Un gay apprend sa différence sous le choc de l’injure et de ses effets, dont le principal est assurément la prise de conscience de cette dissymétrie fondamentale qu’instaure l’acte de langage :
je découvre que je suis quelqu’un dont on peut dire ceci ou cela quelqu’un à qui on peut dire ceci ou cela, quelqu’un qui est l’objet des regards, des discours, et qui est stigmatisé par ces regards et ces discours.
La « nomination » produit une prise de conscience de soi-même comme un « autre » que les autres transforment en « objet ».
L’injure est donc à la fois arraisonnement et dépossession.
Ma conscience est investie par autrui et je suis désarmé face à cette agression l’injure n’est pas seulement une parole qui décrit.
Elle ne se contente pas de m’annoncer ce que je suis.
Si quelqu’un me traite de « Pédé » il ne cherche pas à me communiquer une information sur moi-même.
Celui qui lance l’injure me fait savoir qu’il a prise sur moi, que je suis en son pouvoir et ce pouvoir est d’abord celui de me blesser, de marquer ma conscience de cette blessure en inscrivant la honte au plus profond de mon esprit.
Cette conscience blessée, honteuse d’elle-même, devient un élément constitutif de ma personnalité.
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