Le thème de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie est cette année en 2008 « Non à l’homophobie, oui à l’éducation ».
Est-ce à dire que le milieu scolaire n’a pas encore pris conscience de la question de l’homophobie ?
En France, malheureusement, les circulaires* diffusées par Jack Lang et Luc Ferry, qui invitaient les enseignants à lutter contre l’homophobie, sont restées lettres mortes, ou à peu près.
D’autres pays comme l’Espagne, la Belgique, le Canada, Israël montrent la voie d’une manière remarquable.
La France accuse un retard regrettable.
Comment l’expliquez-vous ?
Si globalement les textes officiels suffisent, les moyens pédagogiques sont, eux, largement insuffisants.
Des mallettes pédagogiques, dont les contenus sont intéressants, existent mais elles ont été peu diffusées.
Par ailleurs, même si ces mallettes étaient envoyées dans tous les établissements, il serait à craindre qu’elles échouent dans un placard.
Il faut une dynamique d’ensemble, un signe fort donné par le ministère.
Aujourd’hui, il n’y a pas de volonté réelle d’agir.
Certains rectorats, proviseurs refusent même l’entrée dans les établissements aux associations pourtant agréées.
Elles sont les seules à relayer les circulaires, alors que la tâche incombe
aux enseignants. Or, la portée de leurs actions reste marginale du fait des faibles moyens dont elles disposent.
Quand l’éducation n’est faite ni dans les familles, ni à l’école, on ne doit pas
s’étonner que les discours homophobes se développent dans la société.
C’est pourquoi nous appelons tous les enseignants à aborder dans
leurs classes la question de l’homophobie pendant la semaine du 17 mai.
Ne pensez-vous pas que du côté des enseignants, un accompagnement s’impose pour aborder ces questions qui sont nouvelles à
l’école ?
La formation des formateurs est indispensable.
Mais, aujourd’hui, à ma connaissance, il n’y a que l’IUFM de Créteil qui intègre sur ce sujet un module (facultatif) dans son plan de formation.
Cela en dit long sur l’intérêt portée aux droits de l’homme dans l’éducation nationale.
L’homophobie, le racisme ont des modes d’action analogues (stigmatisation, discrimination, exclusion, etc.). Les droits de l’Homme sont indivisibles.
Dans ces conditions, on ne saurait tenir la lutte contre l’homophobie pour un combat facultatif.
Un des arguments mis en avant par les associations lesbiennes, gaies, bi et trans (LGBT) pour l’éducation contre l’homophobie est le sursuicide » des adolescents…
Oui, le dossier du suicide est dramatique. La France détient le triste record en Europe du plus fort taux de suicide chez les jeunes.
C’est la 2ème cause de mortalité chez les jeunes.
Or l’homophobie est impliquée dans 30 à 50 % des cas !
On pense aux insultes, ou aux agressions physiques. Mais le désarroi des jeunes s’explique d’abord par l’hétérosexisme ambiant, l’idée selon laquelle tout le monde est ou doit être hétérosexuel, toute alternative étant non seulement impossible, mais même impensable.
Dans ces conditions, comment s’en sortir ?
Les associations LGBT demandent à l’Education Nationale d’être un partenaire privilégié pour lutter contre l’homophobie.
Le gouvernement Raffarin a répondu par des lois répressives, mais la prévention reste le parent pauvre de la lutte contre l’homophobie.
A l’échelle internationale, cette journée mondiale a-t-elle permis de changer le regard sur les homosexuels ?
La journée mondiale a lieu dans plus de 50 nations à travers le monde, et elle a eu un effet historique dans plusieurs pays.
En 2005, à cette occasion, la Bulgarie, la Côte d’Ivoire et la Chine ont connu leurs premières manifestations publiques gaies et lesbiennes.
L’an passé, nous avons aussi co-organisé à Moscou la première gay pride de toute l’histoire de la Russie.
Par ailleurs, nous poursuivons la campagne lancée en 2006 pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité.
L’appel que j’ai lancé en ce sens a été signé** par plusieurs prix Nobel
(Desmond Tutu, Dario Fo, José Samarago, Amartya Sen, Elfriede Jelinek), plusieurs artistes (Meryl Streep, Victoria Abril, Elton John, David Bowie…) et plusieurs intellectuels (Noam Chomsky, Elisabeth Badinter, Bernard-
Henri Lévy..).
Nous militons pour que cette résolution soit enfin votée aux Nations Unies.
Dans le monde 75 pays pénalisent encore l’homosexualité. C’est intolérable.
Propos recueillis par Lydie Buguet
*Circulaire du 17 février 2003 :
http://www.education.gouv.fr/botext…
0322C.htm *
*http://www.idahomophobia.org/

