Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Par Florence Tamagne | Rue 89 | 27/02/2009 |
C’est à une « véritable révolution épistémologique » que nous invite Louis-Georges Tin dans ce livre qui rompt avec les conceptions essentialistes de l’hétérosexualité.
Parce qu’elle était pensée comme relevant de « l’ordre de la Nature », un invariant jamais remis en cause, l’hétérosexualité a longtemps constitué un point aveugle de la recherche historique.
Paradoxalement, c’est par le biais de l’histoire de l’homosexualité que la « question hétérosexuelle » en est venue à être posée.
Parce qu’elles interrogent les normes sexuelles comme les rapports de genre pour en révéler l’historicité, les études gays et lesbiennes ont ouvert la voie à un questionnement des sexualités dites « normales ».
Dans la lignée des travaux initiés aux Etats-Unis par Jonathan Katz, Louis-Georges Tin envisage ici l’hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d’analyser les conditions d’émergence et d’acculturation.
Plus exactement, il entend prouver que « si la pratique hétérosexuelle est universelle, la culture hétérosexuelle, elle, ne l’est pas ».
Une comparaison lui permet d’éclairer cette affirmation a priori déroutante : si, dans toutes les sociétés humaines, il y a bien sûr des pratiques alimentaires, indispensables à la survie des individus, toutes les sociétés ne construisent pourtant pas une culture gastronomique, comme c’est le cas en France.
Prenant appui sur la littérature, la philosophie et l’histoire, l’auteur fait ainsi l’hypothèse que la « culture hétérosexuelle » émerge en Occident au début du XIIe siècle, avec la culture courtoise.
Aujourd’hui dominante, elle a été elle-même dominée par des institutions comme l’Eglise (qui prône la chasteté), la noblesse (qui valorise l’homosocialité), et dans une moindre mesure la médecine (qui voit dans « l’amour fou » une forme de pathologie).
Certains chapitres relèvent du tour de force. Le premier, sur la culture chevaleresque, revisite des interprétations déjà suggérées par Georges Duby ou Jacques le Goff, mais les éclaire d’un jour nouveau.
Par l’étude minutieuse de textes en apparence aussi connus que « La Chanson de Roland » ou « Lancelot du Lac », Louis-Georges Tin montre que, dans la société féodale, seules les amitiés masculines bénéficient d’une reconnaissance sociale et culturelle, qui se traduit notamment par l’exaltation des relations sentimentales entre hommes dans la chanson de geste avant l’émergence de la littérature courtoise.
Ce n’est que progressivement, par l’intermédiaire des troubadours et des trouvères, que les amours hétérosexuelles, sous la forme dissymétrique de l’amour du chevalier pour sa dame, s’affirment comme un modèle alternatif au modèle homosocial.
Le cas de Tristan et Yseult est à cet égard révélateur.
Ce symbole de la culture hétérosexuelle peut en effet être lu comme le récit du conflit entre cultures chevaleresque et courtoise.
Dans les premières versions, la relation entre Tristan et son oncle, le roi, est centrale, comme dans tout roman de chevalerie.
La passion que le jeune homme ressent pour Yseult, pourtant promise à son suzerain, est le résultat malheureux de l’absorption d’un philtre d’amour, une occurrence regrettable et accidentelle.
Dans les versions postérieures, le philtre disparaît, et c’est au premier regard, tout naturellement, que Tristan s’éprend d’Yseult…
Egalement victime de la popularité croissante des thématiques courtoises, la culture chrétienne multiplia les ruses pour en réduire l’influence, en vain.
D’abord dénoncée, la culture hétérosexuelle fut progressivement intégrée à l’institution religieuse par le sacrement du mariage.
Ultime stratégie, la promotion de la poésie mariale apparaît comme un compromis entre amour spirituel et amour hétérosexuel.
Incapable d’empêcher les poètes de chanter les charmes des jeunes filles, le clergé les autorisait à célébrer, à travers Marie, une figure féminine, mais comme privée de sexe et entièrement consacrée à l’amour divin.
Pour mieux imprégner l’esprit des fidèles, des paroles pieuses étaient plaquées sur les mélodies de chansons d’amour populaires, et les vers galants habilement spiritualisés.
Le triomphe de la culture érotique hétérosexuelle n’en fut que retardé.
Les médecins échouèrent pareillement à pathologiser l’amour homme-femme. Démission de l’esprit face au corps, échauffement du foie, hystérie, érotomanie, hétérosexualité, désignent tour à tour les variantes d’une maladie d’amour qui alimente la chronique médicale et psychiatrique.
L’hétérosexuel, au début du XXe siècle, c’est celui qui éprouve une attirance morbide pour les personnes de l’autre sexe.
