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Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

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“Je suis homo et j’aime pas les folles”

par Atriyou

Avec ce titre volontiers provocateur, le yaggeur Atriyou questionne les préjugés à l’intérieur de la communauté mais aussi via le regard que la société porte sur les homos. Qu’en pensez-vous ?

Par Yagg 27 février 2010

Regardons-nous, regardez-vous dans le miroir. Non pas pour admirer le dernier pull que vous avez acheté en soldes. Allons voir ce qui se cache dans le cerveau lorsqu’en tant qu’homosexuel, vous voyez un homme. (Mesdames excusez-moi !).

J’ai participé à plusieurs rencontres collectives organisées par d’autres forums lorsque j’étais sur Paris. Ma première découverte fut la diversité des profils, des caractères, l’échelle étalée des nuances de féminin et de masculin plus ou moins marquées dans tel geste, tel rictus, telle prononciation. Avant d’assumer mon propre sort, j’avais vu (comme tout le monde) les grands succès du film de dérision que sont La Cage aux folles, et plus récemment, Chouchou. Je préfère le second au premier aujourd’hui.

Après avoir vu Chouchou avec ma mère, juste à la sortie du cinéma, celle-ci avait froncé les sourcils et dit : “j’espère que ce n’est pas cela que tu veux être”. À l’occasion de la sortie de I Love You Phillip Morris, le cliché de la “grande folle” si populaire dans le cinéma grand public, m’interroge. Plus que cela, il me tracasse.

“TAPETTE”

Je me suis fait traiter de “tapette” du primaire au collège. On m’a toujours dit théâtral. J’adore me déhancher comme une fille sur les dancefloors. J’ai toujours tenté d’imiter Klaus Nomi (sans réellement y parvenir !). Et lorsque je réponds au téléphone à un inconnu, on me dit : “Bonjour Madame”. Et si je ne corrige pas la personne, on me dit : “Au revoir Madame”.

Et pourtant, pourtant, lors d’une conversation avec un ami homo, j’ai dit que je trouvais les “folles” bébêtes, futiles. Je me suis alors rendu compte que les moqueries d’antan et les films qui m’avaient fait rire influençaient plus que de raison ma perception des personnes. Mais aussi la perception de ma propre personne. Puisque je ne veux surtout pas “en être”, je me définis et tâche de me comporter à l’opposé de cette interprétation.

LES HOMOSEXUELS NE SONT PAS UNE GRANDE FAMILLE

Ma deuxième découverte lors de ces rencontres collectives avec les inconnus d’autres forums fut la suivante : c’est pas parce qu’on est homo que l’on s’entend directement. Les homosexuels ne sont pas une grande famille.

J’avais entendu durant mon adolescence que les homosexuels sont des êtres sensibles et qu’”on les retrouvait partout dans le milieu du spectacle, de la mode, etc.”. Je me représentais les homosexuels comme des êtres magnifiques, doués d’une intelligence et d’une sensibilité hors normes –
j’insiste sur le “hors normes” à propos duquel je reviendrai. Quelle ne fut pas ma surprise, et osons le dire ma déception. Lors de ma participation à ces rencontres, je me suis rapidement rendu compte que j’avais à faire à une variété d’individus qui étaient loin d’être tous les poètes romantiques sortis des peinture de Caspar David Friedrich. Il y avait même de sacrés crétins parmi eux !

LES VIDÉOS PORNOS

Je crois que les préjugés entre homosexuels découlent pour beaucoup des préjugés que l’ensemble de la société a à leur égard. Je suis toujours effaré par la classification des vidéos pornographiques et la régularité des scénarios que l’on peut recenser. La racaille dominatrice, la lope, le bear, le vicieux, les BB, et j’en passe.

Cependant me direz-vous, face à la variété des vidéos, il faut bien pouvoir se repérer. Il y a des genres dans le cinéma pornographique comme il y a des genres dans le cinéma en général.
Le souci c’est que ces types de vidéo correspondent à la partie émergée de comportements sociaux plus répandus qu’on n’ose se le figurer. Je les décrie (du verbe “décrier”) moins que je les constate. Et en faisant ce constat, je m’interroge : alors que faire ?

Trop facile ! Ne pas regarder ces vidéos ! La question n’est pas tant de savoir s’il est légitime de les voir, s’il est moral, éthique, etc., mais bien de faire le constat que les personnes qui les voient sont “normales”. Que ces vidéos comblent des besoins psychiques, des besoins humains. Et surtout, que les visionneurs sont nombreux.

