Discussion en plénière
Plusieurs participantes expriment leurs inquiétudes face à la place de l’éducation sexuelle dans le contexte de la réforme.
Avec la réforme, la formation des enseignant-e-s est très limitée, ce qui n’est pas beaucoup mieux qu’avant.
Pourtant, nous savons à quel point la formation des enseignant-e-s et intervenant-e-s est cruciale.
Les commissions scolaires doivent demander la formation et le MÉQ ne couvre pas les frais.
La diffusion par le MÉQ d’une dizaine de copies du document sur l’éducation sexuelle dans toutes les écoles ne sera pas suffisante.
La coordination de la réforme suscite un malaise important. Même avec le programme FPS, une fois la porte fermée, le personnel enseignant faisait ce qu’il voulait dans la classe.
Depuis 15 ans, il ne s’est pas installé de culture de l’éducation sexuelle.
Les personnes qui s’en sont occupées ne laissent rien derrière elles après leur départ.
Il n’y a eu aucune évaluation ni suivi au FPS.
Selon la réforme, les directions sont responsables, mais ce sont parfois elles qui bloquent l’entrée de l’éducation sexuelle à l’école.
Quels suivis pourrons-nous avoir, où pourrons-nous exprimer nos
insatisfactions ?
Les commissions scolaires ont beaucoup de pouvoir et nous observons une montée de la droite dans plusieurs milieux.
Les directions d’écoles n’ont pas changé et les mentalités non plus.
Les commissions scolaires feront-elles la demande de formation au MÉQ pour les professeurs-es ?
Beaucoup d’enseignants et d’enseignantes n’ont pas la bonne information et il est impossible de tout vérifier.
La réforme ne tient pas compte du fait que la sexualité est, encore aujourd’hui, un sujet tabou.
Les participant-e-s se questionnent aussi sur la façon d’intégrer l’éducation sexuelle dans les champs de compétences transversales.
Si l’intention est d’intégrer l’éducation sexuelle au quotidien, aux questions de société, cela semble intéressant.
Cette intégration peut également favoriser le développement du
jugement critique.
Mais si cela découpe le contenu de l’éducation sexuelle selon les matières (l’éducation physique, la biologie, etc.), cela n’augure rien de bon.
Une autre participante ne croit pas à l’intégration de l’éducation sexuelle telle que proposée dans le document.
Si tout le monde est interpellé par la réforme, on peut se questionner sur le suivi et l’évaluation des façons de faire.
Les professeur-e-s demanderont un rôle plus actif aux étudiants-es, leur donneront des recherches et des présentations orales à faire, mais comment interviendront-ils-elles devant les dérapages possibles, comment corriger la mésinformation si lui-elle-même n’est pas formé-e pour ce faire ?
Certain-e-s professeur-e-s, par exemple, disent aller dans le sens de la réforme en ne donnant pas leurs cours, ce sont les jeunes qui font le travail.
Un autre aurait dit que les jeunes n’ont pas besoin d’aide par rapport à la sexualité puisqu’il y a les films pornographiques.
Comment une présentation orale en français va servir à répondre aux questions des plus jeunes sur la sexualité ?
L’éducation sexuelle, c’est plus que d’intégrer des thèmes, il faut une éthique professionnelle et une planification concrète.
La réforme est en place actuellement au primaire et certaines personnes qui ont commencé à l’appliquer l’adorent.
Par exemple, en Gaspésie, une enseignante a suivi la formation du ministère et a déjà mise en place une équipe dans l’école où les gens discutent de ce qui est important à aborder à chaque niveau et des ressources communautaires qui peuvent contribuer. La réforme permet une approche multiple.
Certes, il faut des gens motivés et volontaires pour assurer une cohérence.
Au secondaire, il est prévu que ce soit surtout les professeur-e-s d’enseignement moral qui s’occuperont de l’éducation sexuelle.
Pour certaines participantes, il serait préférable de cibler un cours dans lequel serait intégrée l’éducation sexuelle car on craint que, si tout le monde doit s’en occuper, que personne ne le fera.
Une participante
témoigne à l’effet que, à son école, le professeur d’histoire s’est montré peu intéressé à changer le contenu de son cours qu’il donne depuis dix ans et qu’il n’a pas l’intention d’intégrer le volet sexualité à celui-ci.
Il est difficile pour le personnel enseignant du secondaire de travailler en équipe, car il n’est pas habitué de le faire.
On ne peut pas forcer les enseignant-e-s à intégrer l’éducation sexuelle, mais on peut essayer de les motiver.
Malheureusement, la réforme n’a pas prévu de supervision des professeur-e-s et plusieurs n’ont pas beaucoup plus de connaissances que les jeunes.
Le document sur l’éducation sexuelle est très bien fait et, en théorie, bien
intéressant. Cependant, dans la réalité, les professeur-e-s n’ont pas de temps, sont débordé-e-s et insatisfait-e-s.
Dans ce contexte, l’éducation sexuelle qui sera donnée dépendra des valeurs de chacun-e et cela est bien inquiétant.
Pour certaines, les parents qui siègent dans les conseils d’établissements devraient être davantage impliqués en raison des valeurs à véhiculer et de mauvaises expériences déjà vécues (avec des groupes anti-choix par exemple).
Certaines témoignent du fait qu’il faut user parfois de beaucoup de diplomatie en tant que parent pour suggérer des idées aux professeur-e-s.
Il ne faut pas négliger l’impact de la politique. Les commissions scolaires reçoivent des factures et non des subventions et doivent couper des postes de soutien. Dans un tel contexte, comment arriver à intégrer l’éducation sexuelle et faire appel à des ressources extérieures ?
SYNTHÈSE DE LA JOURNÉE" : LES DÉFIS ET VALEURS DE L’ÉDUCATION SEXUELLE EN 2004
Les participantes sont divisées en quatre ateliers et sont invitées à répondre aux deux questions suivantes :
à partir des discussions du matin, quels sont les principaux enjeux de l’éducation sexuelle en 2004 ?
quelles valeurs voulons-nous véhiculer ?
Les participantes font ensuite rapport de leur discussion en plénière. Le tableau suivant résume les rapports des quatre ateliers et est suivi des commentaires qui ont conclut la journée de réflexion.
Résumé des échanges en sous-groupes et en plénière
Enjeux Valeurs
Les enfants connaissent mieux le cybersexe que les adultes
On doute de la possibilité d’application de la réforme
Les adultes ont aussi besoin d’éducation sexuelle, mais comment les rejoindre ?
Le tabou entourant l’affectif et les émotions
La surmédicalisation de la sexualité
La publicité pour les 7-12 ans est très forte et contribue à l’hypersexualisation des fillettes
Le manque de lieux de discussions pour parler d’amour
Le manque de sensibilisation de la population face à l’importance de l’éducation sexuelle, qui est une responsabilité collective
Estime de soi
Rapports égalitaires
Image corporelle
Démystifier la normalité
Faire confiance à sa subjectivité
Intimité, dignité
Croyance en l’éducation
Communication, amour, respect, tendresse
Intégration des garçons dans les démarches de réflexion concernant leur rôle et leurs responsabilités
Espace de confidence à l’école : avoir une personne ressource sexologue à temps plein dans chaque école
Affirmer nos valeurs tout en restant crédible. Le manque de discussion concernant la responsabilité des garçons
Le manque de discours sur l’amour, la communication, la tendresse.
Coordination de la réforme par des sexologues
Suivi de l’application de la réforme

