Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Skip to content | Skip to the menu | Skip to search
Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
HETERHOMO ne prend pas parti
Mais ce message mérite d’être lu.
Opinions & Débats 1 mai 2011
Publié par Christophe Martet
Thierry Schaffauser
En novembre dernier, le PS a inscrit la pénalisation de nos clients dans son programme, rebaptisés à l’occasion « prostitueurs » afin de mieux les stigmatiser.
La députée PS, Danielle Bousquet, milite également depuis longtemps pour cette mesure et a utilisé la mission parlementaire sur la prostitution qu’elle préside pour la faire avancer.
Le PS s’aligne ainsi sur une certaine frange du féminisme et du christianisme social qui font du travail sexuel par définition une violence contre les femmes, comparé à de l’esclavage et au viol.
Selon cette approche, la sexualité devrait être libre de toute interférence économique ou deviendrait forcément contrainte.
Cependant, cette définition pose problème car le viol se caractérise par l’absence de consentement et non l’absence de désir, et le désir lui-même n’est pas toujours absent non plus avec un client.
Pénaliser nos clients reviendrait à criminaliser de nouveau la sexualité entre adultes consentants, qui ironiquement n’existait plus depuis la dépénalisation de l’homosexualité par le même PS en 1981.
A l’époque, on estimait que les jeunes de moins de 21 ans devaient être protégés de l’homosexualité tandis qu’à partir de 15 ans les hétérosexuels étaient capables d’exprimer leur consentement.
Si l’on ouvre cette porte à nouveau, jusqu’où l’interférence de l’État pourrait ensuite aller et où placer la limite de ce qui serait une sexualité acceptable ou non ?
Quelles autres personnes seront ainsi infantilisées après les travailleurs sexuels pour décider à leur place de ce qu’elles doivent faire de leur corps ?
Jusqu’où iront la négation et la confiscation de notre parole ?
Ce serait un précédant inquiétant d’autant plus quand certains tentent déjà de préparer notre psychiatrisation en décrivant les travailleurs du sexe comme psychologiquement détruits par un passé traumatique d’inceste et de violence.
Mais ne nous y trompons pas.
Ce discours sur les violences subies par les travailleurs sexuels n’a pas pour but de lutter contre ces violences mais uniquement de nous réduire au silence par un statut de victime qui ne sait pas ce qu’elle dit ou qui nierait la réalité en prenant partie pour son « agresseur » tel un syndrome de Stockholm.
Lors d’un débat télévisé sur la Chaine parlementaire, madame Bousquet expliquait en ces termes pourquoi les travailleurs sexuels s’opposent à son projet de pénaliser les clients : « Aucune personne prostituée pendant qu’elle exerce la prostitution ne dira jamais qu’elle est contrainte, jamais.
Tout le monde effectivement dit que ‘je le fais volontairement’.
Ce n’est qu’au moment où la prostitution s’arrête que les personnes disent en fait ce n’était pas ce je disais […]
Parce que quand on va voir un client ce n’est pas pour pleurer devant le client, c’est pour lui faire passer entre guillemets un bon moment, donc on est obligé d’être joyeux et normal et dire mais oui je fais ça pour le plaisir parce que j’aime ça parce que j’ai besoin de gagner ma vie enfin on minimise les causes qui ont conduit effectivement à la prostitution. »
Cette citation est claire. Pour Danielle Bousquet, il n’y a nul besoin d’écouter ce que les travailleurs du sexe ont à dire.
Or pour nous, la réelle violence, elle est là.
Si le PS veut tant lutter contre les violences faites aux femmes, pourquoi propose-t-il de pénaliser ceux qui respectent le contrat, tandis que rien n’est jamais fait pour lutter contre les vrais viols ?
Encore aujourd’hui, la plupart des plaintes pour viol déposées par les travailleurs du sexe ne sont pas prises au sérieux, quand elles parviennent à être enregistrées.
