:

Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Bas
agrandir le texte réduire le texte texte normal imprimer envoyer l'article par mail

Hypersexualisation : abandonnons-nous nos enfants ?

d’après "l’exemple" canadien

HETERHOMO : la conclusion est bonne : il faut aussi leur parler d’amour. Eh oui, il faut surtout leur parler d’amour.

Hypersexualisation : Le Québec abandonne-t-il ses enfants ?

DOMINIC DESMARAIS. Volume 14-1, octobre 2005

Veut-on vraiment régler le problème de l’hypersexualisation ?
Les différents acteurs concernés par la problématique se renvoient la balle.

Paul Trottier, vice-président de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), ne veut pas que l’hypersexualisation serve de prétexte à renforcer les lois.
Il s’accommode de l’état actuel. « Je ne veux pas d’une société où tout est réglementé.
En même temps, je suis très conscient qu’il y a un problème d’hypersexualisation du corps des jeunes filles. »

École, hypersexualisation et sexualité des jeunes

Que peut faire l’école ?
M. Trottier s’est battu contre l’homophobie à l’école en usant de son poste au Conseil de la commission, le fera-t-il pour aider les élèves ?
« Ce qu’on veut, c’est créer un environnement propice pour qu’ils apprennent la sexualité.
En faisant de la restriction, on n’avance pas.
Quand t’es jeune, souligne-t-il, t’aime outrepasser les règlements. Plus ils sont sévères, plus tu as envie de sauter ces barrières-là. »

Le vice-président a en horreur tout ce qui limite les libertés.
Il ne sait toujours pas s’il va agir dans le dossier de l’hypersexualisation mais il est catégorique sur un point : « Si la plupart des établissements appliquaient un code de vie hyper restrictif, je m’en inquiéterais. Et peut-être, à ce moment-là, j’interviendrais. »

L’homme oscille entre le sexologue de formation qu’il est et l’ouverture d’esprit caractérisant sa personnalité.
À ses yeux, tous les acteurs gravitant autour des jeunes filles doivent s’impliquer. « L’école a un rôle à jouer, reconnaît-il. Mais elle n’est pas la police. »

Cours d’éducation sexuelle

M. Trottier cherche une solution. « Les parents s’en foutent souvent, il n’y a pas de cours d’éducation sexuelle, les écoles ont peu de moyens…
C’est une lourde responsabilité et personne ne peut prendre ce poids sur ses seules épaules. »
Avec son nouveau programme, le Ministère abandonne le cours de Formation personnelle et sociale (FPS), cours dans lequel s’inséraient quelques heures de formation sur la sexualité.
Au ministère de l’Éducation, on préfère prioriser l’essentiel comme la langue, les mathématiques et l’histoire.

Le Ministère se dit préoccupé par l’éducation de la sexualité.
Mais sur ses 1506 fonctionnaires, personne ne s’est penché sérieusement sur la question de l’hypersexualisation.
Paul Trottier le confirme : il ne sent pas cette préoccupation du ministère de l’Éducation.
« Pour outiller les intervenants afin d’intégrer l’éducation à la sexualité dans leur action auprès des jeunes », le Ministère a demandé à Francine Duquet, sexologue, de rédiger un document.
Il remplacera le cours de FPS. Le Ministère considère les cours de français, d’enseignement moral ou de science et technologie, comme des matières compatibles avec l’objectif de sensibiliser les jeunes à la sexualité.
Le Ministère se donne comme défi de permettre aux jeunes d’avoir une réflexion juste, critique et sensible à propos de la sexualité et de son expansion.

Jeune et sexualité

Philippe, enseignant en 6ème année primaire, se demande bien comment il pourra permettre aux jeunes d’avoir une réflexion juste et critique à propos de la sexualité.
« Faudrait vraiment qu’on soit formés sur quoi répondre aux enfants ,parce qu’on le sait pas. Alors, on aime mieux rien dire.
L’enfant pense qu’on s’en fout, alors il prend ça pour acquis », dit-il en acceptant une partie du blâme.
« C’est trop complexe. Comment j’arrive à gérer ma sexualité, c’est une chose. Gérer celle d’une autre personne, c’en est une autre. Moi, si une jeune effleure le sujet, je l’esquive parce que je ne suis pas capable de répondre. »

Le manque de formation masque un problème plus grave dans les écoles : le rapport enseignant masculin et élève féminin.
« Depuis que j’ai commencé, il y a 8 ans, je n’ai jamais parlé de sexualité.
Parce que je suis un gars. Je vais avoir des problèmes. Je vais me faire congédier.

