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Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

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Étude de l’homophobie dans les manuels scolaires par la Halde

Critique acerbe des programmes scolaires

Il faut féliciter et remercier la HALDE pour ce remarquable travail.
Les manuels scolaires sont faits par des éditeurs et éditrices et des auteur-e-s qui n’engagent qu’eux, ils font partie du privé, mais ils ont le devoir de respecter les Instructions officielles écrites par les Inspecteurs et Inspectrices.
Si donc les manuels ne sont pas bons, c’est que les programmes sont forts déficients.
La HALDE ne se prive pas de tacler les pouvoirs publics.

Logo de la <acronym title='Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l&#39;Egalité.'>HALDE</acronym>

La réaction ne s’est pas fait attendre :

Alors que la HALDE (que la France a dû instituer grâce à une directive européenne) au Royaume-Uni est 10 fois plus subventionnée qu’ici, la nôtre vient de subir une diminution de ses crédits de 10 %.

Il est ahurissant que depuis 1997, il y ait eu 4 circulaires et 2 circulaires de rentrées, insistant sur la lutte contre l’homophobie et le sexisme, et que les Inspecteurs et Inspectrices ne soient pas tenu-e-s de refondre profondément les programmes surtout depuis l’existence des recommandations de la Halde.

Vous trouverez : la représentation des personnes homosexuelles dans les manuels scolaires, pages 153 à 168

Conclusion de l’étude :

« La principale difficulté concerne le fait que l’homosexualité, soit trop peu, voire pas du tout traitée par les manuels. De plus, lorsque ce sujet est traité, il dépend surtout de la bonne volonté des éditeurs et enseignants dans la mesure où cette question ne figure pas au programme.

Le principal reproche que l’on peut adresser à plusieurs manuels vis-à-vis de ce critère est qu’ils reproduisent la norme hétérosexiste en vigueur dans la société, en faisant abstraction de cette orientation sexuelle, dès lors qu’ils représentent des couples.

L’ensemble des données que nous avons pu assembler atteste du fait que, loin d’être banalisées, les apparitions des personnes homosexuelles dans les manuels se font dans des contextes très spécifiques, voire caricaturaux (quand elles se font) : l’appartenance à la minorité prend le pas sur les caractéristiques personnelles de l’individu, contrairement à ce qui peut être observé dans certains médias, par exemple.

Ce déni d’existence, comme nous l’avons vu dans la partie théorique est de nature à induire des troubles chez les élèves homosexuels et ne permet pas de garantir une certaine ouverture d’esprit de la part des autres.

Peu d’études ont porté sur ce thème et on peut dire qu’il s’agit d’un champ dans lequel tout reste à faire.

Large extraits du rapport de la halde

Représentations des personnes homosexuelles dans les manuels scolaires

Les rares travaux concernant l’homosexualité dans les manuels, se sont appuyés sur la notion d’hétérosexisme pour dénoncer le silence entourant l’orientation homosexuelle dans les ouvrages traitant de sexualité.

Après avoir pris soin de définir la notion d’homosexualité ainsi que les enjeux d’une meilleure représentation des personnes homosexuelles dans les manuels scolaires, nous présenterons les résultats de nos observations.

9.1. La notion d’homosexualité

D’après Corrazé, J. (1982). L’homosexualité. Paris : PUF, Que sais-je ?
il est nécessaire de se référer à quatre concepts pour situer l’homosexualité en sexologie :

le sexe biologique

Il s’agit des composants anatomiques (chromosomes, hormones…)

l’orientation sexuelle

“vise l’individu, ou l’objet, susceptible d’être associés au désir ou de le déclencher” (p 7).

Lorsqu’il s’agit de deux individus de même sexe, l’orientation est homosexuelle mais, pour Corrazé, il est nécessaire de connaître la dimension psychologique dans laquelle l’orientation se traduit : il peut simplement s’agir de fantasmes, de sentiments, ou, enfin, de l’activité sexuelle.

Certains auteurs placent sur un continuum allant d’une hétérosexualité définitive à une homosexualité définitive, les différents degrés d’attirance pour un sexe ou l’autre.

La bisexualité se définit, comme l’orientation d’”une personne qui peut prendre du plaisir et avoir une relation sexuelle avec les membres des deux sexes”. Toutefois, l’attirance n’est que rarement égale pour les deux sexes.

Le role sexuel

Regroupe les caractéristiques physiques et psychologiques, qui, relativement à une culture déterminée, sont associées à un sexe (autrement dit, il s’agit des stéréotypes par rapport aux rôles sexuels).

L’identité sexuelle

Elle correspond à la reconnaissance, par le sujet, de son appartenance au groupe des hommes ou à celui des femmes.

