Un complot pour « homosexualiser » le Maroc ?
Au sommaire : coming-out, journée mondiale de la femme, essais littéraires, nouvelles de la communauté gay dans le monde et un édito analysant le projet de société défendu par les islamistes légaux du Parti justice et développement (PJD).
A la fin mars, une polémique homophobe battait déjà son plein sur les colonnes d’Attajdid, organe arabophone du parti islamiste. Les tenants de la polémique, qui se définissent pourtant comme des islamistes modérés, dénoncent le fait que la star britannique Elton John soit l’invitée d’un festival de musique de la capitale. Ils y voient un complot pour « homosexualiser » le Maroc.
L’arrivée de Mithly donne le coup de grâce.
Le vice-président du Mouvement unicité et réforme (MUR islamiste), Omar ben Ahmed, a exhorté le pouvoir marocain à traquer les « cellules dormantes » de l’homosexualité comme il le ferait avec leurs analogues terroristes. Un article d’Attajdid confirme l’appel à sévir : « Porter atteinte aux valeurs des Marocains n’est pas moins grave que de porter atteinte à leur sécurité », selon le quotidien.
Emboîtant le pas au cardinal Tarcisio Bertone, Mustapha Ramid, avocat et parlementaire du PJD proche des cercles du pouvoir, fait porter la responsabilité de la pédophilie à l’homosexualité.
Des propos qui ne scandalisent presque personne au Maroc, où un large consensus entre Etat et religieux de tous bords, fait peser la plus lourde inquisition sur tout acte susceptible d’égratigner la morale publique.
« L’Etat et les fondamentalistes, même combat »
En 2009, l’ancien ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa, diplômé de Polytechnique, des Ponts et Chaussées de Paris, et du MIT de Boston, avait qualifié l’homosexualité de « comportement honteux, provoquant l’opinion publique et ne tenant aucun compte des valeurs religieuses de la société. »
Samir Bargachi réplique : « Nos ennemis sont l’Etat et les fondamentalistes, eux-mêmes rivaux. Mais lorsqu’il s’agit de notre communauté, ils travaillent de concert. »
En effet, si l’Etat marocain, soucieux de son image de modernité et d’ouverture auprès de ses partenaires européens, fait valoir la présence de fondamentalistes pour se proclamer « rempart contre les islamistes », sa gestion des affaires relatives aux libertés individuelles laisse pour le moins dubitatif.
En 2007, à Ksar-el-Kébir, au nord du pays, la presse à scandale se saisit d’une soirée privée pour dénoncer une cérémonie de « mariage homosexuel ». Un lynchage en règle est orchestré, six hommes sont poursuivis pour violation de l’article 489 et condamnés pour « perversion sexuelle ».
Un peu plus au sud, dans la région de Meknès, durant les festivités annuelles du saint patron Sidi Ali Benhamdouche, réputées pour être un rendez-vous de la communauté gay, la gendarmerie royale se livre chaque année à des rafles dignes d’un autre âge. Un barrage est dressé à l’entrée de la ville, un simple délit de faciès suffit pour déterminer qui est homosexuel et qui ne l’est pas.
D’ailleurs, l’association Kif-Kif est née de l’effort de mobilisation pour le soutien de 42 homosexuels arrêtés en 2004 lors d’une soirée à Tétouan, dans le nord du pays.
De droit espagnol, l’association a officiellement demandé sa reconnaissance auprès du ministère de l’Intérieur marocain en 2006. Sa requête est restée lettre morte.
Monde 11/05/2010 à 00h00
« Mithly » : coming-out mensuel au Maroc
2 réactions
Par LÉA-LISA WESTERHOFF Correspondante à Rabat (Maroc)
C’est la nouvelle bête noire des islamistes. Et le buzz du Web marocain : plus d’un million de clics en trois semaines.
Mithly, la première revue gay du monde arabe, n’est pas passée inaperçue.
Au Maroc, où l’homosexualité est pénalisée et l’homophobie rampante, la création de ce magazine fait figure de petite révolution. « Avoir enfin une revue qui fasse entendre notre voix, c’est une grande victoire », explique l’un de ses rédacteurs, Mourad.
C’est un nom d’emprunt, car témoigner à visage découvert est trop risqué. Le simple soupçon d’homosexualité est passible de six mois à trois ans de prison dans le royaume chérifien.
« Cela va être un moyen de combattre les clichés sur les gays, poursuit Mourad.
De montrer que nous sommes des citoyens marocains comme les autres, et non des pervers. » « Chaddh » (pervers), « shoudoud jinsi » (sexualité anormale), voire « zamel » (enculé) sont les termes communément utilisés par les Marocains et dans la presse arabophone pour qualifier les homosexuels.
Pour ses initiateurs, Mithly est avant tout un espace d’expression pour une communauté stigmatisée. Pas de photos provocantes ni d’articles chocs, mais plutôt des infos pratiques, des témoignages de coming-out, un article sur la journée mondiale des femmes, l’essai littéraire de l’écrivain homosexuel Abdellah Taïa et une réponse à la polémique entourant la venue d’Elton John au Maroc.
