Par Mélanie Vives 24 mars 2011,
L’héroïne de la Bibliothèque Rose fête ses 50 ans cette année. Écolière modèle le jour, héroïne masquée la nuit, elle a fait rêver bien des filles depuis 1961. Et si Fantômette, elle aussi, aimait les filles ?

Son bonnet à pompon, son justaucorps jaune et ses collants noirs ne sont pas des plus sexy.
Fantômette, l’enfant chérie de la Bibliothèque Rose, assume pourtant cette faute de goût depuis 50 ans…
Sans que ses lectrices -et lecteurs- lui en tiennent réellement rigueur.
Car grâce à son papa, le talentueux romancier Georges Chaulet, un vent féministe sans précédent a soufflé sur la littérature jeunesse dès les années 60.

« Fantômette se pacse »
Depuis, Fantômette et ses 52 aventures illustrées ont inspiré et fait rêver bien des filles.
Et pour cause : comment ne pas se projeter dans la peau d’une jeune ado qui, à la tombée de la nuit, délaisse son cartable de brillante élève pour enfiler son masque, résoudre des énigmes et se lancer à la poursuite de vilains bandits ?
Par la force des choses, Fantômette s’est imposée comme un modèle.
« Elle est indépendante, courageuse, aventurière, justicière, audacieuse, insolente, ingénieuse, sportive…
C’est une vraie héroïne d’aventures, et en même temps ce n’est qu’une petite fille », met en avant la scénariste et écrivaine Cécile Vargaftig, attirée depuis l’enfance par ce personnage.
Au point d’avoir écrit Fantômette se pacse en 2006, une auto-fiction qui dévoile « la véritable identité de Fantômette ».
La malicieuse justicière nous cacherait donc ses préférences pour les filles ?
Il est vrai qu’elle ne semble jamais se préoccuper des garçons.
« En revanche, elle a deux copines… », souligne Cécile Vargaftig, qui ajoute n’avoir relevé « aucune ambiguïté entre elles ».
Qu’à cela ne tienne, Fantômette plaît malgré tout aux lesbiennes : « Elle ne correspond pas au cliché de l’enfant qui joue à la poupée et qui rêve des garçons, c’est ça qui peut être agréable pour des petites filles attirées par les filles. Ce côté hors norme et pas soumis aux lois du genre. »
« Mettre les filles en avant »
Et le papa de Fantômette, dans tout ça ?
Maintenant âgé de 80 ans, Georges Chaulet ne voit rien d’étonnant à ce que les féministes et les lesbiennes se soient emparées de son personnage.
« Je savais qu’elle serait appréciée par les gens qui aiment les femmes », a-t-il répondu à TÊTUE, en ajoutant qu’il a incontestablement souhaité, par le biais de Fantômette, « mettre les filles en avant ».
« Je voulais montrer qu’elles sont capables de faire aussi bien que les garçons, sinon mieux.
Qu’elles peuvent elles aussi conduire un hélicoptère, faire de la plongée sous-marine, capturer un bandit d’une prise de judo etc.
Dans beaucoup de domaines, les femmes sont supérieures aux hommes et beaucoup plus intéressantes qu’eux… »
Finalement, Georges Chaulet lui-même n’aurait peut-être pas été surpris que Fantômette, en grandissant, se mette en couple avec une fille, se pacse… et que les deux amoureuses aient beaucoup d’enfants !