9.2. evolution des attitudes à l’égard de l’homosexualité

Si l’homosexualité faisait partie des normes durant l’Antiquité grecque, où seule la “passivité”, symbole de soumission, était dévalorisée, cette orientation sexuelle aura connu de nombreuses périodes noires dans l’histoire. Goetzmann (2001) rapporte que “le début du Moyen-Age en Occident marque le début des persécutions àl’encontre de la pratique sexuelle entre personnes du même sexe”.

A cette période, toutes les pratiques sexuelles ne visant pas à la procréation sont stigmatisées.

L’homosexualité est condamnée par l’Etat dès le IVème siècle, puis, à partir du XIIème siècle, par l’Eglise.

Du XVIème au siècle des Lumières, les personnes pratiquant la sodomie sont exécutées sur le bûcher, même si à partir du XVIIème, les exécutions sont peu à peu remplacées par des peines d’emprisonnement.

Il faudra attendre la Révolution française pour que l’Etat cesse la répression dans ce domaine, “même si (…) la répression, la condamnation sociale vont prendre le relais de la condamnation pénale” (op. cit.).

En 1942, sous le régime de Vichy, refait surface l’expression “contre nature” pour désigner ces pratiques sexuelles.

L’homosexualité sera, comme l’alcoolisme et la prostitution, taxée de “fléau social”, en 1960 par l’amendement Mirguet.

Goetzmann, S. (2001). L’homosexualité : du secret à la fierté. Sociétés n°73. Mai 68 et les années 70 donneront enfin naissance à des mouvements revendicatifs.

Le changement de terminologie ; “Gay” (Good As You) pour désigner ce groupe, s’accompagne d’un changement d’attitudes qui implique, pour la première fois, l’affirmation d’un mode de vie.

La première Gay Pride française aura lieu en 1977 à Paris. Ces mouvements revendicatifs permettent, en 1981, à François Mitterrand d’abandonner les dernières discriminations à l’encontre des homosexuels.

Le 12 juin 1982, le Ministère de la Santé retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales et proclame, le 4 août, l’égalité de la majorité sexuelle entre hétérosexuels et homosexuels.

Malgré ces évolutions, au début des années 80, le Sida, une fois identifié est immédiatement associé à l’homosexualité.

Les médias véhiculent alors très largement des représentations négatives de cette orientation sexuelle.

Ce bref rappel des faits permet de s’apercevoir que la reconnaissance relative dont bénéficient aujourd’hui les personnes homosexuelles est extrêmement récente, ce qui explique sans doute en partie les résultats que nous nous apprêtons à présenter.

9.3. Homosexualité et souffrance psychologique

9.3.1. L’invisibilité du stigmate

tapette toi-même Les homosexuels sont porteurs d’une différence invisible. Dans la mesure où l’objet de leur stigmatisation n’est pas identifiable sans que ceux-ci ne le révèlent.

Certains auteurs tendent à montrer que, pour cette raison, les personnes homosexuelles souffriraient moins des effets des préjugés.

Les personnes ayant un stigmate peu visible, comme les homosexuels, subissent toutefois des conséquences psychologiques plus importantes lorsqu’elles ont le sentiment d’être les seules à le porter.

Ainsi, les contacts sociaux tels que les réunions de familles peuvent s’avérer douloureux.

A l’inverse, la présence d’autres personnes ayant une situation similaire est un facteur de protection contre les messages culturels négatifs, et augmente l’estime de soi.

9.3.2. Le stress minoritaire

La plus forte prévalence des troubles mentaux dans la population des homosexuels par rapport à la population des hétérosexuels s’expliquerait par trois processus (Meyer, 2003) :

1) Evénements et conditions stressantes externes et objectives (aigus ou chroniques).
2) Attente de tels événements et la vigilance requise pour y faire face.
3) Internalisation des attitudes sociales négatives.

Les personnes homosexuelles, en particulier, compte tenu de l’invisibilité de leur stigmate, privilégient la dissimulation de leur homosexualité par des stratégies d’évitement.

Le stigmate étant caché, la personne qui emploie une telle stratégie va, d’une certaine façon, vivre dans un monde où à chaque instant, ce dernier risque d’être découvert.

L’événement stressant peut donc être qu’une tierce personne découvre son homosexualité.

Que celle-ci soit homophobe ou non, le risque de rejet est, au moins subjectivement, bien présent.

Du simple fait de sa subjectivité, le risque fait partie de la réalité quotidienne de la personne qui dissimule son homosexualité.

L’hétérosexisme ambiant est internalisé par le sujet.

Le sujet ne cherche pas lui-même à dissimuler son homosexualité, c’est la norme ambiante qui le pousse à le faire.

Par la répétition de cet acte, le sujet ne se pose plus la question de savoir s’il doit ou non se cacher, il se cache pour survivre au stress qu’engendrerait la découverte de son homosexualité dans un contexte global qui lui est défavorable.

