:

Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !

Bas
Accueil du site > Culture > Gay Prides en Europe > La Slavic Pride 2010 en Bielorussie dans la tourmente
agrandir le texte réduire le texte texte normal imprimer envoyer l'article par mail

La Slavic Pride 2010 en Bielorussie dans la tourmente

De Minsk

http://www.yagg.com/2010/05/15/la-s…

Publié par Judith Silberfeld

Nikolai Alekseev n’est pas d’un naturel optimiste. Obstiné, certes, convaincu que les choses peuvent bouger, mais pas optimiste.

C’est pourquoi le message qu’il a envoyé hier soir se réjouissant de la façon dont s’était déroulée la cérémonie d’ouverture de la Slavic Pride, à Minsk, donnait bon espoir.

UNE ALERTE À LA BOMBE

Prévue à 20h, la projection du film canadien Beyond Gay – Marcher pour la liberté n’a finalement pu débuter qu’à 21h, mais elle a bien eu lieu, malgré une alerte à la bombe vers 21h40. Le lieu, que les organisateurs voulaient garder secret le plus longtemps possible, avait été annoncé par Radio Liberty Belarus, et une grosse trentaine de manifestants anti-gays (photo) ont tenté de perturber la cérémonie. L’hôtel Crowne Plaza, qui accueillait l’événement, n’a pas cédé, et la police a fait évacuer les manifestants. Les participants ont dû patienter à l’extérieur mais n’ont pas baissé les bras.

Les choses s’annoncent plus compliquées pour le défilé prévu aujourd’hui. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la manifestation, maintenue malgré l’interdiction des autorités de Minsk, a dû être reportée. Les participants devraient être moins de 40. Les organisateurs réfléchissent en ce moment même aux différentes options, comme ils l’expliquent sur le blog publié sur UK Gay News.

L’ambassade de France à Minsk appelle les ressortissants français à ne pas se joindre au défilé puisqu’il a été interdit. Et alors qu’en septembre dernier, plusieurs ambassades avaient participé à la Conférence LGBT à Minsk, aucune ne sera représentée lors de la marche.

L’INTERDICTION DE LA MARCHE ÉVOQUÉE PAR LES DÉPUTÉS FRANÇAIS

Sur ce même blog on apprend que le Comité Idaho a été averti que la question de l’interdiction de la marche a été soulevée par les députés français auprès de leurs homologues biélorusses en visite en France. Ceux-ci auraient affirmé que la marche avait été interdite pour la sécurité des participants mais que les événements prévus dans des lieux privés ne posaient pas problème.

Si l’on en croit le compte-rendu des participants à la Slavic Pride (et il n’y a aucune raison de ne pas les croire), les médias étaient assez nombreux à la conférence de presse et au départ avorté de la marche ce matin. Pour l’instant, si l’on excepte les médias LGBT, seuls l’AFP, The Guardian (qui a publié une tribune de Nikolai Alekseev) et l’agence de presse biélorusse BelaPAN, qui a relayé un message de soutien d’Amnesty International, ont évoqué la Slavic Pride. Ils étaient bien plus nombreux – et l’on s’en réjouit – à s’inquiéter de la Baltic Pride la semaine dernière. Minsk se trouve à 169km au sud de Vilnius.

[mise à jour,] Le défilé de la gay pride de Minsk a eu lieu : pendant 10 minutes, une quarantaine de militants biélorusses et russes ont agité un drapeau arc-en-ciel, sur environ 200 mètres. Au premier croisement, ils ont été bloqués par des cars de police, desquels ont surgi des policiers anti-émeutes. “Je n’avais jamais rien vu de tel”, a raconté Nikolai Alekseev. La plupart des manifestants ont été frappés et arrêtés.

[mise à jour, 15h] Cinq à dix manifestants, dont Alexander Sheremet, l’un des organisateurs, seraient toujours détenus par la police. “Nous sommes outrés de voir une telle violence policière contre une manifestation pacifique et ne pouvons qu’admirer le courage de ces 40 héros, qui ont participé à la marche aujourd’hui malgré les risques,” a déclaré Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho, dans un message de soutien envoyé aux organisateurs.

