Homosexualité et politique de Jean-Luc Romero
Têtu par Paul Parant 09 mai 2011,
Le conseiller régional d’Ile-de-France, ouvertement gay et séropositif, s’apprête à publier un livre sur le sujet.
A cette occasion, il répondra aux questions posées par les TÊTUnautes en commentaire de cet article.

En trente ans, la question de l’homosexualité a franchi un pas immense dans la politique française.
Alors que l’homosexualité n’a été complètement dépénalisée qu’en 1982, sous François Mitterrand, une première reconnaissance des couples homosexuels, grâce au PaCS, a été inscrite dans la loi en 1999 sous Lionel Jospin, et la pénalisation des propos et des actes homophobes a été entérinée en 2004, par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Et pour l’élection présidentielle de l’an prochain, gageons que chaque candidat devra clairement se positionner sur l’ouverture du mariage et de l’adoption…
Et qui mieux que Jean-Luc Romero peut témoigner de cette transformation profonde ?
Homme de combats plutôt que de clans, bien qu’ancien secrétaire national de l’UMP, il a quitté ce parti car il était « en désaccord avec l’UMP sur toutes les questions de société » (lire notre interview plus bas).
Il est aujourd’hui conseiller régional apparenté PS.
Lui-même « outé » en octobre 2000, alors qu’il était conseiller de la campagne pour l’élection de Philippe Séguin à la mairie de Paris (finalement remportée par Bertrand Delanoë) et qu’il avait déjà prévu de faire son coming out public, c’est une autre révélation, celle de sa séropositivité, qu’il a finalement pu faire en ses propres termes.
Il est aujourd’hui président d’Elus locaux contre le sida, de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, du CRIPS Ile-de-France et membre du Conseil national du sida.
Récit et questionnaires
Dans Homopoliticus, qui paraît le 17 mai prochain (éditions Florent Massot), à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, il dresse un récit à la fois argumenté et personnel de cette évolution de la politique française.
En effet, il a pu observer et parfois vivre l’homophobie de responsables politiques, qui de nos jours assurent qu’ils sont résolument amis des homosexuels… Par intérêt ? Par la simple montée d’un discours politiquement correct ?
Dans ce livre, il publie également les réponses au questionnaire qu’il a adressé à chaque parti politique. Du Parti communiste… au Front national, tous les grands partis – à l’exception de l’UMP – ont dévoilé leur programme ou leurs positions sur les grandes questions liées à l’homosexualité et à l’homophobie.
En bonus, des vidéos de promotion du livre Homopoliticus.
Première partie, l’annonce du livre :
Jean-Luc Romero : « Pourquoi je suis candidat PS aux régionales »
Têtu par Paul Parant 04 décembre 2009

INTERVIEW. Figure politique ouvertement gay et séropo, l’ex-UMP Jean-Luc Romero a choisi de figurer sur la liste socialiste d’Ile-de-France pour les élections régionales.
Il s’en explique dans une interview en exclusivité pour TÊTU.COM.
Conseiller régional d’Ile-de-France bien connu depuis son outing, en 2000, dans un gratuit gay, Jean-Luc Romero avait longtemps été le porte-parole d’une droite gay-friendly.
Membre du RPR, puis de l’UMP dont il a été secrétaire national, il défendait la possibilité d’être de droite, ouvertement gay et séropositif…
Avant de rompre avec l’UMP, notamment en raison des positions du parti de la majorité sur les LGBT et le sida.
Alors que les militants socialistes ont voté hier soir pour les listes PS aux élections régionales de mars 2010, Jean-Luc Romero confirme en exclusivité à TÊTU qu’il sera candidat en position éligible –probablement en 4e place– sur la liste apparentée PS d’Ile-de-France.
TÊTU : Des rumeurs vous disent en bonne place sur la liste PS aux élections régionales. Le confirmez-vous ?
Jean-Luc Romero : Oui. Depuis que j’ai rejoint le groupe Radicaux de gauche et apparentés au Conseil régional, je suis en contact avec Jean-Paul Huchon (président du Conseil régional, NDLR), Bertrand Delanoë et Anne (Hidalgo, première adjointe du maire de Paris, NLDR). Il y a quelque temps, ils m’ont dit : "On va travailler ensemble pour les régionales." J’ai accepté. Je devrais être en position éligible.
Qu’est-ce qui vous a décidé à rallier le camp de gauche ?
C’était une évidence : je ne fais que continuer le travail commencé avec ce groupe.