9.3.3. L’hétérosexisme comme facteur de stress social

L’hétérosexisme est à distinguer de l’homophobie. Il peut se définir comme l’hypothèse d’une supériorité de l’hétérosexualité sur tous les autres types de sexualité.

Il traduit le fait que les hétérosexuels peuvent n’avoir aucune hostilité envers les homosexuels, mais qu’ils les excluent de la vie de tous les jours : l’homosexualité est ignorée et toute personne est considérée comme, a priori, hétérosexuelle.

L’homosexualité est alors, de fait, reléguée en marge de la société et confère à ce groupe un statut de minorité discriminée.

De plus, l’homosexualité est associée à des expériences sociales uniques, à la différence d’autres stigmates comme la couleur de peau : un homosexuel est (très souvent) le seul de son entourage à avoir cette orientation sexuelle et peut rester toute sa vie relativement isolé de son groupe.

Le stress minoritaire est alors d’autant plus intense que l’individu est isolé et qu’il ne peut pas bénéficier du soutien social nécessaire d’un groupe de pairs.

9.3.4. Enjeux de la représentation de l’homosexualité dans les manuels scolaires

L’identification d’un individu à son groupe minoritaire a un effet tampon sur le stress social.

Le stress social (ici le stress de la minorité) sera d’autant plus atténué que l’individu percevra son homosexualité comme un aspect central de son identité et que cet aspect est perçu comme une source d’affiliations et de support social. Chez les personnes ayant un stigmate invisible, le niveau d’estime de soi augmente en présence d’individus porteurs du même stigmate. Les pairs jouant un rôle protecteur contre les messages culturels négatifs.

9.3.5. L’hétérosexisme dans les manuels scolaires

Les éléments théoriques évoqués précédemment nous permettent de mieux comprendre l’avantage de bannir l’hétérosexisme des manuels scolaires. En effet, puisque les homosexuels ont pour particularité de souffrir de leur invisibilité sociale, il ne peut être que bénéfiques pour eux d’être représentés dans les outils pédagogiques.

Partant d’un corpus de 20 textes en lien avec la sexualité et les relations intimes issus d’ouvrages québécois, les résultats montrent que l’homosexualité est clairement ignorée dans 95% des textes, ce qui correspond, à l’exclusionnisme. En outre, dans les rares textes où l’homosexualité est citée, environ 80% y font référence de manière négative.

Les auteurs de ces manuels partent du postulat que les élèves sont forcément hétérosexuels, ce qui correspond, comme nous l’avons vu, au postulat de base de l’hétérosexisme.

Aux Etats-Unis, les auteurs d’une étude constatent que sur les illustrations des ouvrages analysés ne figurent que des couples hétérosexuels et des familles hétéroparentales, malgré l’existence de nombreuses familles homoparentales. La seule photographie présentant une personne d’orientation sexuelle autre qu’hétérosexuelle était un homosexuel atteint du VIH.

En ce qui concerne l’enseignement de la sexualité, seules les relations hommes femmes sont mentionnées.

Là encore, les rapports sexuels alternatifs sont implicitement relégués au statut de déviance sexuelle.

9.4. homosexualité et éducation : le constat d’un silence

9.4.1. L’homosexualité dans les programmes scolaires

Concernant l’orientation sexuelle, nous avions choisi les mots-clefs suivants : “orientation sexuelle”, “homosexualité/el(le)s”, “lesbienne”, “bisexuel” et “homophobie”.

Ces termes n’apparaissent nulle part dans les programmes.

On peut toutefois noter la présence, dans le document d’accompagnement des programmes d’éducation civique de la cinquième à la troisième, un texte qui, bien que plutôt tourné vers la prévention des IST, peut être interprété comme pouvant permettre d’ouvrir le débat sur le thème de l’orientation sexuelle :

“On n’imaginait pas, voilà quelque vingt ans, évoquer à l’école les problèmes liés à la sexualité. Le péril du sida a frappé d’archaïsme des réserves et des tabous, pourtant légitimés par une morale ; il a imposé des urgences et des mesures nouvelles qui commandent aujourd’hui de ne pas méconnaître la sexualité des élèves. Cette exigence ne doit pas être confondue avec une indiscrétion impudique ou complaisante ; elle relève de la prise en compte de la personne humaine, de l’information due aux personnes sur les risques de vivre, du droit à la protection de la santé et à la prévention. Elle est étayée de valeurs fortes comprises dans le programme d’éducation civique, relatives au respect de soi-même et au respect de l’autre. Aucun sujet ne sera éludé de l’information ni du débat.

Malgré l’ambiguïté de ce texte, la prévention de l’homophobie pourrait, par exemple faire partie des “valeurs fortes” liées au respect que le programme d’éducation civique vise à transmettre.