Jamais, jamais, je vais parler de ça.
Quand tu apprends que des profs ont ruiné leur carrière parce qu’une petite fille a menti, as-tu le goût de tenter la chance ? Je pense que je ne suis pas le seul », déplore Philippe.
« Je ne sais pas c’est quoi, la solution. C’est vraiment un sujet tabou parce qu’on est au primaire : on parle de pédophilie. »

« Je me mets à la place d’un enseignant, pas sûr, moi non plus, que je leur répondrais, aux jeunes », avoue le vice-président de la CSDM. 
« Les plaintes de nature sexuelle non fondées, c’est un sujet très sérieux pour l’Alliance des enseignants. »

Un personnel masculin qui se défile, mais encore ?
Le manque de ressources ne faciliterait pas la tâche d’éduquer les élèves sur la sexualité.
« Des professionnels dans les écoles, il y en a très peu.
Quand l’école a un peu de moyens, elle va peut-être prioriser d’autres professionnels qu’un sexologue ou un psychologue
 », confirme M. Trottier.

L’école peut-elle répondre aux besoins des enfants sur la sexualité ?

Paul Trottier répond par une question. « Est-ce que c’est le rôle de l’école ?
On peut nous faire porter bien des choses…
Notre mission, c’est d’instruire, de socialiser et de qualifier.
Dans ces trois mots-là, on peut mettre pas mal ce qu’on veut », explique M. Trottier qui ne sait pas s’il mettra sur pied un comité de la CSDM pour se pencher sur la question.
Philippe en rajoute. « Si la société dit que c’est un problème criant, faites de quoi ! Ne demandez pas à des profs de régler le problème », s’insurge le jeune enseignant.

Le ministère de l’Éducation semble peu préoccupé, la Commission scolaire ne sait si elle va agir et les enseignants ne peuvent répondre aux besoins des enfants.
Et les principaux intéressés, les parents ? « Les mères, les pères aussi, pourquoi ils acceptent si facilement ça ? se demande le Dr Baltzer qui en voit de toutes les couleurs à sa clinique pour adolescents.
« Parce qu’on est dans une époque où on essaie d’atteindre l’idéal de laisser décider nos enfants. On est plus capables de dire non », suggère-t-elle.
Ce qui expliquerait, notamment, l’existence d’un marché pour les strings offerts aux fillettes.
À 10 ans, on ne prend pas la décision d’acheter des sous-vêtements.

« Souvent, on me demande de donner un conseil aux parents d’ados…
Tu peux pas changer ton discours du jour au lendemain.
Si tu n’as jamais parlé et là, tu te décides…
Ils ne t’écouteront pas si tu ne leur as jamais parlé.
En communiquant dès le début, tu lui transmets des valeurs qui font qu’il a une estime de soi. C’est comme ça que tu préviens des dérapages », affirme la directrice de la clinique pour adolescents.

_
Sexualité et mouvement féministe

Le Dr Baltzer cible d’autres fautifs. Le mouvement féministe.
« Il y a eu un temps où le corps féminin était utilisé partout.
C’est disparu, mais là c’est revenu. Va-t-il y avoir un autre mouvement féministe qui va régler le problème ? Mais le dernier mouvement, comment a-t-il pu laisser aller les choses ? »

« Ce qu’on a probablement manqué, c’est de créer un homme fort.
Un modèle épanoui. Parce que pour que ce soit si facile de faire retomber la femme dans un objet sexuel… »
Mme Baltzer n’a pas besoin de terminer sa phrase. Tout est dit.
La femme d’aujourd’hui est un objet sexuel.
Ce que le médecin ne peut accepter. Échaudée par certains journalistes qui détournent la question au profit du sensationnalisme, Franziska Baltzer n’en poursuit pas moins son combat.

