Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Têtu par Louis Maury 04 octobre 2010
Succès surprise à sa sortie, cette jolie comédie a pour sujet l’amitié entre un étudiant castriste et un artiste homosexuel dans le Cuba des années 70. Le film remporta un Ours d’Argent à Berlin en 1994.
La Havane, vers la fin des années 70. Un jeune homme milite dans le parti révolutionnaire de Fidel Castro. Il est convaincu de la justesse des idées du Lider maximo.
Alors que sa petite amie vient de le plaquer, il est approché, dans un café, par un intellectuel et artiste homosexuel. Celui-ci fera tout pour l’attirer chez lui…
Mais l’artiste est opposé aux idées du régime. Il donnera ainsi l’occasion au jeune homme de découvrir des auteurs censurés. Il l’amènera à réfléchir sur ce qui se passe réellement dans son pays.
Ayant échappé miraculeusement à la censure lors de sa sortie en 1993, Fraise et chocolat dépeint le régime castriste, son intolérance face à l’homosexualité et la répression sur la propagation d’idées non conformes à celles du gouvernement. Le tout avec humour et tendresse. Jorge Perugorría. et Vladimir Cruz sont excellents.
Un classique adapté au théâtre
A l’heure où Castro regrette l’attitude de la révolution cubaine vis à vis des homosexuels, redécouvrir le film aujourd’hui apporte un regard particulier sur le sujet. En tout cas, Fraise et chocolat est devenu un tel classique que celui-ci a été adapté en pièce de théâtre. Et celle-ci est désormais présentée avec succès partout dans le monde.
Un film de Tomás Gutiérrez Alea, avec : Jorge Perugorría, Vladimir Cruz, Mirta Ibarra, Francisco Gattorno. Genre : comédie dramatique. Durée : 1h50.
La bande-annonce (en VOST) :
Fresa Y Chocolate
• Réalisé par : Tomas GUTIERREZ ALEA , Juan Carlos Tabio • Avec : Jorge PERUGORRIA , Vladimir CRUZ , Mirtha IBARRA … • Synopsis : L’amitié d’un jeune et fougueux étudiant castriste et d’un artiste homosexuel dans le Cuba des années soixante-dix.
Film "Fresa y Chocolate" : Droits humains sur fond de fraises et de chocolat !
Voilà un excellent film qui suscite mon admiration… et ma curiosité !
Tout d’abord, l’histoire : nous sommes à Cuba, à la Havane, vers la fin des années 70.
Un jeune homme milite dans le parti révolutionnaire de Fidel Castro et est convaincu de la justesse des décisions prises par le parti du célèbre dirigeant.
Alors que sa petite amie vient de le plaquer, il est approché, dans un café, par un intellectuel artiste homosexuel.
Celui-ci fera tout pour l’attirer chez lui. Mais détrompez-vous.
Ce n’est pas vraiment la chose sexuelle qui est en jeu ici.
L’artiste est opposé aux idées du régime gouvernemental.
Il donnera ainsi l’occasion au jeune homme de découvrir des auteurs censurés par le gouvernement.
Il l’amènera à réfléchir sur ce qui se passe réellement dans son pays.
Pendant ce temps, un ami du jeune homme veut utiliser celui-ci pour espionner l’artiste, parce que dans ce pays, chaque voisin est une source potentielle de délation.
Et bientôt, l’artiste est bloqué dans tous les projets qu’il veut mettre sur pied. Seul l’exil pourra le sauver.
Bande-annonce :
Ce film est très intéressant pour dévoiler aux yeux de tous, les contraintes qu’impose le régime castriste à ce petit pays des Caraïbes, pourtant si joli.
Ici, on attaque sur deux fronts : l’intolérance face à l’homosexualité et, bien sûr, la répression sur la propagation d’idées non conformes à celles du gouvernement.
Le film en est d’abord un d’idées.
L’aspect sexuel de la chose n’occupe à peu près pas de place, si ce n’est par le côté maniéré de l’artiste et ses tournures de phrases à double sens.
Cet artiste est très bien interprété par Jorge Perugorría.
Vladimir Cruz est aussi très crédible en jeune homme qui prend peu à peu conscience de ce qui se passe dans son pays.
Ce qui me chicote, dans tout ça, c’est que le film, réalisé au milieu des années 90, a été en partie tourné à Cuba.