9.4.2. Les Bulletins Officiels de l’Education Nationale

Si les programmes scolaires ne tiennent pas ou très peu compte de l’homosexualité, il n’en est pas de même pour les BO. Dans un document de travail du groupe de réflexion sur les questions LGBT du Syndicat National de l’Enseignement Secondaire, P. Castel dresse un bilan des textes relatifs à cette thématique :

La première circulaire (n°98-234) est datée du 19 novembre 1998. Elle traite de l’éducation à la sexualité et la prévention du SIDA (remplacée par la circulaire 2003-027 du BOEN n°9)

Dans le BOEN hors-série (n°10 du 2 novembre 2000), “à l’école, au collège et au lycée, de la mixité à l’égalité”, une série de scénarios sont proposés comme des supports pédagogiques. L’un d’eux porte sur les insultes homophobes perçues comme anodines en appelant à la vigilance.

La circulaire 2001-245 du 21 novembre (BOEN n°44 du 29 novembre) traitant de la journée mondiale de lutte contre le SIDA exprime une volonté forte de lutter, notamment, contre l’homophobie.

La circulaire du 17 février 2003 (n°2003-027) parue dans le BOEN du 21 février, évoquée plus haut explique le développement de l’éducation à la sexualité “légitimée par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes”.

Parallèlement à ces extraits de BOEN, d’autres dispositifs cités sur le même document sont proposés par l’Education nationale : c’est le cas d’une brochure éditée en septembre 2000 par la direction de l’enseignement scolaire, intitulée “repère pour l’éducation à la sexualité et à la vie”, qui se réfère explicitement à l’homosexualité, présentant cette orientation comme un possible parmi d’autres, questionnant ainsi la notion de “normalité” en référence à la dimension sexuelle. Cette brochure sera reprise en février 2004 dans le guide du formateur pour l’éducation à la sexualité au collège et au lycée.

De 2000 à 2001 est également distribuée dans chaque établissement une mallette pédagogique intitulée “bonheur d’aimer”. L’une des fiches qu’elle contient porte sur l’homosexualité et l’homophobie.

En dépit de ces initiatives, le document souligne les difficultés de mise en oeuvre de ces principes.

9.5. L’homosexualité dans les manuels

La question ne sera pas seulement de déterminer les contextes qui devraient ou pourraient faire intervenir des personnes homosexuelles, comme les chapitres traitant de la discrimination ou de la famille, mais aussi questionner les valeurs normatives véhiculées par les manuels concernant les relations de couples : ces derniers considèrent-ils, à l’image de leur environnement, qu’un couple est nécessairement hétérosexuel ?

Autrement dit, nous sonderons dans cette partie le caractère, éventuellement “hétérocentré” des manuels.

9.5.1. Une absence remarquable

A l’image de ce que l’on peut trouver dans les programmes, le recueil de données quantitatives des illustrations met en évidence la rareté des représentations de l’homosexualité dans les manuels scolaires. Sur les 29 manuels et 3097 illustrations analysées, une seule illustration est consacrée explicitement à cette orientation sexuelle : il s’agit d’une photographie prise lors de la Gay Pride à Paris ouvrant un chapitre sur la diversification des objets et formes de l’action collective, dans un manuel de Sciences Economiques et Sociales de Terminale.

L’image représente, en outre, comme le commente un militant d’association interrogé, un char commercial, pouvant faire passer sous silence l’aspect revendicatif, fondement même de cette manifestation.

Les résultats du questionnaire destiné aux enseignants abondent dans le même sens, en demandant aux enseignants d’estimer la fréquence d’apparition des personnes homosexuelles dans les manuels qu’ils utilisent, on obtient une moyenne de 1,6, correspondant à un score se situant entre “jamais” et “très rarement”.

A contrario, les représentations de l’hétérosexualité ne manquent pas : ainsi on ne dénombre pas moins, par le biais de l’analyse experte, de 134 couples hétérosexuels dont 55 familles hétéroparentales.

9.5.2. La représentation du couple et de la famille dans les manuels

Comme nous l’évoquions plus haut, si nous n’avons pas observé de couples homosexuels ni de familles homoparentales dans les manuels que nous avons analysés, les couples hétérosexuels et les familles hétéroparentales sont fréquentes, non seulement dans les photographies historiques où l’on peut voir des couples célèbres, mais aussi dans les illustrations de personnages fictifs telles que les caricatures ou les personnages propres à certains manuels.

Ainsi, dans le manuel d’anglais de 2nd professionnelle et terminale BEP, on peut voir le dessin d’un jeune homme couché en train de rêver à son avenir. Hormis ses désirs de fortune, on constate qu’il aspire au mariage avec une femme et à une famille hétéroparentale.