« Ne rien dire, c’est lâche. Peut-être que j’irai nulle part avec ma croisade… », explique-t-elle en haussant les épaules.
« Mais rien faire… Ceux qui font les émissions de télé, ils sont capables de rejoindre la masse. Je suis optimiste. »
Son sourire est sincère, ses yeux déterminés. Les réseaux de télé lui donneront-ils raison ?

Hypersexualisation et féministe

Jocelyn Deguise ne le pense pas. 6 ans passés à Musique Plus, la chaîne des 12 – 24 ans, lui ont fait comprendre que la télévision, en 2005, a délaissé la notion de conscience.
« Musique Plus n’est pas un parent. C’est un business.
Aujourd’hui, ils diffusent n’importe quoi. Ils se disent que c’est possible de voir tout ça sur Internet.
Oui, il y a une déresponsabilisation.
C’est un peu comme donner des armes aux jeunes et dire que c’est aux parents de s’en occuper.
 »

Malheureusement, Pierre Marchand, président et fondateur de Musique Plus, n’a pu donner sa vision, son horaire ne lui laissant pas le temps de rencontrer Reflet de Société.
Le ministère de l’Éducation, l’école, les parents, la télévision, Internet… Ceux qui, comme le Dr Baltzer, veulent s’attaquer au phénomène de l’hypersexualisation auront fort à faire.

Le sexe banalisé ?

Dominic Desmarais Vol 14.1 Octobre Dossier Britney Spears. Sexe récréatif, concours de fellations, gangbangs ; des jeunes expérimentent leur sexualité dénuée de tous sens. À qui la faute ?

C’était au milieu des années 1990. Le SIDA terrorisait la population.
Campagnes de sensibilisation par ci, publicités par là, le mot était donné : la fin justifiait les moyens pour résoudre ce fléau.
Les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les vedettes, tout était mis en place pour renseigner les gens sur les méfaits de cette maladie.

Sexualité des jeunes

Avec le recul, certains se demandent si cette campagne n’aurait pas créé un monstre.
C’est du moins l’avis de Jocelyne Robert, sexologue, qui traite de ce problème dans son livre Le sexe en mal d’amour.
« L’ampleur de la menace et l’obligation de se doter d’une protection efficace interdisaient que l’on s’embarrasse de pudeur…
Pour obtenir des résultats palpables, on n’y allait plus par 4 chemins dans les approches préventives.
Au diable les habituelles précautions liées à l’âge ou à la maturité des intéressés.
Un chat s’appelait un chat, une sodomie une sodomie, une fellation une fellation.
Toute cette crudité délibérée a engendré un nouveau discours sexuel : omniprésent, obsédant, froid… »

En ne parlant que de sexe, pour atteindre l’objectif louable de limiter l’étendue du sida, la société aurait mis ces images dans l’inconscient de tous.
En parler ouvertement, abondamment, aurait-il eu un effet néfaste ? Celui de nous faire penser au sexe continuellement ?

Le sexe est partout

« Les jeunes apprennent ce qu’on leur montre.
Et ce qu’on leur montre, c’est que le sexe est partout.
Le sexe est très fort. Pour vendre un char, tu as une pitoune », se scandalise Franziska Baltzer, de la clinique pour adolescents de l’Hôpital de Montréal pour enfants.
« Et on se demande comment ça les jeunes ont appris le sexe comme moyen de communication », dit-elle, les yeux vers le ciel.

Hypersexualisation

Les ados suivent le courant, celui d’une société où la différence entre les générations s’amenuise, gracieuseté de cette sexualité rassembleuse.
« On ne sait plus c’est quoi, les générations.
Les enfants, qui devraient être des enfants, sans sexe, sont déjà mis dans du linge sexy, déjà stigmatisés comme êtres sexuels », raconte le Dr Baltzer qui se dit surprise de voir ses jeunes patients les poils pubiens rasés.
« Ils enlèvent les signes physiques de maturité pour ressembler plus à des enfants. C’est véhiculé par des adultes.
Qui les emmènent se faire enlever les poils pubiens ?
Qui ne veut pas l’expliquer à sa fille ? »

Mme Baltzer a constaté cette épilation généralisée il y a 3 à 5 ans.
« Ils disent que c’est pas beau, pas propre, pas hygiénique. Ils ont appris ça je ne sais où. » Le mythe de l’éternelle jeunesse est tenace. L’image fait foi de tout.