Je suis en phase avec le programme de la gauche, à la fois sur la politique régionale et sur les grands combats de société que je mène : la lutte contre le sida, les droits LGBT ou l’euthanasie, sur lesquels je ne compte plus faire de concession.
Pourquoi avez-vous rompu avec l’UMP ?
Je suis en désaccord avec l’UMP sur toutes les questions de société.
Cette rupture date d’avant les présidentielles de 2007, la goutte d’eau étant le soutien hypocrite à Christian Vanneste, dont on nous disait qu’on allait le virer de l’UMP, mais qui ne l’a jamais été.
Puis l’absence totale de soutien que j’ai reçu quand le même Vanneste m’a poursuivi en justice (il en a été débouté,.
Quel jugement portez-vous sur le gouvernement actuel ?
Je suis très déçu de cette majorité. Tous les discours pour l’égalité et la lutte contre les discriminations n’ont été que des leurres.
Il y a un décalage entre les discours d’ouverture et les actes.
La majorité parlementaire UMP est très conservatrice, elle s’allie avec De Villiers, et au sujet de l’euthanasie, comme je l’ai dénoncé dans mon livre*, elle laisse s’exprimer des députés dont on nous dit qu’ils sont minoritaires, mais qui ont une forte influence.
De fait, le Parlement français est à la traîne sur plein de questions de société, de l’homosexualité à l’euthanasie. J’estime avoir été entendu à l’époque du gouvernement de Jacques Chirac et de Jean-Pierre Raffarin, qui avaient fait du sida une grande cause nationale. Aujourd’hui, sur ces questions, la droite est en phase de régression.
Mais puisque vous portez des combats souvent identifiés comme étant « de gauche », pourquoi vous étiez-vous engagé à droite ?
Depuis mes premiers engagements en politique, il y a presque 40 ans, je me considère comme un gaulliste humaniste.
C’est vrai que j’ai porté des combats singuliers à droite : j’étais contre la peine de mort quand ils étaient tous pour, pour les droits des homos…
Mais je ne me suis senti en très grand décalage qu’à partir des débats sur le PaCS, à la fin des années 90.
Les positions de la droite sur ces questions de société me semblent plus dures et plus violentes qu’auparavant.
Allez-vous adhérer au Parti socialiste ?
Personne ne me l’a demandé, ni au Parti radical de gauche ni au PS. Ils m’ont juste demandé de venir avec les combats que je porte, sans me poser aucune condition… sauf de soutenir la politique régionale de Jean-Paul Huchon, ce qui est normal quand on est sur la liste.
En changeant de bord politique, avez-vous l’impression de vous renier ?
Non. Je sais qu’il y beaucoup de saloperies qui sortiront.
Mais je n’ai pas l’impression que ce soit un grand changement puisque je défendrai les mêmes idées.
Depuis le PaCS, mes combats sur les questions de société, je les ai menés avec la gauche.
Il fallait que j’en tire des conclusions, en notant que Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon ont toujours été à mes côtés dans ces combats.
Et puis, j’ai commencé à soutenir la gauche quand elle a commencé à perdre toutes les élections. Je ne suis donc pas opportuniste !
* Les voleurs de liberté (éd. Florent Massot).
Propos recueillis par Paul Parant.
Jean-Luc Romero aux lecteurs de TÊTU : « Je ne retournerai pas à l’UMP »
Têtu par Paul Parant 15 mai 2011,
Vous avez posé de nombreuses questions à l’élu apparenté PS, ex-UMP, qui publie mardi le livre « Homopoliticus ».
Sur la visibilité gay en politique, Nicolas Sarkozy, l’évolution des droits, le sida… Voici ses réponses.
Dans son livre Homopoliticus, qui sort mardi (éd. Florent Massot), Jean-Luc Romero raconte, de l’intérieur, plus de trente ans d’évolution de la politique française vis-à-vis de l’homosexualité.
Lui-même ouvertement gay et séropo, le conseiller régional d’Ile-de-France avait quitté l’UMP parce qu’il jugeait sa vision de la société trop conservatrice.
Il plaide aujourd’hui pour la visibilité des questions homo (et des homos eux-mêmes) en politique.
Vous avez pu lui poser toutes vos questions. Il y répond sans détours. L’occasion de faire le point sur la politique d’aujourd’hui, juste avant le début de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012.
De traitdunion
Les hommes politiques prétendent que la vie privée ne regarde pas leurs électeurs.
Pourtant, certains, à commencer par le président Sarkozy, s’affichent de plus en plus avec leur épouse. Ne considérez-vous pas cette attitude comme homophobe, au fond ?
Nous avons dans notre société ce vieux fond, entre puritanisme et machisme.
