Encore un tour de pédalos (Je hais les gais) : on adore !
8 décembre, 2010
Le premier tour de pédalos d’Alain Marcel a eu lieu en 1979.
Frustré par la vision de l’homosexualité que donnait une pièce comme La Cage aux folles, le metteur en scène et futur auteur de l’Opéra de Sarah se lance dans l’écriture de Essayez donc nos pédalos.
Il s’agissait non pas de donner la parole aux homosexuels, mais de la prendre. Ou de « commencer à parler », comme il l’écrit lui-même dans le programme.

Trente ans plus tard, Alain Marcel aurait pu reprendre son spectacle à l’identique. Mais il a préféré se lancer dans une nouvelle aventure.
Pour une raison simple : entretemps, la vie gay a été bouleversée par le sida et par les avancées sur les droits tels que le pacs et l’homoparentalité.
Résultat des courses : les trois pédalos d’origine sont maintenant quatre et ils ont de toutes nouvelles chansons à leur actif.
Les comédiens représentent chacun un stérétotype ethnique : le « Français de souche » (Philippe d’Avilla, qui est belge), « le Noir » (Steeve Brudey), « le Juif « (Yoni Amar) et « L’Arabe « (Djamel Mehnane).
Ces derniers interprètent chacun à leur tour, ou ensemble, des stéréotypes gays dans des saynètes tantôt hilarantes (le génial « Nous les fiottes »), tantôt dramatiques.
Parce qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, Alain Marcel signe les textes, la musique et la mise en scène.
Les saynètes tragiques (que ce soit sur le sida ou les exécutions d’homos en Iran) ont beau être un peu en deçà des numéros où l’on se moque des gays, le tout reste d’une très haute qualité, idéalement servi par des comédiens très investis.
Un niveau qui devrait d’ailleurs constituer le minimum syndical pour chaque auteur(e). Mais je m’égare…
Même si les deux œuvres sont très différentes, on pense souvent à Torch Song Trilogy pendant Encore un tour de pédalos.
Les deux spectacles ont en effet au moins ce point commun : présenter un portrait affectueux – sans être complaisant – et corrosif des homos d’hier et d’aujourd’hui.
Et puis une comédie musicale dont le refrain proclame « Sois pédé ! » dans l’une de ses dernières chansons ne peut être tout à fais mauvaise.
Au Théâtre du Rond-Point à Paris jusqu’au 31 décembre, puis au Théâtre de Marigny à partir du 18 janvier
Têtu par Martin Pénet 27 novembre 2010_
www.tetu.com/actualites/cult…
Trente ans après son premier spectacle, déjà intitulé « Les Pédalos », l’auteur revient avec un tout nouveau spectacle musical politiquement incorrect, avec une troupe de jeunes comédiens de différentes origines. Histoire de changer l’angle d’attaque…

Artiste à la double paternité (élève d’Antoine Vitez au Conservatoire et comédie musicale à Broadway), Alain Marcel a opté pour un genre hybride : le théâtre musical.
Aussi doué pour l’écriture que pour la mélodie, il a débuté en 1979 avec
Essayez donc nos pédalos et propose aujourd’hui Encore un tour de pédalos, une suite qui en fait n’en est pas une. Explications.
TÊTU : Dans le spectacle que vous aviez monté il y a trente ans avec deux amis comédiens, vous avez innové en faisant parler les gais eux-mêmes et à leur manière. Que nous donnez-vous à voir dans la nouvelle version ?

Alain Marcel : On aurait pu penser qu’un spectacle qui s’appelle Encore un tour de pédalos serait un spectacle sur les pédés de soixante ans fait trente ans après par l’équipe d’origine.
C’est ce qui paraissait le plus logique.
Mais à l’époque des premiers Pédalos, il n’y avait pas encore le sida, ni la capote, et l’homosexualité était encore un délit (jusqu’à l’âge de 21 ans)…
En 2010, je voulais traiter de nouveaux thèmes qui n’ont rien à voir avec les vieux pédés blancs cathos des années 60-70.
En plus, même si les gens n’ont aucune idée de ce que sont les vingt-deux scènes des anciens Pédalos, je ne voulais pas du tout qu’elles soient là.
Donc, je me suis interdit de traiter ce que j’avais traité à l’époque…
J’essaie que tout soit différent.
Qui sont les acteurs qui forment la troupe ?
J’ai constitué une nouvelle équipe de jeunes comédiens de différentes origines, dont le hasard a voulu qu’elle soit à 50% gay et à 50% pas gay, ce que je trouve très bien.
Comme j’écris vraiment sur mesure pour les comédiens, je leur demande de s’engager sur une aventure sans savoir ce qu’ils vont jouer !
Je leur ai dit : « Est-ce que vous êtes prêts à vous mouiller dans un spectacle un peu agressif, un peu corrosif ? » Ils ont dit : « Banco ! »
« J’ai choisi d’être mordant, pas de raconter ma vie. » Et en quoi ce spectacle est-il corrosif ?
Par exemple, j’avais envie de traiter des rapports inter-ethniques, qui existaient beaucoup moins il y a trente ans.
La question m’intéresse car j’ai passé trente ans de ma vie avec des amis black, beurs, brésiliens, etc.
Je pourrais écrire huit romans sur les rapports inter-ethniques ! Ici, j’ai quatre minutes pour traiter du sujet.
Eh bien, j’ai choisi d’être mordant, pas de raconter ma vie.
Je raconte l’histoire d’un black qui arrive aux Etats-Unis en rêvant d’inter-ethnique et qui ne tombe que dans des communautés qui lui disent : « Mais dégage de là, va baiser dans ta communauté, laisse-nous dans la nôtre. »
Donc j’ai choisi un truc finalement vachard, rigolo, méchant… qui ne m’est pas vraiment arrivé, parce que j’ai eu beaucoup de rapports inter-ethniques aux Etats-Unis.
Mais il m’a semblé amusant d’aborder le sujet à travers un type qui se fait jeter par le mini-communautarisme dans le communautarisme gay. Bon, c’est très subjectif !
De quoi d’autre parle le spectacle ?
J’avais envie de traiter théâtralement l’obsession du sexe chez les gays.
Plutôt que de créer une scène glauque de backroom, j’ai fait finalement une espèce de faux rock’n’roll d’un individu qui rêve d’être une bite !
J’avais aussi très envie de traiter un problème de folle, de garçon efféminé.
Je déteste la façon cliché dont même les gays rendent toujours les folles…
J’ai choisi de le traiter d’une manière ni pathétique, ni caricaturale, complètement subjective.
Et c’est pour toutes les scènes comme ça.
La scène du « marécage », c’est un mariage dans le Marais entre deux hétéros qui veulent adopter, avoir des enfants.
C’est une scène très méchante sur le communautarisme… et très politiquement incorrecte.
Je pense d’ailleurs que tout ce spectacle est politiquement incorrect !
Propos recueillis par Martin Pénet Lire aussi une plus longue interview d’Alain Marcel dans TÊTU n°161, actuellement en vente.
Encore un tour de pédalos (Je hais les gais), au théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 31 décembre 2010 à 21h, puis au théâtre Marigny à partir du 18 janvier 2011.
Un teasing en vidéo :
Encore un tour de pédalos (Je hais les gais)
envoyé par WebTV_du_Rond-Point. - Films courts et animations.

