Têtu par Louis Maury 20 septembre 2010
Le film de Christophe Honoré, permet à François Sagat d’effectuer ses débuts dans le cinéma classique.
La star du porno gay y est crédible, tout en jouant intelligemment de sa plastique…
Le nouveau film de Christophe Honoré, Homme au bain, n’aurait jamais dû sortir au cinéma.
Ce n’est pas un jugement de valeur, mais bien le destin qui attendait d’abord ce moyen-métrage, à deux doigts du film expérimental, réalisé dans le cadre d’une carte blanche avec le théâtre de Gennevilliers.
Scénariste et réalisateur, Honoré voulait trouver l’équivalent cinématographique d’un tableau du même nom datant de 1884 signé Gustave Caillebotte, célèbre peintre de Gennevilliers, montrant un homme qui s’essuie le dos après son bain (voir ci-dessous).

À partir de cette inspiration, le cinéaste a souhaité réfléchir à l’intimité virile au cinéma.
Donc acte. Christophe Honoré a du talent. Et le prouve depuis longtemps (17 fois Cécile Cassard, Tout contre Léo, Les Chansons d’amour…).
Là, il fait une sorte de digression warholienne où François Sagat, serait son Joe Dallesandro. La star du porno gay sait intelligemment jouer de sa plastique et se prête depuis longtemps à différents travaux artistiques sur le corps.
Accueil acide
Une démarche subtile d’un acteur qui arrive parfaitement à rebondir sur la fascination qu’il suscite. Et ici, dans cette histoire où deux garçons se séparent, car ils s’aiment peut-être trop, il ne manque pas de présence. Sagat dégage même une fragilité touchante.
Présenté cet été au Festival de Locarno, grand rendez-vous des cinéphiles, Homme au bain a reçu un accueil très acide.
Certains ont parlé « d’un mauvais rêve d’une Nouvelle Vague dépassée… ». Critique injuste. Certes, le dernier film de Christophe Honoré n’est pas un film « touchant » comme le laisserait imaginer le fond de l’intrigue.
C’est plutôt un drôle d’hybride qui hésite entre plusieurs genres. Et le spectateur ne sait plus trop où se placer.
Grâce à la notoriété d’Honoré, et à ses nombreux fidèles, Homme au bain devrait néanmoins rencontrer un public assez large. Qui sera sûrement désarçonné par son propos.
Tant mieux : dans un cinéma français souvent timoré, où beaucoup de metteurs en scène creusent le même sillon, Honoré expérimente. Sa tentative n’est peut-être pas tout à fait concluante, mais elle a au moins le mérite d’avoir été osée !

François Sagat : « Ma présence dans "Homme au bain" va en énerver plus d’un ! »
Têtu par Romain Burrel 22 septembre 2010
Pour dépasser l’image d’un physique taillé pour le hard, François Sagat a compris qu’il fallait surprendre.
Dans « Homme au bain », le nouveau film de Christophe Honoré, il joue autrement de son corps pour incarner un amoureux délaissé. Une expérience qu’il raconte à TÊTU.
À notre dernière rencontre, tu jouais dans de la mélasse rose fluo, lors d’un happening extravagant pour les 15 ans de TÊTU. On te retrouve aujourd’hui à l’affiche d’Homme au bain, le nouveau film de Christophe Honoré. Il faut te suivre !
Evidemment, c’est autre chose ! Dans le film, je joue Emmanuel, un jeune paumé dont on comprend assez vite qu’il tient le rôle de pute dans son immeuble de banlieue. Emmanuel est très amoureux d’un autre garçon : Omar (ci-dessus en photo), qui lui a décidé de le quitter et de partir à New York. Le film s’ouvre sur cette rupture. J’interprète ce personnage perdu qui baise avec tout ce qui passe.
En ce moment je suis en promo pour défendre le film et certaines critiques lui reprochent de donner une image trop stigmatisée de la sexualité des gays. Comme si il ne fallait pas montrer des pédés volages. Mais selon moi, si cette vision n’est pas une généralité, elle est tout de même loin d’être absurde !
« A la différence d’un tournage porno, je n’avais pas à me concentrer sur une érection. Dit comme ça, ça paraît anecdotique mais crois-moi, c’est loin d’être un détail ! »
De fait, dans les scènes sexuelles, on ne reconnaît pas forcément le performer de chez Titan que tu es ! Cette nouvelle facette, d’où vient-elle ?
Tu m’as trouvé différent de ce que je suis dans un film porno ? C’est assez logique. J’ai eu quelques tics en début de tournage. Des postures que je tiens du X et qui refaisaient surface.
Tu sais, je suis un « control freak », il faut que je sois éclairé de telle façon, filmé sous tel profil ! Très tôt, Christophe m’a dit : « Ne bouge pas ton corps en fonction de la lumière. Ne gère pas ta gestuelle. Tu n’es pas sur un tournage de film porno ! » J’ai vite compris qu’il attendait de moi un jeu plus dépouillé.
Quelle fut ta réaction lorsque tu t’es découvert à l’écran ?
Ça, c’est encore une autre histoire ! Disons que je ne me suis pas trouvé si faux que ça. Attention je n’ai pas dit que je me trouvais parfait ! (Rires.)
La vérité c’est que lorsque j’ai découvert le film, j’ai eu très peur. Je me suis rendu compte que la caméra de Christophe avait capté des choses presque malgré moi, au-delà de mon jeu d’acteur. J’ai eu l’impression de donner plus de moi que pour le tournage d’un film de cul.
