Je tue il, ou la haine de soi ?
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L’individu, le couple, la famille
Il aura fallu quarante années à la visibilité homosexuelle pour s’enraciner dans le paysage médiatique et politique. Dans les années 80-90, arrivée de l’épidémie de sida, coming-out ou outing forcés, la violence des révélations bouleverse une France inquiète.
Les revendications des associations de lutte contre le sida font émerger l’urgence de la création d’un statut pour les couples de même sexe. Les débats des années 90 porteront le couple de même sexe et uniquement le couple.
La filiation – déjà existante – devra attendre le début du XXI siècle pour interroger les consciences puis s’inscrire dans les revendications LGBT. La banalité, le droit à l’indifférence, le droit de s’épanouir dans une société ouverte sont les normes imposées par les LGBT.
Sans hypocrisie, beaucoup avaient salué – et saluent encore – le « coming out » effectué avec discrétion, pudeur et engagements politiques par Bertrand Delanoë au mois de novembre 1998 pendant les débats sur le PaCS.
Aujourd’hui, toutes les familles de gauche sont favorables à l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe, les dernières actualités doivent interroger les homosexuel-le-s sur les représentations du pouvoir en place.
Une régression en construction ?
Malgré ces avancées, des LGBT vivent et continuent de vivre dans la culpabilité de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Les discriminations qu’ils ou elles subissent quotidiennement persistent et sont, malgré un dispositif législatif, difficiles à combattre.
Notre responsabilité est de respecter le vécu de chacun-e néanmoins quand la culpabilité touche l’indécence, il est permis de la dénoncer.
Des femmes et hommes, tous les jours, vivent simplement pour le respect de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Ceux-ci n’acceptent pas le misérabilisme et la mise en scène d’un vécu de souffrance « homosexuel ».
Les LGBT connaissent les effets pervers de “ces” représentations d’hommes ou de femmes publics dans l’espace social. Bien souvent ils les condamnent.
L’utilisation du « pathos » serait-il l’unique moyen de faire de la politique aujourd’hui ?
Tels Roger Karoutchi, et dernièrement Frédéric Mitterrand, des personnalités et hommes publiques utilisent leur homosexualité et leurs expériences de vie pour justifier ce qu’ils sont ou ce qu’ils font, sans doute pour faire oublier – un temps – l’absence du respect d’engagements plus politiques.
N’aurions-nous pas dès lors des ministres « cautions » renvoyés à une « Mauvaise vie » ?
De même que les ministères interpellent les associations LGBT sur la question de l’homophobie, qu’ils s’engagent dans des politiques de communication en faveur des LGBT, ces actions publiques ne masqueraient-elles pas d’autres insuffisances en faveur de l’égalité des droits ?
De vives réactions avaient émergées à l’annonce du coming-out de Roger Karoutchi. « Monsieur Karoutchi peut décider librement des thèmes sur lesquels « il s’engage ».
Il peut même s’il le souhaite être défavorable à l’égalité de tous les citoyens.
Il est de sa responsabilité en revanche de respecter celles et ceux qui œuvrent en faveur de l’égalité des droits et de reconnaître dans leur action l’inverse d’une démarche communautariste. » avait alors dénoncé l’Inter-LGBT.
Le ministre de l’époque oubliait les sondages dans lesquels on apprenait que plus de la majorité des français sont favorables à l’ouverture du mariage et à l’homoparentalité pour les couples de même sexe.
Cette majorité serait-elle communautariste ?
Force est de constater que la raison s’était déployée pour contrer la montée en puissance du compassionnel dans une annonce publique, certes respectable, mais qui flirtait avec l’instrumentalisation politique.
Les frontières entre vie privée et vie publique sont floues.
Jouer avec peut conduire à des incohérences politiques.
Dans le cas de Frédéric Mitterrand, la polémique et les inacceptables amalgames entre homosexualité et pédophilie ne nous empêchent pas de poser un regard critique sur le déroulé de cette affaire.
Ce même sentiment de malaise s’empare de celles et ceux qui ne comprennent pas les blocages institutionnels pour l’accès à l’égalité des droits.
La tribune d’Eric Fassin dans Libération du 23 octobre 2009 conclut avec justesse : « encore faut-il noter le mépris du narrateur (Frédéric Mitterrand) mal dans sa peau, mais vieille France, pour les gays modernes et égalitaires, il ironise sur la « lune de miel » des « heureux pacsés », « bien dans la norme des critères popotes actuels ».
Les clivages générationnels n’excusent pas tout.
Des LGBT de la même génération que Frédéric Mitterrand militent eux pour ces « heureux pacsés »… !
Faut-il être obligatoirement mal dans sa peau pour vivre son homosexualité ?
Les familles homoparentales, les trans qui sont parents, les homosexuels en couple, les célibataires – pour qui le progrès et l’évolution de la société ont un sens – apprécieront le ton de l’actuel ministre de la Culture.
Ce dédain, ou cette condescendance, heurte les personnes qui se projettent dans une autre « construction de soi ».
Dépasser la règle d’une famille hétéro-normée, déconstruire le modèle du couple traditionnel, construire une famille homoparentale à l’aube du XXI siècle semblent être plus révolutionnaires qu’alimenter une existence égo-centrée.
Une fois n’est pas coutume, l’actualité nous aura prouvé que les homosexuel(le)s n’échappent pas au clivage politique.
Si le combat mené pour l’avancée des droits LGBT prend en considération les discriminations, le mal-être, les situations de détresse, les questions générationnelles, les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre, ce combat défend les libertés et garantit l’égalité des droits de toutes et tous. Il mérite d’être respecté.