Un homme politique n’est populaire que s’il est un homme qui multiplie les conquêtes féminines. Nicolas Sarkozy n’est pas le premier à s’afficher avec sa femme.
Il est le premier – et c’est honnête de sa part – à avoir divorcé en cours de mandat. Pour une femme politique, c’est plus compliqué.
La presse est très discrète lorsque les choses ne sont pas dites.
Qu’elles soient de nature homo ou hétéro.
Certains ministres ou parlementaires ont été reçus au plus haut niveau accompagnés de leur conjoint de même sexe.
Pas une ligne et c’est tant mieux. Il faut aussi que les politiques homosexuels et en couple jouent le jeu de la transparence.
C’est cette visibilité, cette honnêteté, qui fera avancer nos droits.
En 2001, j’ai réalisé un reportage pour VSD en compagnie de mon ami de l’époque. Cela n’a choqué personne.
De traitdunion
Vous connaissez beaucoup d’hommes politiques homos dans le placard. Diriez-vous que le monde politique compte la même proportion d’homos que le reste de la société ?
Je dirais qu’il y en a plus. Peut-être parce qu’il faut une particulière ouverture vers les autres, une sensibilité différente.
Et puis les carrières se construisent différemment, sans la constitution d’une famille. Je ne dis pas que toute la classe politique est composée d’homosexuels. Mais je dis que la proportion est sans doute plus élevée que la moyenne.
De devil57
L’article dit : « En effet, il a pu observer et parfois vivre l’homophobie de responsables politiques, qui de nos jours assurent qu’ils sont résolument amis des homosexuels… Par intérêt ? » Des noms, on peut en avoir ou vous préférez vous taire… par intérêt ?
La délation n’est pas mon fort.
A chacun de prendre conscience de son devoir de citoyen et de savoir qui sont ceux qui se présentent à son vote.
Ceci dit, je ne suis pas le dernier qu’on entend lorsqu’il s’agit de dénoncer les propos homophobes des élus, quel que soit leur parti.
Je le fais encore dans mon livre Homopoliticus.
Je rappelle que j’ai été le témoin des associations dans les deux procès contre Christian Vanneste.
Mais si vous voulez des noms, relisez la presse au temps du PaCS.
Sur le site de l’Assemblée nationale, vous pourrez aussi consulter les débats parlementaires. Vous aurez vos noms. Ou tout simplement, lisez mon livre !
LE BILAN SARKOZY
De oum-berto
Avez-vous été fasciné par le volontarisme de Nicolas Sarkozy ? Et est-ce que celui-ci vous avait apporté votre soutien dans votre combat pour une politique active face à l’épidémie du sida en France avant que vous ne quittiez l’UMP ?
Je ne me suis pas engagé pour lui, en 2007. J’avais pourtant des relations plutôt amicales avec lui auparavant.
C’est son côté libéral et pragmatique qui m’interpellait.
Les questions de société ne l’intéressaient pas particulièrement, mais il était ouvert à l’amélioration de la société. Et la rupture s’est faite aussi sur les questions de santé : j’étais et je reste opposé aux franchises médicales.
Concernant le sida, il lui est arrivé de participer aux manifestations organisées par Elus Locaux Contre le Sida.
Son côté intéressé, que je connaissais aussi, a pris toute la place lorsque la campagne présidentielle s’est véritablement engagée.
Et plus encore lorsqu’il a été élu. Et des extrémistes lui ont fait croire aux vertus d’une société qui n’existe pas et aux châtiments divins.
Bref, je n’attendais pas grand-chose de sa présidence sur le sujet. Je n’ai pas été déçu. Malheureusement, les problèmes existent et se renforcent.
Cinq années pour rien sur la question de la lutte contre le sida, après un bilan plus qu’honorable de Jacques Chirac avec la création de la taxe sur les billets d’avion, aujourd’hui un peu oubliée.
2012
De oum-berto
M. Romero, pour un nouveau gouvernement élu en 2012, quels seront selon vous les décisions prioritaires en faveur des LGBT ?
Evidemment, l’égalité des droits pour tous les couples, l’absence de discriminations. Ces droits vont du mariage à l’adoption, des facilités de transport aux pensions de réversion et la reconnaissance de l’homoparentalité qui n’est pas un débat virtuel.
Il y a des dizaines de milliers de familles qui n’ont pas les mêmes droits que les autres : c’est honteux de la part de celles et ceux qui parlent des droits de l’enfant.
Bref, une sécurisation du parcours des LGBT, de la cour de récréation à la vieillesse et à la mort, car là aussi les choses deviennent de plus en plus difficiles pour les LGBT vieillissants.