[mise à jour, 16h10] Nikolai Alekseev vient de nous envoyer trois photos de la marche.

[mise à jour, 16h25] Aux dernières nouvelles, huit manifestants auraient été arrêtés, quatre pendant la marche et quatre (dont Sergey Androsenko, l’un des organisateurs) après, dans un café. Ils devraient rester en détention jusqu’à ce qu’elles puissent être présentées à la justice, donc pas avant lundi. Dix-huit skinheads auraient également été interpelés.

Une première vidéo des événements vient d’être publiée. La femme qui s’exprime à la fin est Maria Yefremenkova, qui organise la gay pride de St Pétersbourg.

[mise à jour, 21h10] Plusieurs personnes, dont Sergey Androsenko, ont été libérées par la police et doivent se présenter au tribunal lundi. Un diplomate du consulat de Russie s’est rendu au commissariat pour tenter d’obtenir la libération de deux Russes venus de St Pétersbourg, mais a finalement expliqué que dans la mesure où ils avaient été arrêtés pour avoir participé à une manifestation interdite, l’ambassade ne leur apportait aucune assistance.

De Têtu en 2009, manifestation à Strasbourg en compagnie de Gay russia

Sergey Yenin, militant biélorusse, revient sur la Slavic Pride de Minsk

http://www.yagg.com/2010/05/22/serg…

Il y a quelques jours, un témoignage de Sergey Yenin était publié sur le site UK Gay News, grâce auquel les participants à la Slavic Pride nous ont permis de suivre quasiment en direct ce qu’il s’y passait le week-end-dernier.
Sergey Yenin est vice-président de l’association LGBT biélorusse GayBelarus.By, qui co-organisait la Slavic Pride. Étudiant en langues, il écrit aussi pour Gay : Good As You, le seul magazine LGBT biélorusse. Yagg reproduit ce texte, avec l’autorisation de Sergey Yenin et de UK Gay News [les intertitres sont de la rédaction].

Arrêté, tabassé, insulté, emprisonné et jugé pour avoir participé a la Slavic Gay Pride… mais FIER de ce que nous avons accompli à Minsk

, par Sergey Yenin

Ce qui suit est le récit des 48 heures les plus marquantes de ma vie de militant homo en Biélorussie.

Nous étions quatre dans le taxi qui nous conduisait vers le point de rassemblement. Moi, Logan (un réalisateur australien), Jack (son copain) et Chad (un photographe travaillant sur le projet Walk with Pride). Le taxi, lui, s’est très vite rendu compte qu’il y avait quelque chose d’inhabituel à l’endroit ou il devait nous déposer.

“Qu’est ce que qui se passe ici ? Qui êtes-vous ?”, me demande le chauffeur. “Rien, mes amis sont des touristes que je raccompagne à leur hôtel”, fut ma réponse. En fait, il s’agissait du point de rassemblement où la marche devait commencer, à côté d’un hôtel.

Logan préparait sa caméra et Jack prit un papier et un stylo : J’espère que je ressemble a un journaliste comme ça”, me dit Jack.

Sept taxis se sont arrêtés à proximité et les participants de la Slavic Pride sont tous sortis des voitures au même moment.
L’endroit était bondé de journalistes. Cela ressemblait a une flashmob : on a commencé à marcher et très vite un ami a sorti d’un sac un drapeau arc-en-ciel de 12 mètres de long que l’on a déployé.
Apres, tout est allé très vite. Un groupe de Russes a sorti des drapeaux plus petits et des pancartes avec des slogans. Moi, j’ai agrippé le drapeau et on a tous commencé à marcher en criant “L’homophobie est une maladie”, “L’homophobie, hors de Biélorussie” etc.

Les journalistes n’ont pas perdu leur temps à nous attendre [NDLR : la marche avait été annoncéé pour 13h10 puis finalement retardée de 1h30 en raison d’une forte présence policière] : dès qu’ils nous ont aperçus, les flash ont commencé a crépiter dans notre direction. Nous nous sommes arrêtés pendant un moment près de l’Institut national des arts où nous avons crié nos slogans devant le drapeau.