En tout, 19 pages en arabe classique accessibles uniquement sur le Web : être publié en kiosque était tout simplement inimaginable. Mais 200 copies ont quand même été distribuées sous le manteau à Rabat.
Elton JOHN au cœur d’un complot contre le Maroc !
Par "Stonewall"
Réponse à l’article publié au quotidien Aujourd’hui le Maroc (29-12-2009) par Omar DAHBI.
Dans un paysage journalistique où les éditos les plus lus sont les invectives populistes et démagogiques, et les appels au lynchage d’un Rachid Niny, il est rassurant de constater qu’il existe aussi des journalistes capables d’écrire ce qui précède. Merci Omar DAHBI ! Excellent article. Analyse très juste et plutôt courageuse, qui ne craint pas de s’opposer à pas mal d’idées aussi reçues que stupides et homophobes, et de rappeler des vérités évidentes ! À lire, relire, méditer et citer.
Sur le plan psychologique, j’aime bien le rappel de cette « fixation que font les islamistes sur la vie sexuelle des gens » : les islamistes comme tous les fondamentalistes, d’ailleurs : les intégristes juifs et chrétiens, qui s’entendent si bien avec eux, ne sont pas en reste sur ce chapitre ! D’où l’atmosphère de répression et de frustration qui entoure toujours ces milieux-là.
Mais l’explication du phénomène n’est pas difficile à trouver : elle est au fond politique. Et c’est la seule remarque que j’aimerais ajouter à celles, toutes justes et éclairantes, de M. Omar DABI.
Rappelons que le PJD – de même que toutes les mouvances islamistes, qu’elles soient violentes ou non, et c’est malheureusement ce qui les rapproche – est avant tout un mouvement politique, dont le but est de parvenir à exercer au Maroc un pouvoir politique, de préférence de type dominateur, voire totalitaire.
Pour cela, et en contradiction avec la constitution marocaine, il instrumentalise le phénomène religieux, dont il fait l’une de ses principales armes, ce qui le distingue des autres partis politiques. Ce faisant, il n’hésite pas à mélanger message et interprétations, dogme théologique et prétendues « traditions » sociétales.
Et à l’intérieur de ce cadre là, il n’hésite évidemment pas non plus à reprendre à son compte, et de la manière la plus restrictive, les interdits de cette prétendue religion concernant la sexualité. Et le tour est joué, la boucle est bouclée. Je ne suis pas l’inventeur de cette formule, mais j’aime la citer :
Pour mieux contrôler les esprits, il faut aussi régner sur les corps !
Autre aspect « psycho-politique », relevé par Omar DABI, de la mentalité intégriste : la parano ! Le complot international, rien que ça ! L’ennemi à nos frontières, et la fameuse « 5e colonne » à l’intérieur ! Aucun des nombreux despotes aujourd’hui en exercice sur cette malheureuse planète n’a honte d’y avoir encore recours, tout comme l’ont fait avant eux Hitler (le complot juif, évidemment !) ou Staline (l’idéologie bourgeoise, capitaliste, américaine, le « complot des blouses blanches » par exemple) : demandez à M. Ahmadinejad (l’actuel gentil chef du gouvernement iranien) s’il s’en prive !…
Mais pour nous faire croire qu’en militant pour la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc on va « homosexualiser » ce pays, il faut soit être singulièrement ignorant en sciences humaines et politiques, soit prendre les Marocains pour des imbéciles…
… Ou les deux ! Et je crois que c’est bien le cas du PJD !
Maroc : Abdellah Taïa, l’homosexualité à visage découvert
Par Rue89 04 mai 2009,
ENTRETIEN. Nous vous avions parlé de la lettre ouverte de ce jeune écrivain marocain à sa famille.
Un texte publié dans la presse, pour évoquer l’homosexualité au grand jour dans une société qui évolue difficilement sur ce sujet. Abdellah Taïa revient sur les raisons qui l’ont poussé à se dévoiler.
Par Zineb Dryef
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« Crois-moi, ma mère, je n’ai aucune envie de te salir, de t’abaisser, de "t’inonder de honte". Mais la vérité, ma vérité, j’ai besoin de te la révéler.
Te communiquer ce qui change en moi », écrit Abdellah Taïa à sa mère.
Dans une lettre ouverte publiée par l’hebdomadaire francophone Tel Quel, l’écrivain marocain de 35 ans redit son homosexualité, déjà révélée dans ses romans. Entretien.
Ce n’est sans doute pas le compliment qu’attend un écrivain -mais en attend-il ? : Abdellah Taïa écrit comme il parle. Doucement, fermement, furieusement. Des mots qui s’emballent puis interrogent, timides : « Je ne vous ennuie pas ? Je ne m’arrête pas de parler. »
Il ne s’arrête plus en effet lorsque le gagne le besoin d’exprimer ce qui dans son pays ne se dit pas, ne s’écrit pas.