De Hina
J’aimerais savoir, selon vous, qui sera le plus apte, de par son programme, sa personnalité, sa générosité, son honneur et son empathie, à faire de notre pays un pays plus noble, plus honnête, plus libre… Meilleur, quoi. J’ai tendance à être pessimiste quant à l’avenir de notre cher pays…
Je n’ai pas de nom à livrer hormis Bertrand Delanoë mais pour l’instant, il n’est malheureusement pas candidat.
Aujourd’hui, au PS, les esprits sont certainement plus clairs pour apporter des réponses aux questions des LGBT.
Cela n’implique pas pour autant une adhésion béate. Je ne crois pas en revanche que l’UMP, aujourd’hui, ait bien saisi la soif d’égalité qui traverse notre pays, et plus encore les jeunes générations. A chacun d’entre nous, le moment venu, de voter en fonction de ses attentes et de ses espérances.
De Schlolepi
Bonjour, Premièrement, pensez-vous que, s’ils passent en 2012, les partis promettant l’égalité des droits pour les LGBT respecteront leurs engagements ? Ou ne sont-ce que de simples promesses électorales ? Deuxièmement, est-il possible qu’au cours des prochaines présidentielles, l’UMP révise ses positions concernant les LGBT ? Enfin, estimez-vous qu’à l’heure actuelle, la France est en retard par rapport à d’autres pays concernant la lutte contre le sida ?
Mon expérience me dicte de ne pas me contenter de promesses électorales. Une femme ou un homme politique ne change pas d’avis six mois avant une échéance électorale.
C’est l’ensemble de son parcours qui nous indiquera les positions qu’il tiendra et la solidité de ses convictions.
L’UMP peut revisiter ses positions, mais je n’y croirai pas.
Sur la question du sida, je n’estime pas que la France soit en retard mais elle se contente de gérer.
Je pense toujours qu’avec notre politique de traitement post-exposition et pré-exposition pour tous, nous avons une arme redoutable pour faire reculer le sida en France. Et l’accès aux traitements est possible pour tous.
Malheureusement, ce sont toutes les politiques périphériques qui mettent notre action en danger : médiocre politique de lutte contre la toxicomanie, criminalisation de la prostitution qui prive les prostitués de moyens efficaces de prévention, baisse des subventions aux associations de lutte contre le sida alors qu’il n’y a jamais eu autant de gens vivant avec ce virus, mauvaise politique en matière de distribution de préservatifs, absence d’une véritable instruction sexuelle et sanitaire à l’éducation nationale. Et, par-dessus tout, un déremboursement progressif des soins.
GAUCHE/DROITE
De Einstein
Vous étiez auparavant à l’UMP, maintenant plutôt proche du PS. Est-ce vous qui avez changé ou est-ce l’UMP qui est devenu moins tolérante à l’égard de ce que vous représentez ?
J’ai toujours dit que j’étais un gaulliste social. Je ne me suis jamais vraiment senti de droite. En tout cas, j’ai toujours été proche à l’époque de la droite sociale. Fasciné d’abord par un homme, Jacques Chirac. Je me suis laissé entrainer dans l’UMP au début de son aventure.
A la suite d’Alain Juppé, probablement, qui m’a été d’un grand soutien et que j’avais convaincu de faire participer l’UMP à la Marche des fiertés LGBT ou encore de Jean-Pierre Raffarin qui m’a écouté et a fait avancer les choses – notamment la loi sur la pénalisation des propos homophobes.
Mais cette Union est trop plurielle pour être stable dans ses convictions, et les sociaux ont perdu le pouvoir au profit des faucons et au profit de la droite la plus extrême. Donc oui, l’UMP d’aujourd’hui est moins tolérante aux différences.
Quoi qu’il advienne dans le futur, je n’y retournerai pas. Trop de déception, sur le plan politique mais aussi sur le plan humain.
Et quand je vois que le FN, qui a répondu aux questions de mon livre contrairement à l’UMP, parle de lutte contre l’homophobie, je me dis que bien des gays doivent se sentir bien mal à l’UMP aujourd’hui où les Vanneste et Myard y sont plus que jamais dominants.
De jlth
Comment être resté à l’UMP si longtemps alors que les manifestations d’homophobie au sein de ce parti, et micro-partis ou associations apparentés, sont connues depuis de nombreuses années ?
Ce que vous dites n’est pas totalement vrai. L’homophobie n’est inhérente ni à l’UMP ni à la droite. Je refuse toute forme de manichéisme.