Message sexuel : Musique Plus et les Spices Girls

Jocelyn Deguise, réalisateur-pigiste, a commencé son apprentissage à Musique Plus en 1989.
Il y est demeuré 6 ans. Suffisamment pour sentir l’évolution de cette chaîne. Il a remarqué ce glissement vers le message sexuel. « Je pense que l’explosion, c’est les Spice Girls. Tu vendais pas juste une séduction, tu vendais l’image : tu vends pour que les filles les imitent.
Tu ne fais plus rêver au prince charmant, tu dis regarde la princesse, c’est à ça qu’elle ressemble, c’est ça qu’il faut que tu sois. Comme ça, c’est toi qui vas choisir ton prince charmant. Grâce au girl power.
 »


Britney Spears et le sexe

« Ça commence toujours à partir de rien. Britney Spears, c’est cute, la fille se dit elle a 2 ans de plus que moi et elle chante, je m’associe à elle.
Sauf que Britney a changé. Elle a vieilli…
À l’époque, il n’y avait pas vraiment d’implication sexuelle dans les vidéos.
Encore moins venant d’un groupe qui s’adressait aux ados.
Aujourd’hui, on regarde ce qui se fait de controversé pour faire encore plus controversé.
C’est un marketing orchestré pour mieux vendre.
 »

Le baiser de Madonna et Britney Spears

Un marketing centré sur le sexe. Le sein de Janet Jackson au Super Bowl de 2004, le baiser entre Madonna et Britney Spears dans un gala à heure de grande écoute, la bande-vidéo des ébats sexuels de Paris Hilton.
Aujourd’hui, un élément rassemble toute la société : le sexe.

HETERHOMO : quand il s’agit de filles entre-elles ou de garçons entre-eux, ça permet de lutter contre le tabou hétérosexiste et c’est un net progrès que nous apprécions, pour une fois qu’on pense à ces enfants qui se sentent déjà homo-amoureux dès 7 ans et qui souffriraient de l’omerta bien pensante. Ceci dit on pourrait en parler mieux !
Problème : qui ose parler de ce sujet en "normal, naturel et égal " dès le CM1 ?


Du sexe pour tous

« T’as trouvé quelque chose qui va t’amener toutes les générations.
Tout le monde, peu importe le sexe. Tant que ça va faire de l’argent, ça ne changera pas.
Sauf si les jeunes réalisent qu’ils se font avoir, ils vont boycotter. Les ados n’ont pas cette maturité pour comprendre ça. Mais beaucoup d’adultes ne l’ont pas non plus », désespère Franziska Baltzer qui craint d’assister à une société divisée en deux extrêmes.
Un bout de chemin en ce sens a été fait.
« L’anorexie est extrêmement présente, de plus en plus jeune ; de l’autre, l’obésité est de plus en plus grande. Même chose pour la religion. Athée ou fondamentaliste.

Il va y avoir un clivage poussant les 2 aux extrêmes. » Le sexe, omniprésent, rassemble et divise. Nous en sommes là.
Une sexualité qui s’expose partout et pour tous.

Cours de striptease et danse érotique

Dossier Sexualité Claire Gaillard, Volume 16 no 1. Octobre 2007

Aux traditionnelles séances d’aérobic, certaines femmes préfèrent aujourd’hui les cours de striptease et de danse érotique qu’elles jugent plus stimulants et tout aussi efficaces.
Dans la même veine, les réunions tuperware ont été délaissées au profit de partys sex-toys.
Ce qui était considéré comme des pratiques marginales est maintenant à la portée de tous ceux et celles qui voudraient pimenter leur vie sexuelle et personnelle.
La forte médiatisation de ces attitudes et la prolifération des supports pornographiques les ont érigées en modèles de référence.
Un pas en avant selon certains, deux pas en arrière estiment d’autres.