Or comment le régime castriste a-t-il bien pu accepter de collaborer à la production d’un film qui le dénonce ainsi ?
Si vous avez une idée là-dessus, je serais bien curieux de la connaître.
En attendant, si vous voulez voir de l’excellent cinéma d’idées produit par des indépendants, ce film est à considérer sans réserves… et si vous vous demandez d’où vient le titre, sachez que c’est une phrase lancée par le jeune au début, qui s’étonne que l’artiste, qui vient de s’asseoir à sa table, au café, commande une glace à la fraise, au lieu d’une glace au chocolat, ce qui serait un premier signe indirect de son homosexualité.

Ce sensuel cubain au regard pénétrant incarne Germán le sculpteur dans "Fraise et Chocolat".
Et il tient à lui seul tous les rôles dans la pièce qui a inspiré le film. Epoustouflant !
A 25 ans, Joel a la vie devant lui. Acteur de théâtre né, il touche aussi au cinéma. Mais c’est dans ses "spectacles unipersonnels" qu’il se sent le mieux.
Rencontre dans le cadre du Festival de Théâtre Gay EUROPRIDE à Copenhague où il a présenté "La Cathédrale de la Glace", la pièce qui a inspiré le film-culte "Fraise et Chocolat".
Tu es né à Cuba un beau jour de 1971. Parle-moi un peu de ton enfance.
J’ai commencé à faire du théâtre à l’âge de quatre ans, ce qui est plutôt précoce. C’est une prof de l’école qui m’a motivé, car il n’y avait personne dans ma famille qui eût une quelconque relation avec le monde artistique. Quand j’ai eu sept ans, mes parents ont divorcé, et je suis allé vivre avec ma mère à La Havane. Durant toute mon adolescence, je me suis disputé avec elle, car elle ne voulait pas que je fasse du théâtre. Le thème classique qu’on retrouve partout dans les pays d’Amérique du Sud - et en Europe aussi, j’imagine : les adultes pensent que le théâtre est un peu le cirque, qu’il s’agit de quelques chose qui ne peut pas te garantir un futur décent. Je suis quand même entré à l’école de théâtre. Ma mère n’a jamais compris ma décision, j’ai vraiment eu de sérieux conflits avec elle. Mais peu à peu, elle s’est rendue compte que c’était vraiment ce que je voulais faire.
Comment as-tu découvert ton homosexualité ?
Je sortais avec des filles, mais j’avais certains penchants pour les garçons. J’étais déchiré intérieurement, je me sentais attiré par les mecs, mais je n’osais pas l’avouer. Il faut dire que l’homosexualité n’était pas vraiment acceptée à Cuba. Et lors de ma première année d’école de théâtre, j’ai rencontré un garçon. Dans le théâtre, il a beaucoup d’exercices de confiance, d’expression corporelle, il y a de nombreux contacts physiques, il faut même se déshabiller de temps à autre. Cela s’est donc passé avec ce garçon de l’école, qui lui aussi découvrait son homosexualité à ce moment. On est devenu très amis, et on l’est toujours !
Que penses-tu des gens qui cachent leur homosexualité ? Et des gays militants ?
Je n’aime pas les gens qui brandissent un drapeau pour une cause déterminée. Je crois qu’il n’y a pas que l’homosexualité qui puisse définir quelqu’un. Les gens doivent mener leur vie comme bon il leur semble. Que tu aimes les filles ou les garçons, cela ne signifie pas que tu doives être catalogué comme hétéro ou comme gay. Les frontières ne sont pas là.
Comment vit-on le fait d’être homo à Cuba ? Le régime était très répressif il y a quelques années.
Oui, à la fin des années soixante-dix, l’homosexualité a été une source de conflits assez dramatique à Cuba.
Tu ne pouvais pas te balader avec les cheveux longs ou une boucle d’oreille sans t’attirer des problèmes.
Le milieu artistique a été persécuté, cela a marqué beaucoup d’artistes et d’intellectuels.
Par chance, j’ai vécu une période où cette persécution appartenait déjà au passé.
Je pense que le conflit est plus d’ordre social que politique. Bien entendu, tout est mélangé, mais j’ai le sentiment que la source du problème se situe dans les dogmes catholiques et latino-américains qu’on t’enseigne depuis tout petit.