Ce qui est vrai c’est que ce gouvernement prête trop l’oreille aux homophobes, c’est un fait. Mais beaucoup de femmes et d’hommes de droite portent aussi les valeurs de respect des différences pour lesquelles je me bats. Malheureusement, aujourd’hui, leurs dirigeants ne les écoutent pas et ne sont pas près de les écouter dans l’ambiance actuelle.
De oum-berto
Quels sont les changements importants pour les LGBT qui ont été amenés par la droite en France ?
Dernièrement, la pénalisation des propos homophobes sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, la création de la Halde (morte avec Sarkozy), la reconnaissance de la déportation homosexuelle, de la Journée mondiale contre l’homophobie, l’amélioration du PaCS et l’aggravation des peines de prison pour homophobie. Et encore plus récemment, la suppression de la transsexualité de la liste des maladies sous le gouvernement de François Fillon. Et j’en ai déjà parlé, l’action forte de Jacques Chirac en matière de lutte contre le sida, qui concerne en partie les gays, à laquelle a pris une part très active Philippe Douste-Blazy.
De oum-berto
Vos parents ayant des origines espagnoles et donc peut-être connaissez-vous assez bien ce pays qu’est l’Espagne : Comment expliquez-vous la différence de la situation des LGBT en France et en Espagne ?
Une forte volonté politique du gouvernement de monsieur Zapatero.
Une église forte, certes, mais qui s’immisce probablement moins dans les affaires publiques.
En France – fille ainée de l’Eglise – le pouvoir religieux est extrêmement minoritaire, mais il a une très forte implication parlementaire et gouvernementale. Je raconte dans mon livre sur une dizaine de pages comment l’Eglise catholique, notamment par le biais de la Basilique Sainte-Clotilde, influence nos élus.
Ainsi, nos hommes politiques, plutôt que d’écouter la voix de la majorité de nos concitoyens pour une amélioration de l’intérêt général, cèdent aux demandes d’une ultra-minorité qui défend des intérêts catégoriels.
De Numa
Jean-Luc, êtes-vous favorable à la légalisation de la GPA pour les femmes qui ne peuvent porter leur enfant (absence d’utérus par exemple) et pour les couples gays ?
Il y a des couples gays prêts à élever un enfant, mais incapables de débourser 150.000 dollars pour enrichir des agences aux USA.
Je suis favorable à tout ce qui ne nuit pas à autrui. Je suis contre les discriminations et la marchandisation du corps humain.
Il existe des pratiques de GPA qui sont justement indemnisées mais pas rémunérées.
C’est pour cela que je souhaite que la France évolue dans ce domaine.
Pour ne pas contraindre à l’exil celles et ceux qui souhaitent élever des enfants et en ont les capacités et l’humanisme.
Pour ces grandes questions de société, nous devons trouver des réponses nationales pour donner un cadre égalitaire, conformément aux principes de notre République.
Je profite de votre question pour affirmer aux sceptiques que deux hommes ou deux femmes peuvent sans aucun doute possible être des parents formidables qui élèveront des enfants baignés dans des valeurs de bonté et de respect.
De Collins
Moi je voudrais quand même réagir sur la cinquième vidéo. La légèreté avec laquelle vous parlez du Front national, dont vous vous réjouissez qu’il ait répondu à votre questionnaire, me choque.
On voit que les gays sont séduits par le discours de Marine Le Pen, qui les utilise déjà dans sa campagne.
N’y a-t-il tout de même pas un danger à traiter le FN comme un parti comme les autres, avec son passé et tout ce que l’on sait sur ce qu’il incarne !???
La forme de la vidéo prête à la légèreté, c’est vrai. Mais, je se suis désolé que sur un tel sujet vous ayez pu penser que je me réjouissais simplement que le FN, contrairement à l’UMP, ait répondu au questionnaire.
Ce n’est évidemment pas un fait de guerre pour moi !
Dans mon livre, je m’exprime à plusieurs reprises sur ce travail de séduction qu’essaie de mettre en place le FN.
Bien sûr, je regrette que certains LGBT soient dupes.
Et, ce qui me rend fou, c’est de voir qu’en quelques mois Marine Le Pen a parlé plusieurs fois de la lutte contre l’homophobie alors que l’UMP n’en parle plus.
Pire laisse des élus comme Vanneste et Myard continuer à assimiler homosexualité et pédophilie et sans réactions.
Comme vous, je n’ai aucune sympathie pour le FN que je combats depuis toujours de toutes mes forces.