Femme et sexualité

Des décennies de lutte féministe ont évacué les images de la femme au foyer soumise et procréatrice.
Aujourd’hui la femme peut contrôler son corps et sa sexualité.
Elle a le droit et la possibilité de tout explorer.
Pour quelques dizaines de dollars, Madame Tout-le-monde peut prendre des cours de striptease ou de danse poteau.
Elle peut s’initier à l’érotisme du tantra, au massage sensuel en couple et améliorer ses techniques pour donner encore plus de plaisir à son partenaire.

Cours de striptease

Les élèves de Velma Candyass, professeure de striptease et de danse cabaret du studio Joytoyz de Montréal, ne sont ni des prostituées ni des danseuses nues.
Ce sont des femmes de tous âges, de milieux social et professionnel variés. Elles s’inscrivent aux cours comme d’autres vont au gym ou chez un psychologue, ou simplement pour réaliser un fantasme privé.
« Il n’y a rien de sale ou de vulgaire, précise une élève de 22 ans.
On a beaucoup de fun, il y a une très bonne ambiance, on fait de l’effort physique mais ça peut nous servir dans la vie privée.
Je me sens juste bien quand je pars d’ici
. »

Danse érotique

« Quand on pense à la danse érotique, on imagine tout de suite sa dimension professionnelle, selon Velma.
Mais c’est comme de la thérapie corporelle. Il s’agit de découvrir un autre côté de soi. En général, les filles qui viennent en classe veulent explorer leur sensualité, leur corps et les mouvements. C’est plus comme un cours de danse pour elles. »
C’est le cas d’une autre de ses élèves, qui pratique aussi la salsa, et qui voit les ateliers offerts par Joytoyz comme une approche artistique originale.

Épanouissement sexuel ?

Selon la chercheuse Sandrine Ricci, de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM, l’épanouissement sexuel fait de plus en plus partie d’une quête de croissance et d’épanouissement personnel.
Les femmes n’agiraient cependant pas complètement de leur propre gré.
« On parle toujours de libre choix mais avec tous les stéréotypes inaccessibles dont on nous bombarde, ce n’est pas si facile.
Les femmes sont sous le joug de normes de beauté et de comportement. »

D’après Francine Duquet, professeure de sexologie à l’UQAM, si de tels cours ont autant de succès, c’est que « les adultes ne sont pas à l’abri de la banalisation de la sexualité.
La médiatisation du phénomène, la libéralisation des mœurs et le déclin de la religion ont engendré une dégradation des valeurs morales en ce qui concerne la perception des autres et de soi.
Ce qui était tabou hier est devenu banal. La majorité des gens ne se choquent plus de rien.
On suppose que les adultes agissent avec discernement, mais ils baignent aussi dans l’univers de l’obsession de la beauté et de la performance. »

Érotisation et hypersexualisation

Les femmes n’auraient pas échappé au phénomène d’érotisation de la société. Reste à savoir dans quelle mesure elles en seraient victimes.
« L’hypersexualisation est une tendance lourde à ramener l’identité des individus à leur seule dimension sexuelle », définit le sexologue et enseignant au cégep de Sherbrooke, Alain Desharnais.
La sexualité serait devenue plus qu’un élément accrocheur dans la publicité, les clips musicaux et les émissions de téléréalité.
La valeur de chacun se mesurerait, de plus en plus, à ses capacités de séduction, à ses performances sexuelles et, par la même occasion, à son apparence physique.

« Pour être bien dans sa peau et dans sa vie, pour être in et échapper à la ringardise […], il faut adopter de nouvelles pratiques sexuelles et consommer les produits de l’industrie du sexe : films, gadgets sexuels, etc. », écrivent Richard Poulin et Amélie Laprade, respectivement sociologue-chercheur à l’Université d’Ottawa et sociologue-analyste de recherche à Santé Canada, dans leur texte « Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes » sur le site Internet Sysiphe.
« Il faut oser tout essayer et apprendre à aimer la sodomie, l’éjaculation faciale, la double ou triple pénétration, le triolisme, l’échangisme, etc. »

Sexe récréatif

Exit le modèle du sexe reproducteur ou romantique, l’ère nouvelle serait au sexe récréatif.
Et selon Sandrine Ricci, celles qui osent questionner les stéréotypes sexuels sont seulement des filles « plates », frustrées, voire moralisatrices.
« C’est ce qui a toujours été dit des féministes, indique-t-elle.
Aujourd’hui, on ne peut pas être autrement que sexy.
Je vois ça comme une perte de pouvoir parce qu’il faut correspondre à des stéréotypes pour faire sa place. »

