Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Par Bruno Costemalle 18 juillet 2011,
L’Écossaise aux dix millions de livres vendus, lesbienne et féministe engagée, affiche une cinquantaine joviale qui tranche avec la noirceur de ses thrillers dont les personnages, indifféremment homos ou hétéros, sont loin des clichés et des ghettos.
TÊTUE : Vous avez commencé votre carrière en 1987 avec un personnage de journaliste lesbienne, Lindsay Gordon. Gonflé pour un premier roman !
Val McDermid : C’est sûr que l’opinion n’était pas prête, et je savais qu’en faisant cela je limitais mon marché.
Mais je n’avais pas l’intention d’écrire un roman lesbien à la façon de Katherine V. Forrest, par exemple.
Je voulais juste décrire des personnages proches de moi, comme le font la plupart des écrivains qui commencent à écrire.
J’étais journaliste et lesbienne, mon héroïne devait tout naturellement évoluer dans le milieu de la presse et aimer les filles !
C’est plus facile de donner vie à un personnage quand on partage la même vérité émotionnelle et psychologique.
Et puis j’ai grandi en Écosse et à l’époque je ne trouvais aucun personnage dans les films, dans les livres ou dans les soap operas qui vivait ma vie.
Dans un sens, j’ai voulu créer une référence pour les générations à venir.
C’est pour cette raison que je n’ai pas décrit physiquement Lindsay Gordon : chaque lectrice avait la liberté d’imaginer son propre objet de fantasmes.
Quand vous créez aujourd’hui un personnage homo dans vos romans, c’est un choix politique ?
Disons que ça participe d’une démarche éducative pour faire évoluer les mentalités.
Cela dit, mes personnages homos sont totalement intégrés dans le contexte social parce que la plupart des choses qu’on fait, on le fait comme les hétéros.
On ne va pas au supermarché d’une façon gay ou lesbienne ! On fait juste partie du monde normal.
J’ai créé des tandems de héros hétéros -Carol Jordan et Tony Hill, Karen Pirie et Simon Lees, tout récemment-, une héroïne lesbienne -Lindsay Gordon-, une détective hétéro dont la meilleure amie est lesbienne -Kate Brannigan et Alexis-, des serial killers gays et hétéros… et mes lecteurs trouvent cela tout naturel.
Vous êtes très attachée à la notion de communauté : celle des mineurs, où vous avez été élevée, celle du petit village où vous vivez dans le Northumberland, celle des supporteurs de votre club de foot préféré… Pourtant vous rejetez toute idée de ghetto gay et lesbien.
Ce n’est pas contradictoire. Je fréquente des homos et des hétéros tout en restant connectée avec la communauté homosexuelle.
Et je participe à des actions collectives militantes quand je peux, c’est important pour moi.
Je ne me sens pas très à l’aise avec le statut de modèle lesbien.
Nous sommes toutes différentes, vivons notre vie telle que nous la voulons.
En revanche, je ne fais aucun compromis : quand je participe à une émission de télé religieuse, je parle de mon athéisme… et des queer !
Vous avez un fils (Cameron, conçu par insémination), dont vous partagez la garde avec votre ex-girlfriend. Militez vous pour l’homoparentalité et le mariage homo ?
Des études démontrent que les enfants élevés par des lesbiennes sont parfaitement équilibrés, et quand je vois mon gosse, il en est la preuve vivante ! Je pense simplement que les enfants de parents gays et lesbiens sont vraiment désirés, leur venue n’est jamais un accident. C’est un critère de stabilité primordial que la société doit prendre en compte.
Concernant le mariage, je préfère me battre pour une égalité des droits civils qui facilitent l’immigration du conjoint ou la transmission de l’héritage. Je comprends que certains de mes amis soient attachés au mariage, mais en ce qui me concerne, je me fiche qu’on appelle ça mariage ou autre chose !
Votre tout dernier roman Trick of the Dark (pas encore sorti en France) est plein de lesbiennes et il est publié par une grande maison d’édition. Vous mesurez le chemin parcouru ?
Oui. Et aussi celui qui reste à parcourir !
En 1987, les critiques ne se gênaient pas pour dire : « Ne lisez pas cette prose de lesbienne perverse ! »
Aujourd’hui, comme l’homophobie n’est pas très bien vue, dans certains grands magazines, ils disent qu’ils trouvent mes livres « ennuyeux ».
La vraie raison, c’est souvent qu’ils détestent ce livre parce que c’est une putain de lesbienne qui l’a écrit ! (Rires)
Sans laisser de traces, de Val McDermid, Flammarion, 21 euros. Sous les mains sanglantes, de Val McDermid, J’ai Lu, 8 euros.

"On s’autorise à se justifier de hiérarchiser les sexualités en plaidant que personnellement, on aime beaucoup les homosexuels ; cela permet de répondre politiquement à une demande de reconnaissance en tenant le langage de la compassion, de la tolérance, voire de l’affection." Eric Fassin