Écrit par Arnaud Bihel - 07 Décembre 2010
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Entre 2000 et 2009, les écarts entre filles et garçons sur les tests de compréhension de l’écrit se sont accrus, révèle l’étude PISA 2009 menée par l’OCDE.
A 15 ans, les filles ont l’équivalent d’un an d’avance sur les garçons.
Si elles sont plus douées en lecture, elles sont aussi plus intéressées.
Ce qui n’est pas sans lien.
« Durant la plus grande partie du XXe siècle, ce sont surtout les performances médiocres des filles qui préoccupaient les décideurs attentifs à la variation du rendement de l’éducation entre les sexes.
Toutefois, ce sont maintenant les moindres performances des garçons en compréhension de l’écrit qui sont source d’inquiétude. »
Si l’OCDE dresse ce constat, parmi les milliers de pages développant son enquête PISA 2009 (1), on y remarque surtout que cette attention ne s’est pas accompagnée d’effets.
Car si les garçons restent légèrement meilleurs en mathématiques (voir plus loin), dans le domaine de l’écrit l’avantage des filles sur les garçons est flagrant et va croissant.
Deux fois plus de garçons plafonnent au niveau 2
Comme le premier rapport publié en 2000, le PISA 2009, dévoilé le 7 décembre 2010, s’intéresse tout particulièrement aux performances des élèves dans le domaine de la compréhension de l’écrit.
Les chiffres de 2000 le faisaient apparaître très clairement : les filles surclassent les garçons dans tous les pays étudiés, et dans tous les aspects de la lecture (trouver l’information ; interpréter ; réfléchir et évaluer).
Neuf ans plus tard, l’écart moyen n’a pas diminué, il s’est même creusé dans la plupart des pays.
A noter que la France fait partie des pays où cette évolution se ressent particulièrement, « principalement à cause du déclin des performances des garçons ».
Sur la moyenne des pays étudiés, la différence de niveau de lecture entre filles et garçons est flagrante, puisqu’elle atteint l’équivalent d’une année scolaire. Le quart des garçons (24%) ne passent pas le niveau 2 (sur 6) du test, qui correspond à la compréhension basique d’un texte. Les filles sont deux fois moins nombreuses sous cette barre.
74% des filles lisent par plaisir, contre 54% des garçons
Il n’y a pourtant pas de règle qui voudrait que les filles soient plus littéraires que les garçons.
En effet, les performances varient nettement entre élèves du même sexe, et l’importance des écarts varie sensiblement entre les pays.
Ce qui amène l’OCDE à conclure que « les intérêts et les aptitudes académiques des garçons et des filles ne sont pas innés et intrinsèquement différents, mais qu’ils sont acquis et socialement induits. »
Pour l’OCDE, pas de doute : les écarts s’expliquent en grande partie par les différences dans la façon dont garçons et filles appréhendent la lecture.
Les données du PISA 2009 témoignent d’une corrélation entre le plaisir et l’habitude de lire, et les résultats.
Or, si 74% des filles assurent lire pour le plaisir, les garçons ne sont que 54%.
« Non seulement les garçons ont moins de plaisir à lire que les filles, mais l’écart de genre s’accroît », s’inquiète encore l’OCDE.
En effet, chez les deux sexes, le plaisir de lire a décliné entre 2000 et 2009. Mais ce déclin est deux fois plus prononcé (moins 6 points) chez les garçons que chez les filles.
Ces dernières lisent par ailleurs deux fois plus de textes de fiction que les garçons, qui sont davantage attirés par les journaux et la bande dessinée.
L’écart socio-économique se creuse aussi
Voilà donc le principal défi de l’éducation, aux yeux de l’OCDE : « trouver des moyens plus efficaces pour amener les garçons à s’intéresser à la lecture dans le cadre scolaire ou familial ».
Et il y a surtout « une urgence toute particulière » à donner le plaisir de lire aux garçons issus de milieux défavorisés.
Car la question du genre en vient à recouper celle du contexte socio-économique.
Son impact sur le plaisir de lire ne semblait pas si important en 2000, il apparaît bien plus fort en 2009 : l’écart entre les élèves les plus avantagés et ceux les moins avantagés est passé de 10 à 16 points.
Et ces inégalités se retrouvent en terme de résultats. L’écart de score entre les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé et ceux issus d’un milieu socio-économique favorisé reste important – comme celui entre filles et garçons, il équivaut à une année scolaire.
Une « source d’inquiétude » aux airs de cercle vicieux.
En effet, si ces garçons « ne sont pas capables de lire suffisamment bien pour participer pleinement à la vie de la société, eux-mêmes et leur famille auront moins de chances d’échapper à la pauvreté et aux privations », s’inquiète l’OCDE.
Mathématiques : les écarts et le contexte
Dans le domaine des sciences (physiques et naturelles), les différences entre genres apparaissent faibles.
Les garçons démontrent plus de facilités à expliquer les phénomènes scientifiques, les filles à identifier les sujets scientifiques.
En mathématique, les garçons réussissent mieux dans l’ensemble.
L’écart (de 12 points) est toutefois bien plus modeste que celui qui existe, à l’avantage des filles (39 points de mieux), sur le terrain littéraire.
A l’occasion de la précédente enquête PISA en 2006, l’OCDE tendait à relativiser les écarts de performances en mathématiques entre filles et garçons. Et ce pour deux raisons.
D’abord, « il y a lieu de garder présent à l’esprit le fait que filles et garçons ne choisissent pas les mêmes établissements, les mêmes filières et les mêmes études ».
De fait, les élèves de sexe féminin ont tendance « à s’orienter vers des filières et des programmes plus exigeants. »
Ensuite, si les exercices du test mathématique PISA apparaissent plus favorables aux garçons, l’OCDE relève que d’autres tests font apparaître que « les compétences de raisonnement analytique, qui interviennent également en mathématiques, sont relativement équivalentes chez les élèves de sexe masculin et féminin. »
Dès lors, « les écarts de performance qui s’observent entre les sexes en mathématiques semblent s’expliquer davantage par le contexte des exercices de mathématiques proposés à l’école, plutôt que par les compétences de raisonnement mathématique sous-jacentes. »
En effet, plus qu’au niveau des performances, c’est dans le rapport aux mathématiques que les écarts sont les plus sensibles.
« Les filles rapportent invariablement des niveaux plus faibles de plaisir, d’intérêt et de motivation que leurs homologues masculins, ainsi que des niveaux plus élevés d’anxiété, de sentiment d’impuissance et de stress en classe ».
Alors que, dans le même temps, l’enquête ne permet pas de relever de différence majeure entre les deux sexes en ce qui concerne la résolution des problèmes.
« Ce qui mène à la conclusion que les capacités des filles en mathématiques peuvent être améliorées si les niveaux d’anxiété étaient plus bas. »
Par ailleurs, une enquête sur la motivation fait apparaître un écart particulièrement élevé.
« Cela suggère que les garçons peuvent être davantage motivés parce qu’ils se disent que les mathématiques pourront les aider dans leur carrière ».