Même son de cloche chez la chef de service en leadership et coordinatrice du projet de recherche sur la sexualisation précoce du YWCA de Montréal, Lilia Goldfarb, qui croit que « la valeur des femmes est de plus en plus tributaire de leur degré d’apparence et de sexualisation. Paraître est plus important qu’être. Si on ne veut pas embarquer dans la vague de “l’épanouissement sexuel”, on est vieille et démodée. »

Les femmes ne profitent pas de leurs acquis pour se faire valoir autrement, par leurs connaissances, leur savoir-faire ou leurs activités, croit la journaliste Geneviève St-Germain, citée dans un article sur « La tendance pitoune. » du numéro de mars 2007 de La Gazette des femmes.
« Au fond, c’est tellement moins épuisant et plus valorisant d’être une belle cocotte sexy que de lutter pour faire valoir ses droits ! »

D’accord sur le fond mais pas sur la forme, Sandrine Ricci concède que « faire valoir ses droits et connaissances, ce n’est pas vraiment le modèle proposé aux femmes pour se valoriser.
Mais répondre aux standards c’est un job à temps plein qui a ses conséquences ! Je ne suis pas sûre que ça soit moins fatigant. » Elle fait remarquer que la course à la beauté présente son lot d’effets pervers tels que les troubles alimentaires et autres syndromes dépressifs.

Sexualité pornographique

La sexologue Francine Duquet souligne que les valeurs de performance et de compétitivité auraient colonisé la sexualité aux dépens des principes d’intimité, de respect et de partage qui sont les piliers du couple et de la vie à deux.
Les conséquences : « Pour les adultes, il est parfaitement possible d’expérimenter de nombreuses choses dans le consentement.
Mais cela comporte le danger qu’on ne soit pas réellement au clair avec ses propres désirs. Ça provoque aussi une distorsion de ce qu’est la relation à l’autre. »
L’apprentissage sexuel peut ainsi être lavé de tout aspect affectif et humain.

Plutôt que de jouir sans entraves, les femmes seraient devenues prisonnières d’une sexualité instrumentalisée.
Elles reproduisent des modèles qu’elles ont intériorisés. « Elles sont devenus pour les hommes de “bons objets” en se conformant aux standards proposés
, explique Lilia Goldfarb.
Leurs réels désirs, leur santé, leur bien-être, leurs compétences et réussites passent au deuxième plan. ».
Elle estime que les femmes seront réellement libérées quand elles auront pleinement conscience de la nature des rapports sociaux de sexe et qu’elles les auront renversés.
« La barre est pas mal haute pour les femmes » qui ont intériorisé les désirs et visions des autres pour en faire les leurs.

D’après la chercheuse du YWCA, « l’adoption d’une sexualité pornographique, selon des codes masculins et dominateurs, ne peut pas vraiment nous libérer. Quand on arrive à croire que ce qui nous opprime nous libère, c’est là qu’on est colonisé. »

Sexualité des gars : bien faire l’amour

N’en déplaise aux « machos » qui, hier, dominaient les sociétés occidentales, « aujourd’hui, les garçons sont déroutés par les attitudes très sexualisées des filles, selon la sexologue Francine Duquet.
Les filles font tout pour plaire à leurs chums, qui n’ont plus de vrai désir.
Il leur reste seulement la responsabilité de performer et d’être à la hauteur des attentes des filles. »
La dimension amoureuse serait évacuée des rapports hommes-femmes.
La sexualité peut alors devenir une arme redoutable de contrôle et de manipulation.
« À 16 ans, les dégâts sont immenses quand on se fait dire par sa blonde qu’on fait mal l’amour. »

Le sexologue au cégep de Sherbrooke, Alain Desharnais, exposait un avis similaire lors d’une conférence sur l’hypersexualisation : « La nouvelle anxiété des gars, c’est de ne pas être à la hauteur des nouveaux standards de performance. Ils sont confrontés à un modèle qu’ils ne peuvent pas imiter. »
Ils ont donc tendance à se tourner vers des formes de sexualité dites « passives », comme la pornographie magazine ou Internet afin d’éviter le jugement de le part d’une partenaire.