SIDA
De oum-berto
M. Romero, comment pourrait-on utiliser les lois actuelles qui permettent de lutter contre les différents types de discriminations pour y inclure la « sérophobie » ? Quels changements ou précisions seront nécessaires ?
Je n’ai pas de solution-miracle. Je demande seulement que toute discrimination, quelle qu’en soit l’origine, quelle qu’en soit la justification, soit abolie dans notre pays. Y compris la discrimination sérophobe.
Peut-être faudrait-il inscrire dans la constitution l’interdiction des discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’état de santé.
De pierrotdelalune
Je souhaiterais savoir en tant que jeune séropo ce qu’il en est de quelque chose qui n’est jamais soulevé dans le cadre de l’épidémie de SIDA : les soins de thanatopraxie. Pour ceux qui ne savent pas la thanatopraxie ce sont les soins post-mortem qui sont donnés au défunts pour que lors de la veillée funèbre il ou elle n’est pas une tête de mort-vivant.
Ces soins sont au bon vouloir de la municipalité qui peut les refuser pour les défunts séropositifs. (…)
Pourquoi donc l’Etat ne fait pas une circulaire qui permettrait au séropositif décédé d’être au moins une fois traité comme tout le monde ? (…)
Cette question est l’un des sujets qui me tiennent au cœur.
L’interdiction des soins de conservation concernant le corps des malades du sida est discriminatoire et vexatoire. Et naturellement, injustifiables.
J’ai saisi le Conseil national du sida dont je suis membre et qui a demandé la fin de cette honteuse discrimination.
J’ai saisi plusieurs fois le ministère de la Santé. Sans résultat à ce jour. On m’écoute, on hoche la tête en découvrant la bêtise de ces mesures qui consistent à priver les proches de ce dernier moment d’intimité avec le défunt, mais la profession est arc-boutée sur d’anciennes théories.
En matière de sida, l’ignorance me frappe toujours, près de trente ans après le début de l’épidémie. Et la discrimination règne en maître.
De oum-berto
Mr Roméro, selon votre expérience ou celle de personnes que vos connaissez quelles sont les qualités qui permettent à un couple sérodiscordant de pouvoir durer ?
Cela fait plus de quatre ans que je vis avec mon ami qui est séronégatif.
Pour être simple, ce qui nous fait durer : beaucoup d’amour et les préservatifs.
« Homopoliticus » : les bonnes feuilles du nouveau livre de Jean-Luc Romero
http://yagg.com/2011/05/16/homopoli…
Publié par Christophe Martet
Extrait du Chapitre : « Je suis un homopoliticus, et alors ? »
« J’ai personnellement vécu le rapport complexe de certains militants communistes avec l’homosexualité.
Ce souvenir se situe à la fin des années 1980.
En 1989, le RPR me parachute pour conduire la liste gaulliste aux élections municipales de Bobigny, l’un des bastions du parti communiste en Seine-Saint-Denis.
Ayant été élu conseiller municipal et président du groupe d’opposition, j’assiste avec mes collègues au premier conseil municipal qui suit les élections municipales.
Alors que l’entrée de la salle du conseil est strictement réservée aux proches du maire PC, Georges Valbon, et aux militants de son parti – le public ordinaire n’a le droit d’assister à cette séance inaugurale que dans le hall d’entrée où un écran a été mis en place –, je retrouve derrière moi une petite dizaine de personnes visiblement en service commandé et qui ne cessèrent de faire des allusions à mon homosexualité supposée – sans en faire un secret, je ne l’avais pas encore rendue publique – durant toute la séance.
Pendant cette campagne électorale, puis les suivantes à Bobigny, je retrouvais toutes mes affiches couvertes régulièrement de la même inscription : Pédé. J’eus même droit à un « Sale tante ». Un soir, je surpris personnellement les militants PC prenant un immense plaisir à barioler de rose mes affiches…
À l’époque, comme je l’ai raconté dans On m’a volé ma vérité [15], je dus même changer mon numéro de téléphone et me mettre sur la liste rouge tant les messages anonymes inondaient mon répondeur.
Dès mon élection en 1989 dans le chef-lieu de la Seine-Saint-Denis, je ne manque pas une occasion de rappeler la nécessité pour notre ville de s’investir dans la lutte contre le sida.
Cela fait sourire plus d’un élu du conseil, car, pour certains d’entre eux, seul un homosexuel peut alors s’intéresser au sida – on était pourtant en 1989, huit ans après les débuts officiels de la pandémie !
Il faut d’ailleurs attendre 1995 et l’élection d’un nouveau maire, soit six ans après ma première élection, pour que la ville prenne enfin en compte la lutte contre le sida dans sa politique – la Seine-Saint-Denis était pourtant le troisième département métropolitain le plus touché par le VIH.