Mais à la différence d’un tournage porno, je n’avais pas à me concentrer sur une érection. Dit comme ça, ça paraît anecdotique, mais, crois-moi, c’est loin d’être un détail !
Je me suis laissé dire que pour construire le personnage d’Emmanuel, Christophe Honoré s’était moins inspiré de tes films pornos que de ton blog et de tes vidéos…
Lorsque j’ai rencontré Christophe pour la première fois, j’ai été surpris de voir qu’il connaissait presque toutes les vidéos de mon blog. Mon univers lui était familier. D’ailleurs, il s’est servi dans le film de certaines choses. La scène où je dessine sur le mur, par exemple. Ou celle où je secoue la tête de Chiara (Mastroianni), directement inspirée d’une vidéo que j’ai faite avec ma sœur.
Tu voulais échapper au porno ?
C’est difficile de répondre à cette question. J’ai commencé ma carrière dans le X presque par accident. Même si j’ai moins le désir de tourner, je n’ai aucune envie de tourner le dos à ce milieu. Le porno m’a fait. Mais c’est aussi quelque chose qui t’enferme, te réduit. Je ne veux pas dénigrer le X. Je sais que ma présence au générique d’« Homme au bain » va en énerver plus d’un : « Qu’il reste là où il est ! » Ces gens-là me trouveront pathétique. J’y suis préparé.
L’accueil mitigé du film au festival de Locarno ne t’a pas ému ?
Hormis quelques personnes qui ont quitté la salle au bout d’un quart d’heure, ça c’est bien passé ! J’étais surtout terriblement mal à l’aise de me découvrir sur grand écran. Bizarrement, je ne pense pas que le film soit choquant. Du moins, ce n’est pas la démarche de Christophe. La provocation pour la provocation, je trouve ça assez vulgaire finalement !
« Homme au bain » : Christophe Honoré-François Sagat, la rencontre ratée
http://yagg.com/2010/09/22/homme-au…
Publié par Yannick Barbe
La déception est à la hauteur de notre attente. Ce n’est pas tous les jours qu’un acteur porno gay français, star internationale dans son domaine, figure en tête d’affiche d’un film non-X, réalisé par un cinéaste reconnu, et aux côtés de Chiara Mastroianni, excusez du peu.
ENTREPRISE PROMETTEUSE
Sur le papier, l’entreprise de Christophe Honoré était prometteuse. Œuvre de commande du Théâtre de Gennevilliers, Homme au bain doit son titre au tableau du même nom de Gustave Caillebotte (qui mourut à Gennevilliers). Une fiction de virilité sans initiation d’un personnage à LA virilité, une virilité quotidienne, domestique, inhabituellement regardée » (dixit le dossier de presse).
Le choix de François Sagat était judicieux : un corps hors-normes pour le cinéma français « tradi », fantasme de virilité minutieusement construit, mais que la pornstar, dans ses vidéos persos postées sur son blog, se plaît à détourner pour en donner une vision drôle, décalée, folle. Un peu de fragilité, de douceur, de grâce, sous la montagne de muscles. « François Sagat redéfinit la notion de virilité », nous confiait Christophe Honoré, en février dernier.
SAGAT ET SON CUL
Malheureusement, au terme de ses 72 minutes interminables, Homme au bain n’est pas parvenu à percer la forteresse François Sagat, qui, à défaut d’être dirigé, « performe » sans jamais incarner.
Il fait l’amour et la moue. Honoré, lui, s’en tient à la surface.
Trop impressionné par son acteur ? Moralité, retour à la case départ : Sagat et son cul. Et rien d’autre.
L’histoire d’Emmanuel (François Sagat) qui se fait larguer et enchaîne les plans cul comme le réalisateur les plans affectés nous laisse de marbre.
Souvent, la prétention confine au ridicule, comme lorsque le cinéaste filme son acteur en fée du logis, roulant du popotin en mini-short (déconstruction queer, tu peux pas comprendre), ou quand il nous inflige un plan fixe sur Sagat et l’écrivain Dennis Cooper (tellement branché, on vous dit) écoutant une chanson de Charles Aznavour en entier (et pourtant on adore Aznavour) et tirant passablement la tronche (là encore, grande direction d’acteurs).
Le comble est atteint avec la partie new-yorkaise du film, mini-documentaire filmé avec les pieds, où l’on se touche le zizi pour tromper l’ennui. Même un étudiant de la Fémis n’oserait plus faire ça…
QUARTIER « CHAUD »
Dommage, car il y avait un sujet intéressant dans cet Homme au bain. Emmanuel, qui vit dans une barre d’immeubles de Gennevilliers, n’arrête pas de se faire draguer par une tripotée de petits mecs pas farouches qui ne pensent qu’à s’envoyer en l’air entre deux coups de fil à leur mère.
L’appartement est alors montré comme une sorte d’écrin pour ébats sexuels débridés, un refuge un peu hors du temps où les corps se laissent aller, parfois à la douceur, parfois à la violence. On perçoit à peine les bruits du dehors, du monde « normé ». C’est beau.
Cette peinture d’un quartier « chaud » (mais pas dans le sens où on l’entend généralement), cette vision gonflée de la banlieue française, sont mille fois plus intéressantes que les velléités expérimentales d’un cinéaste qui se regarde filmer. Et si on se rematait Les Chansons d’amour ?