Si tu comprends que tu es différent, immédiatement des conflits surgissent. Dans les pays du sud, la dépendance vis-à-vis de la famille est beaucoup plus forte qu’en Europe. Ici, c’est différent, il y a une autre mentalité. Bien sûr, l’homosexualité n’est pas bien acceptée non plus, mais il y a d’autres structures sociales.
Tu es indépendant de ta famille beaucoup plus tôt, les jeunes peuvent se rebeller plus facilement, adopter des attitudes marginales sans se voir exclus du système.
Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas souffert de cette dépendance familiale : en raison du conflit que j’avais avec ma mère concernant le théâtre, je suis très vite parti de la maison et j’ai vécu seul à La Havane.
Et aujourd’hui, la situation des gays a-t-elle changé à Cuba ?
Oui, la situation des gays s’est nettement améliorée, en particulier depuis le début des années quatre-vingt-dix, en parallèle des nombreuses réformes.
Après la pièce "Fraise et Chocolat" en 1991, et surtout après l’énorme succès de la version cinématographique, les gens sont devenus plus réceptifs.
C’est marrant, pendant la première demi-heure de projection du film, les gens disaient encore : "Mais qu’est-ce que c’est que cette pédale ! Il faut le pendre !", et après une heure, ils se rendaient compte du problème, ils étaient touchés par l’histoire.
Le régime cubain a reconnu de nombreuses erreurs et a passablement changé son attitude ces dernières années. Un exemple de cette ouverture est le fait qu’un film comme "Fraise et Chocolat" ait pu se projeter à La Havane. Nous n’avons pas non plus rencontré de problème pour monter la pièce.
Et les autorités nous laissaient libres de sortir et de rentrer au pays.
Affiches-tu ton homosexualité ouvertement ? Penses-tu qu’il est important que les gens soient au courant ?
A Cuba je ne l’affiche pas ouvertement. Si quelqu’un me demande par exemple "Es-tu fraise ou chocolat ?", je lui réponds "banane".
J’aime jouer avec les gens, et je n’aime pas me définir par rapport à une seule attitude, car la vérité est qu’on possède d’autres valeurs aussi. Je ne sais pas ce que les gens pensent de moi à Cuba, j’ignore s’ils savent que je suis homosexuel. De toute façon, j’espère qu’ils me considèrent pour mon travail d’artiste, non pas parce que je suis homosexuel.
Comment as-tu rencontré Sarah María Cruz, la metteur en scène ? Est-ce elle qui t’a fait découvrir "Fraise et Chocolat" ?
Sarah a été ma deuxième prof de théâtre. J’avais huit ans, et déjà le courant passait entre nous. Nous ne nous sommes pratiquement plus quittés.
"Fraise et Chocolat" est né d’un conte de Senel Paz, "Le loup, la forêt et l’homme nouveau", qui a obtenu le Prix Juan Rulfo de Radio France Internationale en 1990. A la suite de cela, le texte s’est fait connaître à La Havane au travers d’un cercle d’écrivains. Sarah est tombée dessus, et a parlé à l’auteur. Senel nous a fait confiance pour monter la pièce - moi j’étais toujours à l’école de théâtre. Il a beaucoup collaboré, et ça a été un succès.
Parle-moi de Copelia, ce fameux bar à glaces de La Havane. Y es-tu allé ? Comment est l’ambiance ?
C’est un lieu complètement fou où tous se donnent rendez-vous. Il y a un mélange de gens fantastique. Ceux qui sont en chasse d’étrangers, ceux qui aiment les petits jeunes, ceux qui aiment les femmes. Il y a des vieux, des jeunes, des gays intellos et des folles travesties. Ça drague de partout ! C’est le centre de réunion le plus important de La Havane. Et depuis "Fraise et Chocolat", c’est devenu un véritable lieu de culte. Il y a même un festival de travestis à présent ! J’y étais pour le dernière fois en décembre dernier, et j’ai pu ressentir cette ambiance extraordinaire. C’est un lieu unique, qui attire beaucoup l’attention. Celle du touriste, tout comme celle du macho local qui cherche parfois l’embrouille. Mais en règle générale, l’ambiance est détendue.
C’est à Paris que tu as présenté la pièce pour la première fois en Europe ?
