Têtu par Louis Maury 15 novembre 2011,
On croyait ne jamais voir le film en salle en France !
Et pourtant, « Howl », avec James Franco, signé Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sortira le 1er février prochain après avoir fait le tour du monde des festivals gays et lesbiens.
Présenté en première européenne au festival de Berlin 2010, tourné pendant l’hiver 2009, Howl va enfin trouver le chemin des salles françaises.
Ce film est centré sur l’histoire du jeune Allen Ginsberg (incarné par James Franco, ci-dessus à droite) et son long poème Howl, initialement publié en 1957.
La première édition, tirée à 520 copies, fut saisie par la police, et son éditeur Lawrence Ferlinghetti jugé devant le tribunal pour « distribution de littérature obscène ».
En toile de fond de ce procès, Epstein et Friedman s’intéressent à la vie sentimentale de Ginsberg, bisexuel, mais aussi à son attachement à Jack Kerouac et à la maladie mentale de sa mère.
Avec des thèmes très actuels sur les limites de la liberté d’expression, fiction, poésie et réflexion se mêlent dans ce film qui n’est pas un biopic de Ginsberg.
Fiction, poésie et réflexion
Produit par Gus Van Sant, Howl est réalisé par un duo qui s’est fait connaître grâce à des documentaires phares de la vie LGBT.
Rob Epstein et Jeffrey Friedman ont ainsi signé les excellents The Celluloid Closet, The Times of Harvey Milk et Paragraph 175.
Ils préparent actuellement un biopic sur la vie de Linda Lovelace, l’une des premières célébrités à avoir émergé dans le monde du porno.
À l’âge de 23 ans, cette ancienne prostituée entrera dans l’histoire en tenant la vedette dans Deep Throat (1972), long métrage qui a fait fortune au box-office et qui est devenu un manifeste de la libération des moeurs aux États-Unis.
C’est Amanda Seyfreid (la fille de Meryl Streep dans Mamma Mia) qui tiendra le rôle.
Au casting de Howl, aux côtés de James Franco, on croise l’excellent David Strathairn, Mary-Louise Parker (Weeds) et Jon Hamm (Mad Men).
Le hurlement gay de James Franco sort aujourd’hui en salles
Têtu par Louis Maury 15 février 2012,
Soutenu par Gus Van Sant comme producteur et l’acteur James Franco, ce film inclassable tente le pari osé de mettre la poésie au centre d’un film.
En abordant les thèmes comme la liberté sexuelle, « Howl » revient avec beaucoup d’originalité sur un célèbre scandale littéraire.
Le titre surprendra ou intriguera. En français, « howl » signifie hurler.
Le 7 octobre 1955, le jeune poète Allen Ginsberg lit devant une foule de jeunes gens médusés à la Six Gallery de San Francisco un poème sur ses amours déçues et son sentiment de désillusion.
Il va parler sans ambages de ses amours homosexuelles, des paradis artificiels, de l’étouffement qu’il ressent dans l’Amérique de l’après-guerre.
Deux ans plus tard, après que l’éditeur Lawrence Ferlinghetti a publié l’oeuvre, un procès pour obscénité s’ouvrait contre ce poème devenu une sorte de symbole de la « beat generation ».
James Franco excellent
Rob Epstein et Jeffrey Friedman ont fait un pari un peu fou.
Non pas celui de retracer linéairement l’histoire de cette création et de ce procès, mais plutôt d’en saisir l’esprit et l’essence par une fiction presque expérimentale.
Howl, le film, est empreint de l’esprit du poème tout en étant construit sur quatre temporalités qu’on peut distinguer par le traitement visuel : l’interview de Ginsberg et le procès de son œuvre sont en couleur, son passé est en noir et blanc et son poème est mis en image par de l’animation.
Et on se laisse transporter dans les différents univers tout doucement, comme emporté par une danse hypnotique.
James Franco est excellent en Ginsberg dont il capte le côté cérébral, lunaire et même temps irrésistiblement attirant.
Mais le parti pris graphique et scénaristique de Howl en irritera aussi beaucoup.
Car il peut donner l’apparence d’une explication de texte un peu ampoulée.
« La poésie ne peut pas se traduire en prose.
C’est ce qui fait qu’elle est poésie », dit un personnage.
C’est peut-être aussi l’autre défi : tenter de transfigurer la poésie en cinéma.
Mais dans un univers cinématographique souvent frileux, ce film original, bien produit et soutenu par de très solides seconds rôles (Jon Hamm de Mad Men, Mary-Louise Parker de Weeds, David Strathairn) vaut le détour.
Après avoir attendu plus de deux ans une sortie française…
Howl
Un film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Avec James Franco, Jon Hamm, Mary-Louise Parker, Todd Rotondi, Jon Prescott et David Strathairn. 1h34