Il faut reconnaître que le nouveau maire, Bernard Birsinger, était d’une nouvelle génération. Il a toujours – et je sais qu’il a subi remarques et pressions de certains de ses amis de la majorité –, soutenu l’action d’Élus locaux contre le sida (ELCS) [16].
Durant mes douze années de mandat, je subis le harcèlement judiciaire d’une maire adjointe communiste qui m’accusait à tort de l’avoir traitée de folle et de menteuse en conseil municipal.
Elle perdit tous ses procès contre moi et me garda une haine tenace. Lors d’un conseil municipal, elle se crut très spirituelle de lancer : « Monsieur Romero, je sais que vous n’aimez pas les femmes, mais ce n’est pas une raison pour me couper la parole… »
Cette sortie provoqua un fou rire général comme jamais le conseil municipal – souvent tendu – n’en avait connu.
Enfin, lors des élections municipales de 1995, mon directeur de campagne est mon fidèle ami Philippe Lohéac.
Des militants communistes s’amusaient souvent à nous accueillir bruyamment sur les marchés d’un tonitruant : « Eh bien ! voilà Roméo et sa Juliette ! »
Aujourd’hui, avec ces anecdotes vécues sur le terrain, je ne mets évidemment pas en doute le combat actuel sans concessions du PC contre l’homophobie, mais je ne peux oublier qu’une élue communiste a régulièrement tenu des propos blessants et homophobes à mon égard pour le grand plaisir de quelques militants communistes qui s’installaient derrière moi – cela était à l’évidence organisé – et ne rataient jamais une occasion de me traiter de « sale pédé ».
C’était en 1989 dans un fief communiste et au début des années 1990 ! Hier, presque ![15] On m’a volé ma vérité – Le Seuil – 2001.
[16]. Élus locaux contre le sida (ELCS) est une association que j’ai créée en 1995 avec notamment Philippe Lohéac pour mobiliser les élus dans la lutte contre le sida, et dont Sheila est la présidente d’honneur.
L’association réunit 14 000 élus de toutes tendances et tente de maintenir un bruit de fond autour du sida. J’en suis à mon 16e tour de France contre le sida afin d’entretenir la mobilisation des élus. En 2011, plus de 33 millions de personnes vivent avec le sida dans le monde – 160 000 en France – et 2 millions en meurent tous les ans (www.elcs.fr).
Extrait du chapitre : « Des années sida au vote du PaCS »
« L’homosexualité était une question de société qui faisait enfin débat dans tout le pays. Mais aussi et surtout de plus en plus consensus.
Au grand dam de Christine Boutin qui ose déclarer : « Toutes les civilisations, qui ont reconnu et justifié l’homosexualité comme un mode de vie normal ont connu la décadence. » On aimerait d’ailleurs savoir à quelle société la pasionaria anti-PaCS fait allusion ! Ceci dit, même la très pieuse Boutin reconnaît que ce débat a « décrispé le tabou de l’homosexualité en France » allant même jusqu’à reconnaître à l’occasion des dix ans du PaCS que « l’homosexualité n’est plus regardée de la même façon en France ».
Et pourtant, au Parlement – à l’Assemblée nationale comme au Sénat –, l’évolution de l’opinion ne touche toujours pas les élus qui vont en plus commettre bien des dérapages verbaux : « Les pédés, je leur pisse à la raie ! » éructe Michel Meylan, député de Haute-Savoie, à la buvette de l’Assemblée en plein débat sur le PaCS. « Alors, stérilisez- les ! » ose un autre député RPR dans l’hémicycle le 7 novembre 1998. Propos attribués par le Journal officiel à l’actuel ministre UMP Pierre Lellouche, ce qu’il démentira plus tard. […]
Éric Doligé, député du Loiret, n’hésite pas à amuser ses collègues en demandant sérieusement : « Peut-on imaginer une société composée de couples d’hommes et de femmes ? Qu’on m’explique alors comment seront conçus les enfants ! » poursuivant « l’homosexualité est un fait, qui n’est pas à combattre, mais sa propagation et sa publicité le sont ».
Dans la même veine, l’ancien ministre Christian Estrosi, actuel député-maire UMP de Nice, ne fait pas dans la dentelle : « Ce projet est pernicieux car il déstabilise la société. Alors que les jeunes n’ont plus de valeurs, que de plus en plus de jeunes tuent, violent, volent… » et, en écho, son collègue du Val-d’Oise, Philippe Houillon, répond péremptoire : « L’engrenage est irréversible et c’est celui de la décadence ». Rien que ça !