Une autre illustration issue du manuel d’Anglais 6e qui a pour but d’apprendre aux élèves à exprimer leurs attirances, représente un petit garçon, “Ben”, qui n’aime ni la peinture violette, ni les fruits, mais aime une petite fille blonde. Sur une caricature d’un manuel de Terminale ECJS figure un globe terrestre sur lequel des familles composées d’un père, d’une mère et de deux enfants circulent en caddies de supermarchés.

Ces trois illustrations résument bien l’esprit, à l’image de la société, dans lequel les manuels ont été conçus : les enfants ne peuvent rêver que d’une vie de couple et de famille dans la norme et, en référence à la caricature, le monde ne peut être qu’hétérosexuel.

Les manuels scolaires définissent la composition d’un couple par l’union d’un homme et d’une femme, et l’adolescence par le moment où l’individu est attiré par le sexe opposé.

9.5.3. Thématiques abordées en lien avec l’homosexualité

Certaines disciplines semblent, plus que d’autres, appropriées pour traiter de l’homosexualité. Nous avons notamment observé, dans plusieurs manuels d’éducation civique de 5e, dans le chapitre consacré au refus des discriminations, qu’il est parfois fait mention de l’orientation sexuelle, mais ce critère est rarement approfondi (contrairement au genre et à l’origine, qui, par ailleurs, figurent clairement dans les programmes).

De la même manière, un enseignant de Sciences Economiques et Sociales considère sa discipline comme particulièrement riche pour aborder cette question, il cite d’ailleurs un certain nombre de documents consacrés à l’homosexualité contenus dans des manuels qu’il utilise ou a utilisé.

Il cite des éléments sur le PACS, sur la socialisation (la construction de l’identité masculine et la notion de rôle sexuel), les cultures et sous-cultures, la norme et la déviance (il évoque l’image de deux femmes se mariant à San Francisco ou encore un texte sur l’homosexualité intitulé « des déviants normaux »), un Travail Dirigé sur le mouvement homosexuel et les régulations sociales ou encore une carte du monde situant les pays où l’homosexualité est prohibée.

Thématiques évoquées dans les manuels, selon les enseignants, en lien avec l’homosexualité

L’analyse experte des chapitres en lien avec un groupe discriminé, fait apparaître les thématiques suivantes liées à l’orientation homosexuelle : la revendication de certains droits et l’homophobie.

Toutefois, les résultats du questionnaire montrent que, même évoquée en dehors du manuel, l’homosexualité apparaît dans des contextes redondants que sont les aspects normatifs, l’évolution des attitudes (des persécutions à la lutte contre les discriminations), l’éducation à la sexualité, les revendications concernant l’égalité des droits ou encore les enseignants mentionnant des évocations plus contextuelles, faisant suite à des incidents (agressions verbales et physiques…).

Il semblerait donc qu’il ne soit question de l’homosexualité que dans des contextes très spécifiques comme des propositions de débats (homoparentalité, PACS…)

Ou encore, comme nous l’avons vu, certains documents peuvent présenter certaines ambiguïtés : une enseignante de mathématiques rapporte par exemple un exercice mentionnant “Claude et Dominique vivent ensemble (…) donc je pense qu’ils se mouillent pas non plus (…) ils laissent la porte ouverte à… c’est vrai que ces livres là ils sont quand même assez, j’ai l’impression assez ouverts, ils laissent chacun penser ce qu’il veut quoi…”.

Certains tentent de pallier le manque en faisant appel à d’autres supports, tels que les vidéos, permettant, aux dires d’une enseignante d’anglais, d’amener les élèves à une réflexion plus sereine sur la question “ils sont très pudiques à cet âge là (…) si on leur parle d’homosexualité ou même de racisme de façon abstraite, ils n’osent pas…”, le recours à certaines œuvres cinématographiques rendant possible l’identification et “l’attachement aux personnages” (enseignante en Sciences économiques et Sociales).

Le cas du PACS

Le PACS est cité dans un manuel d’Histoire de terminale générale comme “concurrent” du mariage sans faire mention de la possibilité qu’il offre aux couples homosexuels de sceller leur union par un contrat qui leur offre une reconnaissance relative au niveau de la société.

L’homosexualité fait ici l’objet d’une exclusion, même dans un contexte où elle devrait légitimement être évoquée.

Un chapitre d’ECJS (Education Civique Juridique et Sociale) de seconde porte sur la transformation des liens familiaux : Le PACS est introduit par un questionnement sur l’évolution des mentalités et sur sa place vis-à-vis du mariage.

Sept documents servent d’appui à la réflexion : après un rappel de la loi, un sondage sur la perception de l’homosexualité par les Français et des articles mettant en perspective le mariage avec le PACS.

