Têtu par Paul Parant 19 janvier 2012,
La première étude scientifique de grande ampleur sur le comportement des homosexuels en politique révèle des tendances à gauche très marquées dans cette population.
Pour qui votent les bi, gays et lesbiennes ?
Une première étude révélée en exclusivité par TÊTU en juin dernier révélait pour la première fois les tendances de cet électorat.
Cette fois, le même analyste, François Kraus, de l’Ifop, a développé son étude sur un échantillon plus large encore : près de 10.000 personnes*, pour une note en ligne pour le centre de recherches politiques de Sciences-Po (Cevipof).
En les interrogeant à la fois sur leur orientation sexuelle et sur leur positionnement politique, il a réalisé la plus large étude jamais publiée en France sur cet électorat – les autres étude d’envergure sur les homosexuels ne s’attachant qu’aux thématiques de santé.
Les gays ne sont pas « passés à droite »
Le résultat confirme et précise à la fois la première étude et notre consultation en ligne sur les intentions de vote pour l’élection présidentielle.
« Les indicateurs politiques attestent tous du profond ancrage à gauche des électeurs bi et homosexuels », constate l’étude.
Un penchant très marqué qui se caractérise par une proximité avec un parti de gauche pour 50% de cet électorat, et même 56% chez les homos (contre 37% chez les hétérosexuels).
Même si les intentions de vote effectives donnent des chiffres légèrement différents (voir tableau ci-dessous).
Tout aussi marqué est le déficit de sympathie pour la droite parlementaire : 15% s’en estiment proches, contre 21% chez les hétérosexuels.
En revanche, l’attrait pour l’extrême-droite est aussi fort que dans le reste de la population : 10% des homos et bis s’en estiment proche, contre 9% chez le reste de la population.
Des résultats qui contredisent donc le livre à paraître de Didier Lestrade, intitulé Pourquoi les gays sont passés à droite : « Cela est faux car on constate un net rejet de la droite parlementaire, et en termes de tendances, il n’y a pas autant d’augmentation pour le Front national cette année que chez la population générale, par rapport à l’élection présidentielle précédente », explique François Kraus.
3,2 millions d’homos et bis
Sur le poids de cet électorat, c’est-à-dire le pourcentage d’homosexuels en France, il résulte de cette étude que 6,5% de la population française se dit homo ou bisexuelle : 3% d’homosexuels, 3,5% de bisexuels.
Ainsi, à l’échelle de la population française en âge de voter, 3,2 millions de personnes affirment une part d’homosexualité.
Un groupe majoritairement masculin (68% d’hommes) et légèrement plus jeune que la moyenne française (66% de personnes nées après 1960, contre 53% dans le reste de la population, une différence qui peut s’expliquer par la non-acceptation de l’homosexualité lors de la jeunesse des seniors d’aujourd’hui).
En termes d’engagement politique enfin, cette enquête affirme que les électeurs bi et homosexuels sont « moins abstentionnistes, moins hésitants et plus constants dans leurs choix que le reste des Français ».
88% des homosexuels ont une capacité à se positionner politiquement, contre 75% pour les hétérosexuels.
* Étude réalisée en octobre 2011 par questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon national représentatif de 9 515 personnes âgées de 18 ans et plus.