Le souci, c’est que ce large public dont je fais partie, entretient malgré lui des schémas de pensée. Ces vidéos sont la preuve que l’image animée, le simulé, le son, ont un impact fort sur le mental, voire sur l’action, des personnes dans leur quotidien. Et en particulier dans la perception des relations amoureuses, des liens entre caractéristiques physiques (ce que l’on voit de prime abord et que l’on compare avec ce que l’on a déjà vu) et les conséquences vis-à-vis de l’autre que l’on tire pour soi, dans son imagination, ses pensées, voire dans son discours pour les plus francs ou les plus fous.

Ce qu’il y a de plus dérangeant, c’est qu’au travers des vidéos pornographiques, on se rend compte que les homosexuels réemploient les clichés de l’ensemble de la société. Mais ce n’est pas étonnant, me direz-vous, car les homosexuels ont été élevés et ont grandi dans la société.

VICTIMES DE PRÉJUGÉS

Donc, et c’est là où je voulais en venir, les homosexuels ne sont pas à l’abri des préjugés sous prétexte qu’ils sont eux-mêmes victimes de préjugés. Victimes jusque dans leur chair, leur intimité, lorsqu’ils intègrent les clichés de la société à leur encontre. En particulier, lorsqu’ils se les réapproprient comme des catégories de pensée qui les distinguent des autres homosexuels et en discriminent, en ostracisent parfois une partie d’entre eux (des homosexuels, eux, les autres).

Un cliché est nécessaire au sens où il permet de trouver ses repères. Mais il faut savoir s’interroger, prendre conscience de la limite, du relativisme de ces repères que constituent les clichés. Dans le cas contraire, on devient la victime des idées que l’on a des autres, et cela rejaillit immanquablement sur notre propre disposition d’esprit à l’égard de nous-mêmes. En avoir conscience permet de les dépasser et de dépasser aussi, parfois, son propre malaise, son propre mal-être. Chacun d’entre nous doit faire attention à ne pas voir le préjugé d’abord dans le regard de l’autre avant de le déceler dans son propre regard.
Messieurs (mesdames ?), je vous remercie pour votre attention.

REACTIONS

1. Je trouve cette analyse, fondée sur une expérience personnelle, fort pertinente et juste. Il y a une tension chez les gays à recréer en interne les préjugés de la société hétéronormée dont ils sont issus et qu’ils critiquent facilement…
Les gays – entendons ici hommes homosexuels – ont du mal à se départir du sexisme prégnant de leur univers d’origine et refusent l’ “efféminé” .
Combien de fois on entend “la cage aux folles ce n’est pas pour moi” (comme si c’était un impératif) ou “je ne suis pas un gay comme ceux de la gay pride” etc. ?
Pourquoi retombons-nous dans un univers érotique (cf. porno, nos calendriers de rugbymen, etc) qui en fait des tonnes sur les signes secondaires et testéroniques de la masculinité ? N’aurions-nous pas quelque chose à nous prouver ou plutôt à prouver aux schémas hétéros qui nous hantent encore du type “regardez, nous aussi on est des “hommes” ?
Même sortis du ghetto, n’éconduisons-nous toujours pas le sexisme masculin hétéro classique qui établit une hiérarchie féminin devenu femme avec comme sous-entendu que le féminin est la norme négative) alors qu’on est “garçon manqué” (pas “engarçonné” non, non, mais “manqué” pas réussi à être, avec comme sous-entendu que le masculin est la norme positive)… C’est tout à l’honneur d’Atryou de nous donner du grain à moudre ..

2. Jean-Claude Morisse, ancien président de l’ASMF a une jolie expression : la folle anti folle. C’est vrai qu’il y a un stéréotype commun de la folle qui est ennuyeux c’est vrai que le rejet de la folle est insupportable d’autant plus qu’au début du combat c’était pas trop les virils transparents qu’on voyait, non ?

Chez les trans on retrouve ces mêmes clivages les qui passent les qui passent pas, les opérés, les pas opérées, les trop grandes (les trop petits chez les garçons), les chirurgie esthétique, les pas de chirurgie esthétique, ça finit pas.

Et en même temps on sait que certaines carrières se font car l’autre, en collant aux stéréotypes négatifs sur les trans, rassure ses interlocuteurs.

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Citations

"Si la première femme créée par Dieu était assez forte pour renverser le monde à elle toute seule, les femmes devraient être capables de le remettre à l’endroit. Et maintenant que les femmes le demandent, les hommes feraient mieux de les laisser faire". Sojourner Truth

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