Masturbation, orgasme, photo érotique, échangisme, sexe oral…

En 1980, une jeune fille écrit anonymement au magazine Filles d’aujourd’hui pour demander s’il est normal qu’elle pratique la masturbation de temps en temps.
On lui répond qu’elle est libre de ses actions, mais que certaines études ont démontré les effets nocifs de la masturbation.

En 2007, le magazine Femme d’aujourd’hui se consacre essentiellement à des « sujets tabous et coquins ».
De l’orgasme à la photo érotique de couple en passant par l’échangisme, le sexe oral et les meilleurs endroits où faire l’amour l’été, le magazine passe au crible tout ce qui se rapporte aux pratiques sexuelles en vogue. Le titre se veut évocateur : la « femme d’aujourd’hui » a, à sa portée, une sexualité fascinante et variée

L’hypersexualisation : pas juste une mode Publié le septembre 14, 2009 par Raymond Viger

Dominic Desmarais Octobre-Novembre Numéro 14.1 Des tenues suggestives ne laissant place à aucune imagination, des jeux sexuels de plus en plus précoces.
Les jeunes d’aujourd’hui baignent dans le sexe. L’uniforme est-il la solution pour contrer l’hypersexualisation des jeunes ?

Pour nous parler de l’hypersexualisation des jeunes, nous avons rencontré Paul Trottier.
Fin trentaine, il est habillé d’un jean décontracté.
Ses patins à roues alignées, abandonnés sur le bord du mur, cadrent mal avec l’image d’un vice-président de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).
Ancien attaché politique de Gilles Duceppe et Réal Ménard, l’homme au visage de chérubin tient à distinguer string et vêtements provocants du port de l’uniforme.

« L’uniforme, on en parle depuis longtemps. L’école publique est en compétition avec l’école privée.
Le privé, c’est la discipline, le contrôle.
C’est un des aspects que recherchent les parents. Les défenseurs des écoles publiques cherchent des solutions.
Ce qui explique pourquoi le port de l’uniforme revient à chaque rentrée scolaire. »
La décision d’imposer ou non l’uniforme aux élèves ne changerait rien. « Dans toutes les époques, les jeunes, autant les gars que les filles, ont adopté une tenue vestimentaire de leur temps. Ça ne menace pas, l’apprentissage de la sexualité des jeunes », confie le commissaire.

Vêtements sexy et osés

Philippe (nom fictif), ne partage pas son point de vue.
Enseignant depuis 4 ans à la 6ème année, il éprouve des difficultés à donner ses cours devant de jeunes nymphes tentatrices.
L’encadrement vestimentaire, il y voit. « C’est à nous les profs de dire non.
Les jeunes savent, ils s’essaient. Moi, je leur dis tout le temps, ça passe jamais. Une fois que tu l’as dit, les autres le savent, donc ils ne s’habilleront pas comme ça. »
Philippe n’a rien de vieux jeu. Début trentaine, ce peintre à ses heures s’explique mal comment ces jeunes filles ont pu quitter le nid familial habillées de la sorte.
« C’est surtout les parents. T’envoies pas tes enfants comme ça. Je comprends pas », s’exclame-t-il, encore ahuri.

Contrer l’hypersexualisation ?

Un argument en faveur de l’uniforme ? M. Trottier préfère plutôt privilégier l’éducation que la restriction. « Surtout chez les petites filles.
Les filles, même très jeunes, ont tendance à adopter un style vestimentaire plus vieux. Elles veulent adopter leurs modèles.
Ce qui n’est pas mauvais. Sauf que le message envoyé, c’est que la fille a un épanouissement sexuel qu’elle n’a pas », constate Paul Trottier, également diplômé en sexologie.
« Quand tu demandes à la petite fille pourquoi elle s’habille de la sorte, elle ne sait pas. Elle veut juste être comme ses modèles. »

Britney Spears, Christina Aguilera et Playboy

Les Britney Spears et Christina Aguilera ont de l’influence.
Même le lapin Playboy a la cote auprès des jeunes consommatrices qui trimballent ce symbole à connotation sexuelle.
« Comme adulte, il faut avoir un regard bienveillant. C’est notre responsabilité de voir la différence entre ces petites habillées comme Britney Spears et les filles de 17 ans », rappelle le vice-président de la Commission scolaire de Montréal.

