
Psychologies : Pourquoi préconisez-vous une éducation sexuelle dès la maternelle ?
Didier Dumas : Parce que la psychanalyse considère que la sexualité humaine se construit entre 3 et 7 ans, et que le plein centre de l’œdipe, c’est-à-dire l’âge où l’enfant intègre celle-ci et où les fantasmes sexuels se construisent, se situe vers 4 ou 5 ans.
À cet âge, pour intégrer l’interdit de l’inceste, l’enfant doit savoir qu’il sort non seulement du corps de sa mère, mais aussi de celui de son père.
Or, cette intégration ne peut se faire que si ses parents lui expliquent clairement la sexualité – ce qui n’est pas toujours le cas –, afin qu’il comprenne la succession des générations.
Afin que l’enfant puisse atteindre, comme disait Françoise Dolto, la « fierté du génie de son sexe », il lui faut comprendre à quoi celui-ci lui servira plus tard.
C’est pour cela qu’elle disait aussi que c’est à 3 ans que la fille doit savoir que le vagin sert à réceptionner le pénis.
Les parents ne pourraient-ils apporter cette parole à leur enfant ? Pourquoi cela devrait-il passer par l’école ?
D.D. : À l’heure actuelle, nous nous occupons énormément de la santé corporelle de l’enfant, de son alimentation, de son hygiène de vie, ce qui est essentiel, mais nous négligeons son développement psychique, où la compréhension de la sexualité est centrale.
Or, c’est aussi le rôle de l’école que de se soucier de cela et de l’expliquer aux parents.
Dans notre culture, le puritanisme bourgeois a longtemps culpabilisé et réprimé la sexualité humaine.
Savez-vous qu’en 1893, il n’existait plus aucun mot pour la nommer ?
Cela a engendré, dans notre façon de parler et de transmettre la sexualité, ce que la psychanalyse appelle des « fantômes ».
Et si, aujourd’hui encore, les parents ont du mal à en parler à leurs enfants, c’est parce que ces fantômes sont toujours là, dans l’inconscient.
D’où ma préconisation de charger l’école, qui représente la société, de réparer les dommages causés par cette époque.
Certains parents pourraient estimer que l’école n’a pas à se substituer à eux…
D.D. : Si je suis pour que ce travail d’« écologie mentale » se fasse à la maternelle, il est toutefois indispensable que cela se passe en présence des parents et avec des personnes qui ont été formées dans ce but, afin que les mères comme les pères puissent être éclairés et soutenus dans la transmission qui leur incombe.
Il ne s’agit pas de se substituer à eux, mais de les aider à jouer pleinement leur rôle.
Il ne s’agit pas davantage d’être dans la diffusion d’un discours uniforme ou « sexuellement correct », mais de permettre la circulation d’une parole libérée de la honte, de la culpabilité ou de croyances erronées.
Cette parole qui ne porterait évidemment pas sur le « comment faire » ou sur l’intimité sexuelle, mais sur le rôle de la sexualité dans la conception, afin que l’enfant puisse comprendre comment ses parents l’ont fait.