« Si un jour, il me venait l’idée de me pacser avec un homme, je comprendrai que mon épouse ne veuille pas que j’aie la garde de ma fille », assure crânement Jean-Claude Lemoine, député de la Manche. Et Jacques Myard des Yvelines, jamais à court d’une provocation pour s’illustrer auprès des médias – il est affublé du surnom M. Communiqué par les journalistes parlementaires : « Vous allez accorder des droits et des créances sur la société à des gens qui ne lui apportent rien […], c’est la pagaille mentale qui vous caractérise », lance-t-il aux socialistes qui, selon lui, « se reconnaissent dans la décadence ».
Bernard Seillier va jusqu’à prédire que le PaCS « quête pathétique des homosexuels à l’égard du mariage allait précipiter la société vers une aggravation de ses pathologies déjà perceptibles par la drogue, les suicides… » Nous voilà revenus au fléau social du bon député gaulliste Mirguet !
L’ancien ministre et président du conseil général des Hauts-de- Seine, Patrick Devedjian, se ridiculise en estimant naïvement que ce texte est « dangereux » car « il y aura d’un côté les homosexuels qui souhaitent conserver le secret de leur intimité, renonçant aux droits ouverts par le PaCS ; d’un autre côté, ceux qui, pour bénéficier de ces droits, seront obligés de se déclarer publiquement. C’est l’institutionnalisation de l’outing ».
Un bon pédé, pour maître Devedjian, c’est encore et toujours un pédé qui se cache…
En 2011, M. Vanneste signerait des deux mains un tel argumentaire !
Sans oublier le vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon – pour faire court et simple Philippe de Villiers – qui prédit avec la mise en œuvre du PaCS « le retour de la barbarie ». En bon chouan, il n’a heureusement pas osé nous prédire le retour de la terreur et des exécutions sommaires suite à la création du PaCS.
Extrait du chapitre : « Du Pacs aux élections présidentielles de 2007… »
« 2002. Les temps ont changé. Vraiment ! Les Français aiment le PaCS et surtout les élections présidentielles approchent à grands pas ! Elles sont programmées pour les dimanches 21 avril et 5 mai.
Le président sortant, et surtout le futur candidat, ne peut manquer d’avoir à l’esprit le camouflet qu’ont été pour lui les élections municipales de Paris, un an plus tôt. Une ville qu’il a si bien connue en ayant été le premier maire élu de la capitale.
En effet, aux élections municipales de mars 2001, pour la première fois, un vote communautaire LGBT va sanctionner très sévèrement la droite aux élections municipales de Paris.
Alors que la capitale concentre plus de 10 % de Parisiens homosexuels5, l’immense majorité d’entre eux, blessés par les propos odieux de certains élus RPR durant les débats parlementaires mais aussi excédés par le vote unanime contre le texte de l’ensemble des élus parisiens de droite et du centre, vont voter massivement pour Bertrand Delanoë.
Ils vont se mobiliser contre Philippe Séguin qui avait pourtant tenté de rattraper le tir au début de sa campagne en donnant, sur mes conseils, une interview au magazine gay gratuit Illico – sans oublier son message à la Gay Pride.
Contre Jean Tibéri ensuite, qui aura refusé, durant tout son mandat de maire, de 1995 à 2001, de subventionner les associations homosexuelles qui rendaient pourtant bien des services à un nombre croissant de Parisiens et jouaient dans de nombreux domaines – notamment la lutte contre le sida et contre les discriminations – un réel rôle de service public.
Contrairement à ce que certains observateurs ont écrit à l’époque, si les LGBT ont, pour la première fois voté massivement, et donc de manière communautaire, pour le candidat socialiste, ce n’est pas parce qu’il est lui-même homosexuel – le croire serait penser qu’un homosexuel ne raisonne pas –, mais bien pour sanctionner celles et ceux qui, à droite, avaient montré tant d’homophobie et d’intolérance. Un bien juste retour de bâton.
Alors qu’à l’époque, j’étais toujours un élu RPR, ce fut la première fois de ma vie que je votais pour un candidat socialiste.
Je ne m’en vantais pas publiquement, mais ce fut pour moi un vote éthique que je partageais avec beaucoup de mes proches.
Et aussi mon premier pas vers une gauche qui entend mieux les demandes d’égalité des LGBT. Je fus d’ailleurs étonné de constater que, dans mon propre entourage, tous mes amis gays – même les plus fidèles à la droite parlementaire ! – firent de même en 2001.