ARRESTATIONS

Soudain, un fourgon rempli de policiers s’est arrêté. Les portes se sont ouvertes et une meute de flics habillés en noir a foncé vers nous. Oleg et moi avons lâché le drapeau et couru vers l’arrière aussi vite que possible. Tout était confus dans ma tête à ce moment et je ne pouvais m’expliquer où j’allais.

Il y avait un seul objectif : courir le plus loin possible de ce massacre. Lorsque je suis passé devant un journaliste, je l’ai vu jeter un œuf dans ma direction.
Il m’a manqué mais cela m’a fait accélérer.

Deux flics en civil m’ont barré la route : je n’ai compris qu’ils étaient de la police que parce qu’un talkie-walkie dépassait de la poche de l’un des deux Avec une grande agilité, l’un d’eux a touché ma jambe avec son genou et m’a jeté à terre.

Alors que j’essayais de récupérer mes lunettes, il m’a attrapé par le col et m’a tiré derrière lui sur quelques mètres à même le sol. Puis il m’a redressé et m’a frappé violemment dans la cage thoracique. Je revois encore ses yeux plein de rage. La haine déformait même sa bouche.
Il a compris en même temps que j’étais sa cible et que j’avais probablement la moitié de son âge. Il n’était simplement plus humain à ce moment…

Un autre m’a attrapé par le col pour m’empêcher de m’enfuir.

Puis j’ai vu Oleg. Il se tordait de douleur à cause de son ulcère à l’estomac.
Personne n’a porté attention à ses plaintes. Les policiers étaient trop occupés à trouver un moyen de nous embarquer au poste.
La mère d’un militant est arrivé rapidement devant nous et s’est présentée comme docteur pour essayer de nous secourir. Elle a été ignorée alors que l’on nous jetait dans un fourgon.

AU COMMISSARIAT

Une fois arrivés au poste, nous étions assis à même le sol. Je sentais le sang couler sur mes bras. Mon t-shirt était maculé de taches rouges. Je me suis remis de mes émotions et j’ai demandé à ce qu’une ambulance soit appelée. Dois-je préciser qu’évidemment ma demande a été ignorée ?

Les autres sont arrivés. Mes amis ont été jetés d’un autre fourgon et emmenés de force à l’intérieur du poste. Ils paraissaient si fragiles comparés aux policiers. Leur courte marche s’est terminée par des coups de pieds. Je ne pouvais rien faire, à part les regarder. Je me suis senti si inutile à ce moment.

Puis les policiers ont apporté notre drapeau de 12 mètres dans la pièce. Il l’ont jeté par terre en se moquant de nous. Un de mes amis m’a dit par la suite que lorsqu’il était dans le fourgon, les flics ont mis un bâton dans sa bouche et lui ont promis qu’ils le lui enfonceraient dans l’arrière-train s’il tentait de le sucer.
Ils nous ont ensuite emmenés dans une autre pièce pour nous interroger. Nous y avons passé encore 2 heures. Ils nous humiliaient sans cesse. L’un d’eux a mis une bombe lacrymogène près de mon visage en disant “Je vais te brûler les yeux maintenant !”. Nous étions terrifiés. Nous ne pouvions pas imaginer que l’endroit le plus sûr du monde était si peu sûr…

Nous avons été relâchés lundi. Nous attendions tous impatiemment ce moment. Les 2 nuits au poste nous ont paru un éternité. Maintenant que je suis libre, je ne peux pas garder ça pour moi. Je n’ai apparemment pas de liberté d’expression dans mon pays, mais je l’ai sur internet.

_

Haut

Citations

« La discrétion du placard n’est rien d’autre que la déférence envers une hiérarchie des identités qui réserve les positions inférieures à ceux qui consentent à garder leur secret, à parler dans le privé". Léo Bersani

S'inscrire à la Newsletter

 

S'inscrire pour participer à la vie du site

Vous inscrire sur ce site

L'espace privé de ce site est ouvert aux visiteurs, après inscription. Une fois enregistré, vous pourrez consulter les articles en cours de rédaction, proposer des articles.

Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Liens Contact Mentions légales Plan du site Admin Haut