Un article du journal Libération rapporte le point de vue de Simone Korff-Sausse qui fait part de ses inquiétudes concernant le devenir psychique des enfants élevés par des couples homosexuels à la lumière des théories psychanalytiques.

Heterhomo : il est parfaitement prouvé à l’étranger que les enfants et petits enfants ne souffrent d’aucune séquelle et sont parfaitement normaux et équilibrés, des psychanalystes français restent donc très influencés par un siècle d’homophobie.

Deux pages avant ce document, un article du journal Le Monde illustrait la discrimination dont font l’objet les couples homosexuels sans mentionner le cas de l’adoption.

On peut considérer que le traitement de cette question n’est pas neutre dans ce manuel mais bien orienté : implicitement par la hiérarchisation des informations données aux lecteurs, ce chapitre semble mettre en évidence que si les personnes homosexuelles doivent pouvoir trouver leur place dans la société, celles-ci ne devraient pas chercher à bouleverser le schéma traditionnel de la famille.

9.5.4. L’homosexualité dans les manuels de SVT

Liste des questions :

Equité : peut-on percevoir sur les illustrations, ou rencontrer dans les textes des personnes dʼorientations sexuelles différentes ?

Génétique : est-ce que la possibilité dʼune détermination de lʼorientation sexuelle sur une base biologique est évoquée ?

Comportement : est-il fait référence aux comportements sexuels des animaux ? Le fait que des facteurs sociaux et biologiques pourraient avoir une influence sur lʼorientation sexuelle est-il évoqué ?

Sexualité : lʼhomosexualité est une orientation sexuelle considérée comme concevable ?

Le fait dʼassumer ses relations sexuelles est-il caractéristique des personnes hétérosexuelles ?

La sexualité est-elle définie autrement que comme la pénétration dʼun pénis dans un vagin ?

Des techniques de procréations médicalement assistées sont-elles présentées dans les ouvrages

Sida : le terme “homosexualité” est-il évoqué ? Dans quel contexte ?

Par rapport à cette maladie, est-ce que lʼon discute de sa transmission et des moyens de préventions en prenant en compte toutes les orientations sexuelles possibles ?

Méthodes expérimentales et nature des sciences

Y a des possibilités dʼengager les étudiants dans des discussions sur le thème des orientations sexuelles ?

Y a t-il des références scientifiques en ce qui concerne les orientations sexuelles ?

Sexualité et puberté :

Dans un manuel de SVT section Terminale S, un encadré explique les transformations physiques liées à l‘étape de la puberté. Un graphique montre les différentes étapes des changements intervenant sur les organes génitaux (apparition des règles, premières éjaculations). Sur le même encadré figure une photographie d’un jeune couple hétérosexuel enlacé sur un banc public.

De cette manière, le manuel passe de faits objectifs, à savoir les changements physiologiques intervenant lors de l’adolescence, à des faits idéologiquement ancrés dans l’illustration attenante, à savoir les prémisses d’une vie amoureuse, nécessairement représentée entre deux personnes de sexe opposé.

En revanche, ce manuel ne parle pas de l’attirance pour le sexe opposé chez les adolescents lors de la puberté et fait référence au concept global de “libido” ayant “le sens de désir sexuel” et pouvant ainsi concerner tout type d’orientation sexuelle.

Un manuel de 4e adopte une vision plus explicitement centrée sur l’hétérosexualité des couples car, selon les auteurs, à l’entrée de l’adolescence “les garçons recommencent à regarder plus attentivement les filles et inversement…”. Nous constatons que cet ouvrage définit l’une des évolutions se déroulant pendant la puberté comme le développement de l’attirance pour le sexe opposé.

Contraception et procréation médicalement assistée :

Il est important de noter que ces deux techniques médicales sont associées dans nos ouvrages.

Dans cette optique, il conviendrait de porter une attention particulière à les différentier car l’une est destinée au seul usage des couples hétérosexuels, tandis que la seconde est, dans les faits, utilisés par tous les couples. Dans une introduction à un chapitre sur la procréation médicalement assistée (Terminale S, éditions Bordas, 2002), nous pouvons lire : “les moyens de contraception permettent aux couples de choisir d’avoir ou non des enfants” . “L’aide médicalisée à la procréation peut dans certains cas répondre aux problèmes d’infertilité rencontrés par certains couples”.

Les couples concernés par cet extrait sont les couples hétérosexuels. La contraception est effectivement destinée au seul usage de ces derniers, mais cela n’est mentionné à aucun moment.

De manière implicite, il peut être entendu qu’un couple ne peut être qu’hétérosexuel, puisqu’il n’y a aucune précision à ce sujet.

