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Lulu : femme enfant, femme fatale, femme punie

Écrit par DL - Vendredi, 17 Décembre 2010

Une pièce subversive qui montre comment la libération sexuelle permet(tait ?) de lutter contre une certaine oppression sociale.

Féministe, Wedekind dont la pièce, Lulu, se joue en ce moment au théâtre de la Colline ?
Certainement. Parce qu’elle brise tous les tabous sexuels de son époque.
A la fin du 19ème siècle, il fallait être gonflé pour mettre en scène une enfant de la rue qui vit de ses charmes et ne doit son salut qu’aux hommes qu’elle sait parfaitement instrumentaliser
.

Encore et toujours le sexe et la prostitution ? Encore et toujours un éternel féminin fantasmé par les hommes ?
Certes, mais Lulu est un personnage éminemment attachant et elle sera « punie » d’avoir vendu son corps, victime de Jack l’Eventreur qui découpera son sexe pour le mettre dans un bocal.
Féministe, Lulu exprime la révolte des femmes contre le sort qui leur était fait, leur désir de s’en sortir, de trouver leur place dans le monde.


Elle donne à voir et dénonce un monde outré et caricatural qui nous en rappelle un autre : « ce monde social qui combine une sorte de libertinage cynique et une façon puritaine, ce monde où le sexe et l’argent vont de pair sans complexe m’évoque celui où nous vivons » explique Stéphane Braunschweig, le talentueux metteur en scène.

Seul bémol : lorsque, au fond du trou et de la misère, Lulu devenue prostituée dans la rue, s’accroche à ses clients et leur quémande de l’amour, pourquoi transformer ce besoin de reconnaissance, d’un regard qui lui redonne sa dignité, en une explosion de libido somme toute peu crédible ?

« Il est singulier que la pièce s’achève ainsi par une image qui jette rétrospectivement une lumière crue sur l’ambivalence de l’érotisme », constate Braunschweig.

On aime ou on déteste le parti-pris expressionniste de la mise en scène un peu trop longue (3h50 quand même), surtout à la fin.
La déchéance de Lulu est pénible et aurait pu être plus courte, mais dans l’ensemble, c’est plutôt de la très belle ouvrage et Chloé Réjon, qui incarne Lulu, a tout d’une très grande.

Photo © Élisabeth Carecchio « Lulu, une tragédie-monstre » de Frank Wedekind, mise en scène Stéphane Braunschweig se joue au théâtre de la Colline jusqu’au 23 décembre et sera en tournée à la MC2, Maison de la Culture de Grenoble du 7 au 13 janvier 2011, au Grand T de Nantes du 19 au 22 janvier 2011 et au TNT, Théâtre national de Toulouse, du 27 au 30 janvier 2011

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Citations

"Les victoires gays se limitent à une élite, la facilité de la victoire est obtenue sur des segments privilégiés de la société". Léo Bersani

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