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6 Livres : Romance lesbo-trash, BD féministe, et voyages dans le temps

Têtue par Par Cécile Strouk mars et avril 2011,

Dans notre sélection livres, six ouvrages de choix : le premier roman de la tatoueuse Andromak P4, à l’érotisme cru, une BD féministe qui dénonce, avec poésie, les discriminations faites aux femmes, le dernier ouvrage de Cécile Vargaftig, aussi surprenant que réussi, la biographie d’une sportive rebelle et ouvertement lesbienne, diabolisée au siècle dernier pour sa vie « contre nature », des amours entre résistantes lors de la seconde guerre mondiale, et un plaidoyer émouvant contre l’« homophobie ordinaire » .

Jeunes femmes en uniforme

C’est l’histoire incroyable d’un roman écrit dans les années 50 par la Française Tereska Torrès, vendu à 4 millions d’exemplaires aux Etats-Unis, condamné pour outrages aux bonnes moeurs et jamais paru en France… Jusqu’à aujourd’hui.
A 90 ans, et soixante ans plus tard, l’auteure, qui avait elle-même empêché la parution de son livre dans son pays natal de peur de choquer, a décidé de retraduire cet ouvrage inspiré de sa propre expérience de guerre.

A travers les yeux de sa protagoniste et de son double Ursula, elle raconte la vie de caserne et les relations lesbiennes des femmes qui se sont engagées dans le Corps féminin des Forces Françaises libre du Général de Gaulle, à Londres, pendant le Blitz.
On découvre le trouble de la première rencontre homo, le courage de femmes patriotes que rien n’arrêtait si ce n’est l’explosion d’une bombe, leur soif de liberté et leur détermination.
Tereska Torrès livre ici un beau portrait de ces femmes qui ont aidé l’émancipation féminine.

Jeunes femmes en uniforme, de Tereska Torrès Editions Phébus

Lettre à une amie hétéro

Ancienne professeure de français, Paula Dumont a choisi une tonalité didactique pour son dernier ouvrage.
Elle y écrit une longue lettre, détaillée et réfléchie, sur l’« homophobie ordinaire ».
Destinée à « une amie hétéro », elle s’adresse en réalité à toutes celles et ceux qui, par ignorance, restent enfermés dans les stéréotypes véhiculés par l’éducation patriarcale.

Via de solides arguments basés sur son expérience personnelle, sa culture historique, cinématographique, littéraire et religieuse, l’écrivaine, militante lesbienne et féministe, cherche à expliquer la difficulté d’être homo, hier comme aujourd’hui.
Elle invoque le suicide des jeunes homos, le sexisme, l’invisibilité des lesbiennes…
Sans oublier, en filigrane, une réflexion critique sur les rapports hommes/femmes.

Lettre à une amie hétéro, de Paula Dumont L’Harmattan

Violette Morris, histoire d’une scandaleuse

Née en 1893, Violette Morris fut une brillante sportive ouvertement lesbienne, qui portait les cheveux courts et le costume d’homme.
Elle fut l’une des femmes les plus héroïques de son temps et réalisa de nombreux exploits qui rivalisèrent avec ceux de ses collègues masculins, allant jusqu’à se couper le sein pour se sentir plus à l’aise dans un cockpit.
Mais pendant la guerre, elle collabora avec les nazis et fût fusillée par des résistants, en 1944.

Avec rigueur, l’historienne Marie-Josèphe Bonnet dresse un portrait captivant de ce personnage haut en couleur, et entreprend de réhabiliter Violette Morris.
Si elle collabora, elle ne fut pas, comme on l’a trop souvent écrit, « la hyène de la Gestapo ».
Marie-Jo Bonnet dénonce ainsi l’hypocrisie d’une société qui n’a pas su s’avouer ce qui gênait le plus : l’attitude « virile » de Violette Morris, et son homosexualité. Trop revendiquée. Trop visible.

Violette Morris, histoire d’une scandaleuse, de Marie-Josèphe Bonnet Editions Perrin

Nu(es) Intégral(es)

Andromak P4, tatoueuse, se consacre également à l’écriture.
« On n’a pas besoin de savoir écrire pour écrire des livres… », tient-elle à préciser.
Son premier roman, Nu(es) Intégral(es) n’a en effet pas de prétention littéraire.

L’écriture est simple, franche, crue, orale.
L’histoire, classique et autobiographique.
S’inspirant de pièces authentiques (mails, textos), elle raconte son histoire avec Laura, cette ex qu’elle a férocement aimée.
Comment elles se sont rencontrées, aimées, déchirées, comment elles ont baisé et comment elle s’en est sortie.
Andromak P4 prévient que ce n’est ni de l’impudeur, ni un cri de vengeance, mais un besoin d’éructer une douleur.
Pour la dépasser. Malgré son imperfection (les coquilles sont nombreuses), cet ouvrage se lit d’une traite et apparaît comme le miroir de nos expériences respectives. En un mot, il est vrai. Nu(es) Intégral(es) d’Andromak P4 Editions Kirographaires..


En chemin, elle rencontre…

« En chemin, elle rencontre… », ces tristes paroles d’une chanson sur l’histoire d’un viol collectif sont aussi le titre d’une BD engagée, dont le second tome sort ce mois-ci.
Réalisé par un collectif d’artistes, en collaboration avec Amnesty International, ce nouvel ouvrage entend sensibiliser au respect des droits des femmes.

Le premier tome était davantage axé sur la présentation des expressions de la violence : excision, mariage forcé…
Là, il s’agit de dénoncer les carences liées à la lutte contre cette violence.
L’illustration de la couverture est éloquente : le regard d’une femme, imposant, agressif, volontaire.
On y parle de la diabolisation du féminisme, du viol punitif des lesbiennes, du sida chez les enfants, d’inceste…
Le tout nourri de documents officiels (extraits du discours Simone Veil sur l’IVG, textes de lois et cartes), d’illustrations originales et de récits inédits.
Didactique et ludique, ce diptyque permet de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes aux différentes formes de discriminations subies par les femmes.

En chemin, elle rencontre… Des Ronds dans L’O


Les nouveaux nouveaux mystères de Paris

Cécile Vargaftig n’en est pas à son premier roman et ça se voit.
Dans sa dernière création, Les nouveaux nouveaux mystères de Paris, elle déploie tout le talent d’une plume qui manie avec élégance la drôlerie, l’esprit, la moquerie et le suspens.

Car cette histoire n’a pas son pareil (même si elle n’est pas sans faire penser à Jacques le Fataliste de Diderot).
Comme ce philosophe des lumières, elle se permet toutes les fantaisies de l’auteur démiurge. On s’explique : elle crée son intrigue avec nous, raconte toutes les difficultés, tout le contrôle qu’elle a sur ses personnages, qui parfois lui échappent quand même, en intégrant sans cesse le récit.

Celui de son héroïne récurrente, Frédérique, une trentenaire homo, libre dans son rapport aux autres, qui vit une aventure abracadabrante faite de voyages dans le temps, de rencontres, de personnages attachants et d’un Paris insolite. Ça vous semble obscure ?
C’est normal. Cette histoire ne se raconte pas. Elle se lit. Avec délectation.

Les nouveaux nouveaux mystères de Paris de Cécile Vargaftig Au Diable Vauvert

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Citations

"Nous, citoyen-ne-s Lesbiennes Gays Bi et Trans, n’aspirons qu’à être des citoyen-ne-s à part entière, nous refusons d’être les seuls citoyen-ne-s entièrement à part". Heterhomo.

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