Oui ! Imagine-toi le choc : deux cubains qui sortent pour la première fois de leur pays présenter "Fraise et Chocolat", qui n’avait jamais été jouée nulle part ailleurs qu’à La Havane. On a passé au Café de la Danse. La réaction du public français a été géniale. Un public très mélangé, ouvert à ce qui se passait à Cuba. Ce qui m’a le plus enchanté, c’est que la pièce était en espagnol, et qu’elle a quand-même touché ceux qui ne parlaient pas la langue.
Ensuite, on est passé à Lyon, Ferney-Voltaire, Genève, Lausanne, Berne, Lucerne, Vienne, Copenhague (la dernière fois pendant Europride en juin passé). Au début, la pièce n’était pas très connue, mais après le succès du film, elle a suscité beaucoup d’intérêt.
Et dans le film, tu as le rôle de Germán, le sculpteur.
C’est un rôle assez secondaire. En fait, j’avais une part assez considérable au début, mais ils ont dû couper au montage.
Pour que " Fraise et Chocolat " ait touché le public comme cela a été le cas, il a fallu concentrer l’histoire sur les deux personnages de Diego et David. Je l’ai accepté - malgré un petit ressentiment en tant qu’acteur.
Mais je suis extrêmement satisfait de mes scènes et très fier du film, qui a d’ailleurs reçu L’Ours d’Argent à Berlin et obtenu la consécration avec sa nomination aux Oscars.
Toute l’Amérique du Sud et les Etats-Unis appuyaient le film, mais ils ont donné l’Oscar aux Russes. On y a tous vu une manipulation, même le réalisateur. Enfin, je suis très fier de ce film !
Comment s’est passé le tournage ?
Le film s’est intégralement tourné à Cuba, pendant deux mois. J’ai vécu des moments précieux avec Tomás Gutierrez Alea, le réalisateur, qui malheureusement s’est éteint il y a quelques mois. L’hommage que lui ont rendu la presse internationale et le monde du ciné m’a beaucoup touché. C’était un des plus grands talents du cinéma d’Amérique du Sud.
Sarah María Cruz, metteur en scène de la pièce, m’a affirmé que les Cubains ont une dimension particulière. Dans la pièce, tu es seul pour interpréter plusieurs rôles, tu virevoltes d’un côté à l’autre de la scène, tu occupes tout l’espace. Est-ce un symbole de la dimension des Cubains ?
Il y a de nombreuses manières de voir la dimension. (Il se marre.) Les Cubains sont toujours sortis du lot de par leur mouvement, leur sensualité, de par leur manière de se comporter. Toute cette espèce de projection, cette aura que dégage la population de Cuba est très spéciale, très sensuelle. Je crois que tout cela se retrouve dans la pièce. Les gens disent aussi que la dimension cubaine est grande par rapport au sexe. Pas forcément parce que les Cubains en ont une grande. Moi j’y vois plus l’authentique, le vrai, la dimension mentale. J’ai le sentiment que tout cela passe à travers ce spectacle. C’est sûrement l’authenticité qui en ressort le plus.
Dans la pièce, David dit à un moment donné "Les pédés obtiennent tout avant les autres". Est-ce toujours d’actualité à Cuba ? Y a-t-il une sorte de réseau gay qui met la main sur les livres et les disques censurés en premier ?
Tout ce qui est dans la pièce était vrai il y a quelques années. L’auteur du conte, Senel Paz, l’a vécu lui-même. Les gays devaient vivre clandestinement, et formaient en effet une espèce de réseau. Il existait une fraternité entre eux, ils se refilaient les bouquins, ils étaient à l’avant-garde de tout. Même si la censure existe toujours officiellement à Cuba, ça a beaucoup changé ces derniers temps.
Une autre réplique m’a interloquée. "Entre la bite et le drapeau, je choisis le drapeau !" Les cubains ont-ils un tel sens patriotique qu’ils en oublieraient l’essentiel ?
Je pense que ça dépend de chacun. Une folle n’hésiterait pas et s’écrierait : "La bite !" Mais dans le spectacle, Diego est un homosexuel plutôt intello, qui défend aussi Cuba. Il y a des valeurs plus importantes que la sexualité pour lui. Même s’il finit par quitter Cuba !
Interview réalisée en juillet 1996 par Stéphane Riethauser pour Dialogai-Infos.

"L’homophobie : La discrimination que l’on tait et qui tue". Heterhomo.