Un écran opaque
• Mais tu ne savais pas qu’il y a eu un attentat à Tel-Aviv ? Deux morts quand même, et une bonne dizaine de blessés. Et des jeunes, hein : l’un deux avait 17 ans… !
• Non, je n’en ai pas entendu parler…
Ils n’en entendent jamais parler.
Dans la grande presse nationale, les souffrances des personnes LGBT sont souvent reléguées aux faits divers, ou simplement tues.
Leurs victoires (comme le mariage gay en Espagne - souvenez-vous de la Une du Monde) ont souvent un léger parfum de scandale.
Nous oscillons entre une inexistence qui empêche la prise en compte de nos problèmes et une présence toujours gênante, donc propice au rejet.
Publicité mensongère
A des moments clés comme la Marche des Fiertés, on parle bien de nous, certes !
Mais ce sont souvent les drag-queens et les gays vêtus de cuir qui ont la préférence des caméras de télévision.
Difficile de faire avancer les mentalités sur un tel terrain, où seule la part d’exubérance et la folie du monde LGBT est mise en avant.
Évidemment, ça fait parler, l’exubérance.
De même pour la publicité, qui contribue à entretenir dans les esprits des clichés qui n’ont plus cours, et qui cantonnent bien souvent le gay à l’efféminé et la lesbienne à la butch.
Un verre déformant en voie de polissage ?
Ceci dit, on peut se féliciter de la présence aux côtés des hétéros et dans des termes relativement positifs (tout est fait pour les rendre attachants) de personnes LGBT dans des séries télévisées adressées à un large public, comme « Plus belle la vie ».
Je me souviens notamment d’une série d’été, policière, où une trans’ MtF (masculin vers féminine) finit par faire accepter son amour au héros, et à se faire aimer en retour.
Aux yeux de tout un chacun, nous commençons à devenir des personnes « normales », qui ont leur place dans la série de l’été comme partie intégrante de la société.
La campagne lancée par l’Inpes « Jeune et homo sous le regard des autres » va plus loin : elle a permis la réalisation de cinq courts métrages écrits par des jeunes gens, LGBT ou pas, sensibles au problème de l’homophobie dans tous les cas, et la diffusion de ces courts-métrages sur Canal +.
Cette mesure, dont le gouvernement est l’instigateur, est la preuve d’un changement des mentalités de notre pays, dont la télé est un bon reflet.
Il y a soixante ans, à l’heure de l’ORTF [l’organisme de censure de la TV sous De Gaulle, NDLR], un tel programme n’aurait pas pu voir le jour !
Que penser alors ?
S’il est vrai que les médias véhiculent une image souvent biaisée de la communauté LGBT, et qu’il y a sur ce point un énorme travail à faire, il faut saluer l’évolution des mentalités, car il est évident que l’image des personnes LGBT est plus présente, même si ce n’est pas toujours en termes positifs.
Harvey Milk disait à juste titre à propos des campagnes anti-gays qu’elles avaient l’avantage de faire entrer le thème dans les foyers, de susciter le débat.
Peut-être la présence de ce débat est-elle le signe que cette société peut encore bouger.