En réalité, le PS est bien hypocrite quand il prétend vouloir protéger les travailleurs du sexe et non nous pénaliser, alors que depuis des années des municipalités qu’il dirige comme à Lyon, mènent une guerre acharnée contre nous à coup d’amendes et d’arrêtés municipaux, nous repoussant toujours plus vers les zones urbaines les plus dangereuses.
A l’heure où s’ouvre enfin le débat en France sur l’assistance sexuelle qui est légale dans la plupart de nos pays voisins, le PS pense-t-il inclure la pénalisation des clients aux personnes handicapées ? Seront-elles et ils aussi appelés « prostitueurs » et comparés à des violeurs en puissance ?
Le travail sexuel ne disparaitra pas. Toujours plus de prohibition et de répression pourra donner bonne conscience à certains mais ne résoudra pas les problèmes de pauvreté et d’exploitation.
Pénaliser nos clients au contraire amènera une baisse de nos revenus, aggravera la violence, le stigma et entravera l’accès aux soins et aux services de santé.
Quand un client est stressé et a peur d’être arrêté, il faut monter rapidement dans sa voiture sans avoir le temps d’imposer nos conditions.
La baisse de revenus occasionnée réduit le rapport de force en notre défaveur et il faut accepter des clients que nous aurions pu autrefois refuser.
Il faut se rencontrer dans des endroits toujours plus isolés pour ne pas être surpris par la police, ou passer par des proxénètes qui arrangeront la rencontre.
Nos collègues suédoises dénoncent depuis plus de dix ans les conséquences d’une loi qui n’a fait que déplacer les scènes de prostitution.
En Suède la réduction des risques est dénoncée comme un encouragement à la prostitution et plus aucune association ne distribue de préservatifs dans les rues de Stockholm.
La réhabilitation forcée ne marche pas et ne fait qu’empirer le stigma contre nous, comme si nous étions les pires cas sociaux du système, alors que nous sommes vos mères, vos femmes, vos enfants, vos amis, etc.
Certains disent que pour lutter contre la traite et l’exploitation, il faut arrêter la demande pour des services sexuels à la source.
L’erreur de cette analyse est que la cause de la traite des êtres humains n’est pas la demande pour des services sexuels qui a toujours existé.
Le développement de la traite ces dernières années est dû au renforcement des lois anti-migratoires qui poussent les migrants à prendre toujours plus de risques et à s’endetter.
Cette exploitation n’est pas unique à l’industrie du sexe mais existe dans de nombreux secteurs économiques.
Pénaliser nos clients ne fera rien contre la traite des êtres humains et l’exploitation.
Elle risque plutôt de pénaliser ceux qui pour l’instant sont les derniers à pouvoir encore légalement contacter la police sans risque d’arrestation et qui sont parmi les mieux placés pour découvrir une situation abusive.
Il serait plus intelligent de les considérer comme des alliés dans ce combat et d’ouvrir des lignes téléphoniques spécifiques comme cela existe dans d’autres pays européens afin qu’ils puissent informer les autorités.
Gâcher les ressources de la police à arrêter des innocents ne fera rien contre les abus qui existent dans l’industrie du sexe.
Notre mouvement existe depuis 1975, en France et dans le monde entier, et nous n’avons jamais revendiqué la pénalisation des clients.
Ce que nous revendiquons c’est l’ouverture de droits et la dépénalisation complète du travail sexuel, y compris du racolage et du proxénétisme dit de soutien.
Nous ne voulons pas de lois spécifiques mais l’application du droit commun pour lutter contre tout acte d’abus et de violence.
Pénaliser nos clients est juste un prétexte pour paraitre féministe et progressiste car il est toujours plus facile de condamner la prostitution que de lutter contre les vrais problèmes que nous rencontrons.

Lorsque l’on parle des « hommes » en désignant des êtres humains des deux sexes, on établit déjà les premières bases de la domination masculine. Godelier.