Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Le 15 juin dernier, Le Monde a publié une tribune sous le titre "Homosexuels, indignez-vous !". David Auerbach Chiffrin, président de Total Respect - une fédération de lutte contre les racismes, les homophobies et le sida, issue des communautés afro-caribéennes - tient à apporter sa réponse.
Sélectionné et édité par Hélène Decommer
"Homosexuels, indignez-vous !", suggère dans une tribune publiée le 15 juin dernier par le prestigieux quotidien Le Monde le directeur des Rendez-vous de l’histoire de Blois, Francis Chevrier, qui évoque avec pertinence le parallèle entre la situation actuelle des personnes homosexuelles en France et celle, passée, des personnes juives ou noires, à l’occasion du rejet par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à autoriser le mariage aux couples de même sexe.
(MABROMATA/AFP)
Avec moins de pertinence cependant, Francis Chevrier établit un amalgame soi-disant ironique entre différents pays du Tiers-monde, au contexte particulièrement homophobe (Iran, Arabie saoudite, Pakistan, Ouganda) et "l’abaissement de l’humanité", les opposant à différents pays occidentaux présentés comme "intelligents", "dignes" et "équitables" (Pays-Bas, Espagne, Canada, Portugal, Argentine).
C’est avec trop de candeur oublier le rôle de ces derniers pays dans la persistance de dictatures pétrolières au Moyen-Orient ou en Afrique, lesquelles doivent ensuite compenser leur manque de légitimité démocratique par un surcroît de nationalisme et d’homophobies.
Il n’est pas anodin que la principale sinon la seule démocratie africaine ne soit pas mentionnée dans cette liste alors que l’Afrique du Sud est le premier pays au monde à avoir inscrit dans sa Constitution le principe de non-discrimination à raison de l’orientation sexuelle.
Que voit-on en fait ici à l’œuvre, inconsciente d’elle-même ?
Une certaine idée d’un certain Occident, d’un certain Nord, qui seraient en avance (malgré le retard pris par la France et confirmé le 14 juin encore par l’Assemblée nationale) sur un certain Orient, un certain Sud.
Une idée raciste en fait, présentée pourtant par une personne parfaitement consciente de la situation imposée au personnes juives ou noires jadis - aujourd’hui ? - en France.
Pourquoi, comment ? Parce que le Front national a réussi à imposer sa grille de lecture à une partie de l’opinion publique française, parce que le pouvoir actuel n’oppose pas - c’est un euphémisme - de rappel aux valeurs républicaines à cette grille de lecture, parce que l’on ne s’entend plus penser.
Francis Chevrier n’est manifestement pas raciste : c’est en toute bonne foi qu’il se fait l’interprète des thèses que l’on appelle désormais "homonationalistes" ("l’homonationalisme" étant cette alliance surprenante entre le discours raciste ou nationaliste et le discours de libération des personnes homosexuelles).
C’est ainsi que l’on entend dénigrer, sans le moindre recul critique, les prétendues hordes arabo-musulmanes homophobes qui s’en prendraient "chez nous" - et quel "nous" ! - aux personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) de "souche" européenne.
C’est ainsi que plusieurs associations LGBT ne voient pas de problème à défiler en chantant "La Marseillaise", malgré le "sang impur" qu’elle appelle à verser, ou en mettant en avant un coq d’une blancheur immaculée qui symbolise une exclusion de fait des personnes LGBT de couleur ou de nationalité étrangère.
(HETERHOMO : le "sang impur" n’était pas le sang des étrangers mais des non nobles par opposition à celui des nobles qui était censé être bleu)
Ce qui est ainsi attaqué, sapé, c’est l’alliance entre minorités élaborée dans les années soixante au nom d’une contestation d’un certain ordre social qui les opprimait toutes.
Il est vrai que cette alliance est rarement populaire dans les minorités ethniques : on se souvient des polémiques autour de l’assassinat du marocain Brahim Bouraam sur un lieu de drague homosexuel à Paris, le 1er mai 1995, par des sympathisants du Front national.
Avec quelle énergie le caractère homophobe de cet assassinat raciste n’a-t-il pas été nié… Est-ce une raison pour renoncer ?
L’idée selon laquelle la libération LGBT ne doit se faire au détriment d’aucune autre minorité reste belle.
Elle mérite que l’on continue à se battre pour elle. Au-delà des homophobies, c’est bien le principe de domination lui-même qu’il faut viser, qui reste toujours à l’œuvre, traquant hier telle minorité, aujourd’hui telle autre, demain peut-être à nouveau celle d’hier.

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