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"La Source des femmes" : un conte féministe au pays de nulle part

LEMONDE.FR | 01.11.11

Une scène du film français de Radu Mihaileanu, "La Source des femmes



Le réalisateur français d’origine roumaine Radu Mihaileanu (Train de vie, Va, vis, deviens, Le Concert…) s’est fait une spécialité dans ses films d’évoquer le tragique du destin juif (face au nazisme, au conflit israélo-arabe ou au stalinisme) en l’enrobant de la dose suffisante de romanesque, d’humour et d’expédients fictionnels pour le rendre suffisamment désirable par le grand public.

Cet exploit, qui n’est pas mince, le reconduira-t-il en changeant de paramètre socio-culturel, et en dédiant, avec La Source des femmes, ce conte oriental édifiant à la cause du féminisme arabe et de la tolérance universelle ?

L’exploitation du film le dira mieux que nous, qui ne pouvons à ce stade que constater la grandiloquence naïve de ce projet, et la faible pertinence de son intrigue.

Celle-ci, inspirée de la comédie antique Lysistrata d’Aristophane (une femme appelle à la grève du sexe pour faire cesser la guerre entre Athènes et Sparte), oppose les femmes d’un village aux hommes qui leur imposent d’aller puiser, chaque jour, de l’eau à une source située sur une montagne environnante.

Un jour, l’une d’entre elle, Leïla, appelle à la rébellion et propose aux femmes du village de faire la grève de l’amour, notamment soutenue par une vieille dure à cuire qui n’a pas la langue dans sa poche.
La guerre est rapidement déclarée entre les sexes, à l’exception du mari de Leïla, un instituteur, et d’un ex-amoureux, journaliste, par le biais duquel la délivrance viendra aux femmes sous la forme d’une dénonciation publique qui conduira les autorités à installer l’eau courante au village.

Dans cet entre-deux, on n’aura vu pour l’essentiel qu’une succession de chromos (la sensualité féminine des bains, la liberté de parole et le courage des femmes en lutte, l’égoïsme bas-du-chapeau des hommes, l’exubérance des danses orientales…) mise au service d’un récit faiblard, avec le ban et l’arrière ban des jeunes actrices françaises d’origine maghrébine (Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Sabrina Ouazani) s’efforçant d’accorder leur arabe.

Qu’on ne sache par ailleurs ni où ni quand se déroule cette histoire n’arrange pas vraiment le cas du film, qui rêve d’humanisme universaliste mais caractérise ses personnages selon une imagerie qui les prive de ces fondamentaux de l’humaine condition que sont le lieu et le temps.
Voilà, dira-t-on, la prérogative du conte.
Celle du cinéaste aurait, dans ce cas, dû consister à reconquérir la complexité historique et politique d’un sujet que son film réduit à un simple dysfonctionnement social, et résout par l’usage d’un inaltérable bon sens.

Cannes 2011 : La Source des femmes est "un joli conte oriental et solaire"

21-05-2011 -

Présenté le dernier jour du festival de Cannes 2011, La Source des femmes apporte un peu de soleil aux festivaliers. Ca fait du bien

Il aura fallu attendre le dernier jour du festival de Cannes pour découvrir le feel good movie de la compétition.
La Source des femmes est un joli conte oriental qui raconte la grève du sexe entamée par les femmes d’un village arabe lassées d’être esclavagisées par leurs maris.

Après Va vis et devient, après Le concert, Radu Mihaileanu continue de traiter de sujets graves, douloureux (ici le sort des femmes dans le monde arabe), sur le mode de la fable et de la tragicomédie.
On oscille donc entre la comédie engagée (le sujet rappelle le classique d’Aristophane, Lysistrata), le conte oriental (les 1001 nuits sont citées abondamment) et le drame (l’ouverture du film parfaitement géré).
Si cet équilibre délicat fonctionne, c’est grâce à la force des comédiennes. Leila Bekhti, Hafsia Herzi et Sabrina Ouazani confirment chacune leur talent et font exister leurs personnages avec une belle densité.
Leila en amazone amoureuse est renversante ; Hafsia qui découvre la vie et court chaque jour récupérer les lettres de son soupirant est lumineuse ; et Sabrina apporte sa fraîcheur, sa joie et son humour à un personnage attachant.
A travers ces femmes en lutte, La source des femmes fait l’éloge d’un girl power universel - l’un des thèmes phares de ce festival de Cannes 2011.
Radu Mihaileanu compose un extraordinaire poème aux femmes qu’il regarde pleurer, rire, danser, chanter et se battre avec une même passion.

On rajoutera que, après la violence des films projetés cette année, la morale du film, douce, solaire et d’une simplicité biblique, met un peu de baume au coeur : c’est aussi par le regard des autres et par leur amour qu’on existe vraiment. CQFD ?

LA SOURCE DES FEMMES

Après le succès remporté par Le concert, Radu Mihaileanu base son nouveau film sur un fait divers : pour ne plus devoir transporter l’eau de la montagne, des femmes d’un village turc ont fait la grève de l’amour.
Il en a tiré un plaidoyer féministe lumineux mais qui se perd dans la longueur…

De nos jours, dans un pays d’Afrique du nord, vit une communauté isolée dans un village perdu au pied d’une montagne.
La tradition veut que les femmes soient chargées de la corvée d’eau.
Tâche qu’elles exécutent sous un soleil de plomb, sans mot dire.
Jusqu’au jour où l’une d’elles, enceinte, est victime d’un accident au cours de cette corvée.
Leila (Leïla Bekhti), jeune mariée, va alors se rebeller et entraîner les femmes dans une grève inattendue, celle de l’amour : plus de sexe tant que les hommes n’apporteront pas l’eau au village…

Refus de la tradition, féminisme naissant, tabous autour du rôle de la femme dans une société musulmane immuable…
La source des femmes embrasse beaucoup de sujets.
Sans forcément les traiter frontalement et même en les évitant parfois avec beaucoup de bons sentiments.
Mihaileanu a su choisir d’excellentes actrices (Leïlla Bekhti, Hafsia Herzi, Sabrina Ouazani et Biyouna pour ne citer qu’elles) dont l’énergie et le panache font passer beaucoup de choses.
On pourra taxer l’œuvre de ce cinéaste de candide.
Son film, qu’il présente comme une fable, est parfois maladroit. Mais il est assez attachant.

Un film de Radu Mihaileanu

Avec Leïlla Bekhti, Hafsia Herzi, Sabrina Ouazani et Biyouna.

Comédie dramatique.

2h15.

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Citations

"La femme mariée est soustraite aux protections de la loi, tandis que l’homme marié est soustrait aux sanctions de la loi". Guillaume Carnino.

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