Loin d’être dans la norme, il est, au même titre que l’homosexuel, un déviant.
La culture hétérosexuelle ne s’était pas moins imposée, depuis le XVIIe siècle, comme la culture dominante, dont le caractère « naturel » était non seulement constamment réaffirmé par l’ensemble des institutions sociales, mais exalté par l’immense majorité des productions culturelles.
A chaque tir, il fait mouche. Les préjugés volent en éclat, les lieux communs sont jetés cul par dessus tête.
Certes, le livre n’est pas sans défauts. L’analyse reste centrée sur la France.
Des siècles entiers sont survolés.
La culture des élites prend le pas sur les modes d’expression populaires.
La littérature est privilégiée au détriment d’autres sources.
Les exemples choisis renvoient presque systématiquement à l’homosexualité masculine, laissant le lesbianisme dans l’ombre.
Conscient de ces faiblesses, l’auteur assume ses choix : ouvrage programmatique, cette première histoire de la culture hétérosexuelle vise davantage à baliser un champ qu’à en creuser tous les sillons.
Ce faisant, elle n’en remplit pas moins son objectif premier : « Eveiller la culture hétérosexuelle à la conscience spéculaire de soi-même. »
On ne peut qu’espérer que d’autres viendront assister Louis-Georges Tin dans cette tâche ambitieuse, qui participe d’un vaste procès de dénaturalisation des normes engagé, depuis une trentaine d’années, par les sciences sociales et historiques.
► L’invention de la culture hétérosexuelle de Louis-Georges Tin (éd. Autrement, 201 pages, 20€)
Son objectif premier : « Eveiller la culture hétérosexuelle à la conscience spéculaire de soi-même. » On ne peut qu’espérer que d’autres viendront assister Louis-Georges Tin dans cette tâche ambitieuse, qui participe d’un vaste procès de dénaturalisation des normes engagé, depuis une trentaine d’années, par les sciences sociales et historiques.
Comme quoi même sur ce sujet, que l’on pourrait croire naturel et normal il s’’avère que l’on agit (mariage, amours, amitiés etc) par paradigmes implantés au moyen âge… intéressant. Où est la normalité ? dans nos paradigmes(culture) dictés par l’église du moyen age ? donc l’hétérosexualité n’est qu’une tendance, comme une autre si l’on lit bien.
Le paradigme installé n’est pas celui de l’église moyen âgeuse, mais celle des trouvères et troubadours (notamment la cours d’Aliénor d’aquitaine et de sa fille), à savoir l’amour courtois.
Il y a d’ailleurs à une période un conflit autour de ce paradigme. En très bref, trois versant :
• Blanche de Castille (la fille d’Aliénor) l’amour courtois est charnel et adultère (je me suis toujours demandé qu’en pensais son mari)
• Chrétien de Troyes, l’amour courtois est charnel, spirituel et inscrit dans le couple marié (le mariage ne passait à l’époque pas à l’église)
• Une autre conception dont j’ai oublié le représentant, l’amour courtois est adultère mais uniquement spirituel. Le sexe menant à la damnation, si on aime l’autre on ne le touche pas pour le sauver.
Tout ça se ressent dans les romans de chrétiens de Troyes.
Erec et Enide lui est très personnel et correspond à son idéal. Le chevalier à la charrette est une commande de Blanche de Castille.
Quand a la troisième, il faut voir dans les continuations de la quête de Perceval. Non écrit pas chrétien de Troyes donc. Sans doute l’église comptait déjà faire la main mise dessus.
Je conseille la lecture de Duby d’ailleurs, très instructif !
Il ne s’agit pas de dire que les institutions du Moyen-Age ont voulu faire de disparaître l’homosexualité, mais bien qu’elles ont construit l’hétérosexualité comme norme. L’objectif n’est pas d’expliquer mais de démontrer les mécanismes sociaux qui instituent certaines pratiques comme la seule voie « normale », souvent par le biais de l’argument du naturel. On peut appliquer ce même genre de déconstruction aux discours sur la race du 19ème siècle par exemple, ou sur la nature des femmes etc.
C’est intéressant. Cela me rappelle que la notion d’individualité (comme on l’entend aujourd’hui) est relativement récente. Beaucoup de choses qui nous paraissent normales, naturelles, aller-de-soi, sont en fait le résultat d’une longue évolution historique et sociale.

"Nous, citoyen-ne-s Lesbiennes Gays Bi et Trans, n’aspirons qu’à être des citoyen-ne-s à part entière, nous refusons d’être les seuls citoyen-ne-s entièrement à part". Heterhomo.