Quelques pages plus loin : “pour certains couples, le problème n’est pas la difficulté à procréer mais réside dans le risque élevé de transmettre une anomalie génétique grave”. Là aussi, les couples sont hétérosexuels mais les auteurs n’ont pas choisi d’en faire mention.

Un manuel de 3e SVT adopte également une position centrée sur l’hétérosexualité en omettant de mentionner celle-ci quand il y a lieu. En voici quelques exemples :

- “les couples disposent aujourd’hui de moyens contraceptifs variés” - “un couple sur dix éprouve des difficultés à concevoir un enfant”
• “en cas de stérilité masculine définitive, le couple désirant absolument un enfant peut recourir à une insémination artificielle avec don de sperme”
• “l’utilisation de méthodes permettant au couple de choisir d’avoir ou non un enfant”.

Les deux méthodes citées sont la procréation médicalement assistée et la contraception.

Ici, l’assimilation des deux méthodes se fait, une fois de plus, en faveur des couples hétérosexuels car la contraception n’est utilisée que par ceux-ci. On peut dire que la question d’une possible existence de l’homosexualité comme orientation sexuelle est exclue de ces ouvrages.

Le SIDA

Le seul manuel de SVT analysé abordant le cas du sida est celui de Terminale S. Après avoir précisé que les premiers cas ont été découverts chez des homosexuels new-yorkais, deux encadrés sont ajoutés plus loin, et précisent que 70% des cas de contamination correspondent à une transmission hétérosexuelle et que 29% des personnes atteintes du SIDA en France sont homosexuelles ou bisexuelles.

Un exercice intitulé “vrai ou faux” à la fin du chapitre contient l’affirmation “Le VIH se transmet essentiellement lors de rapports homosexuels”. La réponse à la fin de l’ouvrage est que “le VIH se transmet essentiellement lors de rapports hétérosexuels”.

En dépit de cette correction et du fait que l’objectif de l’auteur est probablement de “casser une idée reçue”, on peut s’interroger sur le choix de la formulation de la question : n’aurait-il pas mieux valu, dans un exercice comme celui-ci et sur un sujet aussi délicat, préférer l’option de l’hypothèse “vraie” ?

Bien que ces chiffres et exercices ne portent pas directement atteinte à l’image de l’homosexualité, le SIDA est le seul sujet où l’existence des personnes homosexuelles est mentionnée, c’est à dire dans un contexte négatif.

Comportements Animaux :

Les relations homosexuelles ne sont guère plus évoquées dans le cadre de la sexualité des animaux comme l’attestent les extraits issus de différents manuels :

“le rat est attiré par la rate en chaleur” (SVT section Terminale S, édition Bordas).

“les grillons mâles attirent leurs femelles par leur chant” “les mammifères femelles en période ovulatoire recherchent et acceptent les mâles” (SVT 4e éditions Nathan, 2007).

Ces ouvrages font bien référence aux comportements sexuels des animaux, mais l’attirance pour le sexe opposé est l’unique conduite envisagée.

Ces manuels de SVT que nous avons analysé ne peuvent pas être considérés comme “équitables”, dans le sens où l’homosexualité n’est pas mentionnée (hormis dans un ouvrage, et dans le cas du SIDA).

Les sciences dites “exactes” ne semblent, par conséquent, pas exemptes de contenu idéologiquement marqué.

9.6. L’orientation des ouvrages à l’égard de l’homosexualité : point de vue des enseignants

Ouverture à la diversité
Comme nous l’avons vu, l’orientation majoritairement privilégiée vis-à-vis de l’homosexualité est l’exclusion : il s’agit d’un élément souvent tu, principalement en dehors de l’éducation civique et des sciences économiques et sociales.

Toutefois, les enseignants considèrent que lorsque cette orientation sexuelle est évoquée, les manuels mettent surtout l’accent sur les efforts que doit réaliser la société d’accueil pour réduire les inégalités subies par ce groupe (intégration-transformation).

9.7. Préconisations

Nous avons obtenu des contacts par le biais de l’association Couleurs Gaies à Metz, du groupe de travail de Philippe Castel à la FSU et réalisé un entretien avec un intervenant de la Ligue des Droits de l’Homme qui nous ont permis d’établir ces préconisations.

9.7.1. Commencer par en parler…

Compte tenu des silences, parfois gênés, qui entourent l’évocation de cette orientation sexuelle, la première des préconisations mise en avant a été, non pas de se demander comment traiter de l’homosexualité mais tout simplement d’en traiter, et ce sans ambiguïté “lorsqu’on souhaite aborder la question de l’homosexualité, il faut éviter de jouer sur l’ambiguïté (…) le message doit être extrêmement clair (…)parce que là aussi, s’il y a une ambiguïté, les élèves vont se dire, ben tiens, pourquoi est-ce qu’on le sait pas, pourquoi est-ce que c’est caché, parce que là aussi, si c’est ambiguë, c’est quelque part qu’on ose pas affirmer une vérité et puis quelque part (…) ça induit peut-être certains stéréotypes en se disant que si on en parle pas franchement c’est que quelque part il y a quelque chose qui n’est pas net”.

