lesbienne.

Pourtant, comme on peut s’en douter, l’ambiance y est rarement gay-friendly.

« Pourquoi tu ramènes jamais de filles ? »
Morgan, gendarme et ex-parachutiste (en photo ci-dessus), raconte : « En régiment, c’est dur.
Les autres militaires cherchent à tout connaître de toi…

On n’arrête pas de me demander : "Pourquoi tu ramènes jamais de filles ?" »

Alexandre, sous-officier de l’armée de terre, ne comprend pas, lui pourquoi ses camarades montent en grade avant lui, malgré une excellente notation. « Quand je demande des explications à ma hiérarchie sur mon manque d’évolution, on me répond : "Tu manques de cohésion."
La vérité, c’est que j’ai une vie à l’extérieur de la caserne.

Ce manque de cohésion qu’on me reproche, c’est juste une réserve naturelle dont j’ai besoin pour préserver ma vie privée. »

A lire également, l’interview de James Wharton, un soldat britannique devenu emblématique de l’ouverture de l’armée du Royaume-Uni aux gays et lesbiennes

Haut

Citations

"Tant qu’une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime et le féminisme nécessaire". Isabelle Alonso

S'inscrire à la Newsletter

 

S'inscrire pour participer à la vie du site

Vous inscrire sur ce site

L'espace privé de ce site est ouvert aux visiteurs, après inscription. Une fois enregistré, vous pourrez consulter les articles en cours de rédaction, proposer des articles.

Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Liens Contact Mentions légales Plan du site Admin Haut