De nouvelles pratiques sexuelles

Plus visible, la tenue vestimentaire des jeunes filles alimente les débats.
Mais l’hypersexualisation ne se limite pas à un string et un gilet-bédaine.
Les jeunes s’adonnent à de nouvelles pratiques sexuelles. Le Dr Franziska Baltzer, directrice de la clinique pour adolescents de l’Hôpital de Montréal pour enfants, vient de découvrir de nouveaux comportements à risque.
« Ce n’est plus juste dans le vagin. C’est aussi dans la bouche, dans les yeux.
 »

En 20 ans de pratique, Le Dr Baltzer a vu son premier cas de chlamydia dans un œil cette année.
Elle dit maintenant vérifier les amygdalites, que pourrait causer une gonhorrée, ainsi que la bouche, qui pourrait être infestée de condylomes.
Elle se garde bien d’être alarmiste. « Pour moi, l’âge n’a pas changé.
La pratique a changé. On me dit nous, ce qu’on pratique, c’est du sexe récréatif. Comme aller voir une vue, aller prendre une bière. Pas d’engagement, c’est moins de responsabilités que d’avoir un petit ami », dit-elle avec un léger accent anglophone.

Selon la directrice de la clinique pour adolescents, ce sexe récréatif se serait développé sur une période de 3 – 4 ans. « Je sais pas pourquoi ça vient… Comme des modes, ça peut partir vite. _ Les bracelets du sexe, ça a duré 2 ans, mais c’est fini », fait-elle remarquer en ajoutant que cette pratique ne s’embarrasse pas de préjugés.
« C’est dans tous les milieux. C’est ce que je vois. Autant les familles aisées que pauvres, peu importe leur origine. »

MST

Résultat, le nombre de cas de MST a augmenté, vue la pratique de fellations sans condoms.
Les Canadiens s’inspireront-ils des campagnes conservatrices de leurs voisins du sud ?
Le Dr Baltzer ne le souhaite pas. « La campagne Say no to sex, aux États-Unis, c’est fort. Très fort.
Un grand nombre reste chaste avant le mariage.
Mais ils vont quand même avoir des relations.
Mal informés, ils sont plus à risque.
Ils font ça avec beaucoup plus de culpabilité, ne vont pas s’informer sur les moyens de contraception, sur les maladies.
Le taux de MST, c’est chez les jeunes du Say no to sex qu’il est le plus élevé aux États-Unis.
 »

Parmi les MST les plus courantes, Mme Baltzer cite les suivantes : « C’est la grossesse que tu pognes le plus facilement.
Ensuite la chlamydia, les condylomes et l’herpès. »
Paul Trottier n’est pas dupe. Il comprend les conséquences de cette sexualité sans émotions. « Moi aussi je le vois, les jeunes qui banalisent la sexualité.
La jeune fille qui fait une fellation se dit qu’il n’y a pas de conséquences parce qu’il ne s’agit pas d’un acte sexuel. »

Sexe et jeune

Parler sexe aux jeunes alors ?
Philippe, l’enseignant en 6ème année, apporte un bémol.
Après une rencontre avec une sexologue venue préparer le corps professoral de l’école, il comprend l’ampleur des dégâts.
« On aborde juste la sexualité. On met toujours l’emphase sur les condoms, les MST, mais jamais sur les sentiments, la manipulation, les relations amoureuses.
Si je suis en 6ème année et qu’on me parle de condoms, je vais me demander comment le mettre, je vais penser condom… Si on me parle de relations amoureuses, je vais penser relations. Faut aussi leur parler d’amour », conclut-il.

Haut

Citations

Dicton : « une femme honnête n’a pas de plaisir »

S'inscrire à la Newsletter

 

S'inscrire pour participer à la vie du site

Vous inscrire sur ce site

L'espace privé de ce site est ouvert aux visiteurs, après inscription. Une fois enregistré, vous pourrez consulter les articles en cours de rédaction, proposer des articles.

Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Liens Contact Mentions légales Plan du site Admin Haut