L’enjeu est également d’envoyer des “signaux verts qui permettent aux personnes qui le souhaitent de parler avec une certaine sécurité : si c’est marqué quelque part je suis couvert, ça permet de rassurer l’intervenant”.

9.7.2. Renforcer la légitimité perçue de la lutte contre l’homophobie

Dans le même ordre d’idée, certains militants pensent que si la lutte contre le racisme ou le sexisme est perçue comme fondamentale, il n’en est pas forcément de même pour l’homophobie (preuves en sont les insultes homophobes prononcées fréquemment, sans que cela ne choque outre mesure).
Il conviendrait donc, lorsque l’on traite des discriminations, d’évoquer tous les critères concernés et d’en réhabiliter certains.

9.7.3. Questionner les normes (hétérosexistes)

Les manuels, à l’image de la société dans laquelle ils s’inscrivent, tendent à envisager la sexualité et la vie de couple selon une norme hétérosexuelle, rejetant, de fait, tout autre possible.

Dans l’idéal, le manuel, distribué sur l’ensemble du territoire national, en dépit de l’hétérogénéité (à tous les niveaux) des populations qui y vivent devrait, pour certains, présenter chaque situation qu’il illustre comme un possible, parmi d’autres.

La complexité de mise en oeuvre de cette approche “individualiste” au sens où l’on insiste sur la singularité de chaque situation et personne représentée, pourrait, dans un premier temps, passer, par exemple, par des représentations de couples homosexuels ou de familles homoparentales, disséminées tout au long du manuel :

“Si un couple sur 10 représentés était un couple homo, on serait contents” suggère un militant.

Même si la manière de représenter ce “couple” ne tombe pas sous le sens : ici encore, “l’invisibilité du stigmate” joue son rôle et le fait de “représenter deux jeunes filles se tenant la main, ça peut être interprété comme deux copines”

9.7.4. Une vie ordinaire, en dehors de la norme

Dans le prolongement de cette idée, certains soulèvent, comme pour les autres critères, la nécessité de banaliser la présence des personnes homosexuelles, et de les représenter dans des contextes ordinaires.

Si le fait de traiter de l’homosexualité dans un manuel est déjà un point considéré comme quelque chose de positif, le fait de ne l’évoquer que de manière ciblée, à propos de certaines questions se fait “avec le risque (…) de rentrer dans une logique un peu caricaturale et à renforcement des stéréotypes”. L’interviewé cite l’exemple de l’illustration de la Gay Pride sur laquelle figurent de nombreuses personnes vêtues de façon “excentrique” et/ ou torse nu en précisant que lors de manifestations comme celle-ci, “la plupart sont habillés de manière très classique”.

Il s’agit donc d’insister sur le fait qu’en dehors du genre de leur partenaire, les personnes homosexuelles ont une vie identique à celle des personnes hétérosexuelles, y compris dans le cadre de leur vie sentimentale.

9.7.5. Toutes les occasions peuvent s’y prêter

Des mallettes pédagogiques, à l’exemple de celle de l’association Couleurs Gaies, peuvent aider les enseignants. Des fiches pédagogiques permettent de traiter de l’homosexualité dans différentes disciplines (en fonction des enseignants qui se sont mobilisés pour les constituer) mettant en évidence la possibilité d’intégrer des éléments à ce sujet dans n’importe quelle matière.

L’interviewé cite, par exemple un texte proposé par un enseignant en allemand qui correspond à une lettre rédigée par une adolescente à l’une de ses amies dans laquelle elle fait part de son attirance pour une personne de même sexe.

En Histoire, la déportation des personnes homosexuelles durant la Seconde Guerre Mondiale peut-être une bonne occasion d’aborder ce thème mais il convient de rester prudent et se méfier des “effets stigmatisants” si l’homosexualité n’est abordé qu’aux travers des aspects répressifs.

Dans le même ordre d’idée, il convient d’éviter les associations entre SIDA et homosexualité.

Tout en veillant, là encore, à ne pas stigmatiser, certains ont le sentiment que lorsque les “personnalités” (auteur-e-s en français, l’économiste Keynes, en SES) homosexuelles sont évoquées, leur orientation sexuelle n’est pas mentionnée. Ils estiment que cela pourrait constituer une source d’identification positive pour les élèves éventuellement homosexuels.

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Citations

Il n’y a pas de prétendue « nature féminine » préexistant aux conditions sociales qui produisent les femmes en tant que femmes. Guillaume Carnino.

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