
« Dirty Diaries » : dès le titre, le film produit par la jeune réalisatrice suédoise Mia Engberg place la sexualité au cœur de l’intimité des femmes, sous le signe du journal intime.
Loin du stéréotype de la poupée - objet véhiculé par l’industrie pornographique, ce sont des femmes authentiques dont les corps dégagent une beauté charnelle et imparfaite qui passent derrière la caméra et dévoilent leur vision de l’érotisme.
Et pour assumer leur parti pris radical, ces réalisatrices prennent le contre pied de l’esthétique habituelle du X.
Sortir la sexualité de l’industrie pornographique
Dirty diaries inaugure une forme aux antipodes des images glacées du porno.
La première règle du jeu décidée par Mia Engberg est d’utiliser uniquement, en guise de caméra, un téléphone portable.
Résultat : des images floues au grain visible et une grande proximité avec les corps. Objet familier, il sert à filmer des instants intimes dans des lieux privés, en particulier des chambres ou des intérieurs.
La pluralité des regards féminins sur l’acte sexuel bat en brèche toute tentative de normativité ou de banalisation.
Contrairement aux productions classiques qui diffusent des images calibrées pour plaire aux spectateurs, sans aucune surprise esthétique, Dirty diaries se présente comme une série d’introspections.
Les réalisatrices se positionnent comme auteures et partagent leur intimité, loin des carcans dans lesquels le cinéma érotique les enferme.
Elles montrent qu’un autre cinéma de la sexualité est possible.
Plusieurs courts métrages de Dirty diaries versent dans l’expérimentation artistique et préfèrent la métaphore à l’image crue du sexe.
Ainsi, « Fruit cake » s’attarde longuement sur la puissance évocatrice du kiwi ou de la fraise tandis que « Red like cherry » illustre, grâce à des images de mer et de sable teintées de rouge l’avènement de l’orgasme.
Au-delà de ces expérimentations formelles plus ou moins réussies, le sort réservé aux hommes contribue fortement à installer une signature féminine.
Avec ou sans lui
L’intérêt de ce film choral réside pour beaucoup dans la diversité des rôles que tient l’homme.
Certains clips n’hésitent pas à renverser avec beaucoup d’humour, les codes du porno.
Dans « Body Contact », deux amies tournent en ridicule les « performances » désastreuses aux allures de mauvais film X d’un homme rencontré sur un site internet.
Dans « Dildoman », un dessin animé satirique, la figure masculine est même dégradée jusqu’au rang d’objet puis de sextoy.
Parfois, l’imaginaire pornographique sous-tend le clip sans qu’aucun homme n’apparaisse à l’écran. L’actrice adopte alors des rôles traditionnellement masculins, comme celui de l’exhibitionniste, dans « Flasher girl on tour », qui suit une excentrique dénudée dans les rues de Paris, ou celui du lutteur dans « On your back, woman », qui met en scène un combat de femmes.
Cette absence est également mise à profit par d’autres réalisatrices pour revendiquer haut et fort l’indépendance du plaisir féminin, que ce soit par la mise en scène de lesbiennes, ou de scènes de masturbation.
La construction plurielle de ce film l’empêche de sombrer dans la facilité d’une lutte contre la domination masculine.
Inattendu, le troublant « Skin » suit les ébats amoureux d’un couple recouvert d’une combinaison fine évoquant une deuxième peau.
Au gré des caresses et baisers, le tissu s’humidifie ou se tend, jusqu’à se déchirer pour signifier l’amour passionnel entre la femme et l’homme, deux êtres à égalité dans l’amour.
Lorsque les lumières se rallument dans la dizaine de salles françaises qui projettent ce film, les spectateurs (souvent venus en couple) semblent partagés.
Pas de grande fulgurance cinématographique, mais des surprises dans la mise en scène, entre amateurisme et audaces esthétiques. Surtout, Dirty Diaries explore d’autres visions de la pornographie, où les femmes ne sont pas réduites à des objets sexuels.
Voir la bande annonce : www.dirtydiaries-lefilm.com/…

