"Cela n’est pas choquant !"
On ne va pas demander à un homme blanc, hétérosexuel, quinquagénaire, d’être sensible à l’homophobie ambiante, à la longue tradition de l’injure dont les homosexuel-le-s et les femmes sont des victimes, ou plutôt des cibles coutumières !
"Enculé ou baisé", c’est la même affaire.
Dans les deux cas, "Se faire enculer ou se faire baiser" est une expression banalisant un imaginaire patriarcal (pour une fille) ou homophobe (pour un gay).
Beaucoup ont en mémoire l’expression satisfaite d’un "bon baiseur" se vantant, au sujet d’une conquête féminine, de "l’avoir baisée", comme si dans une baise (désolé d’utiliser un langage si trivial…), il y avait un actif légitime, fier, supérieur en nature en dignité et en droit, et un objet sexuel, un être passif jugé inférieur qui subit les assauts d’un mâle dominant.
Se faire baiser est déjà une expression totalement patriarcale, alors enculer ajoute la vulgarité !
Se faire enculer est une expression homophobe.
L’injure "enculé" en français signale clairement la féminisation (et donc le déshonneur et la honte) qui frappe le pénétré, l’enculé, alors que l’enculeur conserve sa noblesse, sa virilité. Pourtant c’est quelquefois un violeur !
C’est donc pour le moins une expression qui consacre l’inégalité de dignité et dans le genre et dans les sexualités.
Elle appartient aux dispositifs caractéristiques de l’homophobie, en ce qu’elle met en place une forme d’infériorisation, conséquence directe de la hiérarchisation des sexualités, conférant ainsi à l’hétérosexualité, identifiée ici au rôle actif, un statut supérieur, la situant dans l’ordre naturel.
Ce qui est cocasse quand on dit "enculé" à un homosexuel, c’est qu’on insulte quelquefois un homosexuel qui justement ne pratique jamais la sodomie (et il y en a une minorité non négligeable).
Ce qui est plus cocasse encore, c’est quand un hétéro traite un autre d’enculé, sans savoir qu’il aurait intérêt à l’être par le doigt de sa femme, puisque l’homme a été fait pour se faire sodomiser (son point G est au fond du rectum à l’endroit de la prostate, le rectum est un organe digestif et sexuel).
L’homme a été crée pour être passif dans sa relation avec une femme (et aussi pour être actif quand il s"agit rarement d’être fécondant).
Les asiatiques qui observent les réalités comme dans leur médecine, le savent, pour eux le passif est supérieur car il reçoit le plaisir.
les occidentaux eux, ont l’esprit assailli de contre-vérités ou dogmes d’origine religieuse, datant du temps où les peuples devaient se reproduire coûte que coûte et où toute semence perdue était un grand malheur !
D’où l’honneur qu’il y avait à dépuceler une vierge, à baiser une pute ou une femme mariée bref tout ce qui passait, et le relatif deshonneur à pratiquer la masturbation ou la sodomie.
Ce qui est encore beaucoup plus cocasse, c’est quand un hétéro croit que s’il demande à sa femme de le sodomiser, il va éprouver tellement de plaisir qu’après, il va "devenir pédé" !
La sodomie, c’est naturel, ce qui est contre nature, c’est de dire que la sodomie est contre nature.
En fait un homme traite les autres d’enculés, afin qu’on n’imagine pas qu’il en fait partie.
Comme disent les enfants "c’est celui qui le dit qui l’est".
On est dans le tabou absolu.
L’injure fait partie du quotidien des LGBT. Les lesbiennes en tant que femmes y sont soumises doublement…
L’injure pour banale, pour inoffensive qu’elle nous paraisse participe de la structure sociale d’infériorisation et de stigmatisation.
Voir Jouhandeau : « De l’Abjection » ("C’est une révélation que d’être insulté, méprisé publiquement…).
L’injure donc participe même parfois d’un phénomène d’intériorisation.
Nombre de gays sont tentés de se construire dans l’évocation de la virilité et développent un rejet de "l’efféminé".
Une bonne partie des stratégies des mouvements gay et lesbien a consisté à se réapproprier l’injure, et cela va même plus loin avec le mouvement queer.
Il y a donc bien dans cette expression une part d’homophobie.
A noter qu’on injurie pas une femme d’enculée.
On lui dit d’aller se faire baiser ou bien qu’elle est une mal baisée, car ce serait reconnaitre qu’on aime la sodomie.
Bien que la sodomisant, on n’en est pas trop fier car "la sodomie c’est pêché", et comme elle n’en a pas envie, il a fallu insister !
D’autre part, chez les gays on dit que la sodomie pue.
Chez les hétéros ça sent le parfum ?
Ecoutons les homophobes : "le cul, c’est fait pour chier" (notons au passage, la classe du langage).
Et quand ils exigent de leur femme de les enculer, ils font quoi ?
Voilà une contradiction dérangeante.
(En fait ça ne pue ni chez les homos, ni chez les hétéros, c’est l’imagination qui fantasme).
Donc on préfère le tabou et ne parler que de ce qu’on voit : "oh t’as vu cette meuf, le cul qu’elle a !"
C’est seulement pour le voir, ou pour l’enculer ?
On apprécie la femme quand elle est active, pour sucer, mais là alors "c’est une vrai salope".
Par contre on ne veut jamais parler du cunnilingus où l’homme est pourtant tellement actif !
LE CUNILINGUS SE PRATIQUE DAVANTAGE QUE LA FELLATION
mais on ne parle que de la fellation pour "sauver l’honneur" !
Derrière la haine des homos se cache toute la haine, le mépris et la peur de la femme, de la jouissance féminine, du féminin d’une sexualité ouverte, passive et active.
Une haine que l’on retrouve dans toutes les religions monothéistes entre autres.
Le rapport pénétrant-pénétré est un allié conceptuel de l’imaginaire patriarcal de la domination.
Heterhomo