L’affirmation de son identité, marocain et homosexuel, Abdellah Taïa l’expérimente depuis plusieurs années.
Dans ses romans d’abord où il a raconté un Maroc populaire et écrasant qui est le sien. Et aujourd’hui, dans cette lettre ouverte à sa mère. Ce besoin, dit-il, s’est imposé :
« Samir Barghachi, un jeune marocain, a fondé l’organisation « Kif Kif » qui défend les droits des homosexuels.
Ce garçon a été traîné dans la boue par une certaine presse.
Il n’a que 22 ans.
Je me suis dit qu’il fallait voler à son secours. Je ne pouvais pas laisser cette actualité être exploitée par la seule presse de caniveau.
Le ministre de l’Intérieur a également fait publier un communiqué pour affirmer la protection du citoyen marocain et de sa morale par l’Etat.
Dans sa ligne de mire, l’homosexualité…
C’est un signe de recul très fort qui invalide les efforts des jeunes dans le sens des libertés et droits individuels.
Pour toutes ces raisons, je voulais montrer qu’il ne faut pas se laisser intimider.
Je dis à maman qu’ailleurs, le monde change alors qu’au Maroc, on tente de nous faire peur.
J’aurais pu écrire une lettre ouverte à un ministre mais je n’aurais pas eu de réponse. Il me fallait écrire à quelqu’un qui me reconnaisse. »
Au Maroc, l’homosexualité est passible de prison -jusqu’à trois ans.
Ces dernières années, plusieurs arrestations d’homosexuels ont eu lieu.
Le sujet est tellement tabou dans le monde arabe qu’il n’y a pas de mot pour désigner l’homosexualité.
L’un des combats de l’écrivain est justement de nommer sans stigmatiser :
Abdellah Taïa : « il y a une nécessité intérieure de ne plus vivre l’hypocrisie qui mine le Maroc. »
« En arabe, "zamel" est une insulte.
Au Liban, un mot a été inventé ces dernières années. "Mathali". Il vient de "mitl" qui veut dire "comme".
Celui qui aime celui qui est comme lui. C’est un mot neutre qui n’exprime pas de jugement. Celui qu’il faut utiliser. »
Son homosexualité, Abdallah Taïa l’a déjà abordée avec sa famille.
Il se souvient de ce jour où sa mère lui a téléphoné après avoir découvert une interview de lui dans un journal arabophone :
« C’est un collègue de ma sœur qui avait laissé ce journal sur son bureau. Ouvert à la bonne page. Ma mère m’a demandé : "Qu’est ce que tu as fait ? Nous, on n’est pas comme ça."
Je lui ai dit que je ne parlais pas uniquement de moi mais de l’ensemble de la société marocaine. Elle m’a dit : « Mais de quoi tu parles ? On n’est pas la société marocaine ». »
Cette conversation entre une mère et son fils est devenue le symbole du travail de l’écrivain. Il n’écrit pas pour défendre sa cause, celle des homosexuels, mais pour plus encore.
Dans un pays où les non-dits sont nombreux, où l’on ne parle pas de ses sentiments en famille, où l’on préfère taire les choses que les voir clamées, Abdallah Taïa parle pour une jeunesse qui étouffe.
Il dit « rêver » d’un autre Maroc, pas l’actuel, celui des dépliants touristiques, chameaux et thé à la menthe pour seul patrimoine.
Lui rêve d’un Maroc qui pense, qui agit, qui grandit, qui renoue avec la culture :
« Il y a une nécessité intérieure de ne plus vivre l’hypocrisie qui mine le Maroc. Les réactions que je reçois vont dans ce sens là.
L’histoire des sociétés passe par des minorités qui forcent les sociétés à aller de l’avant.
C’est ce que j’essaye de dire dans ma lettre. Le combat est plus large que celui de la défense des homosexuels. Il y a des élans dans ce pays qu’il ne faut pas casser, une fougue légitime de la jeunesse. »
Lorsqu’Abdellah Taïa cite Marcel Proust ou Abou Nouwas, lorsqu’il évoque les voyages en Union soviétique et au Congo d’André Gide, c’est pour insister sur l’importance de la littérature. Né à Hay Salam, quartier populaire de Salé, ce sont ces maîtres-là qui l’ont ouvert au monde. Son père, employé de la Bibliothèque générale de Rabat, apportait des livres à la maison. Depuis le départ d’Abdellah Taïa -il vit désormais à Paris- il n’y a plus de livres dans son ancienne maison :
« Il n’y a plus que la télévision. Allumée sans cesse. Je me suis dit : "Ils ne lisent plus" et j’ai alors senti le besoin de dire quelque chose à ma famille. Ils ont lu mes livres, savent que j’écris mais ne considèrent pas cela comme une réussite. Ça m’a confirmé dans mon statut de type un peu fou.
Voir cette maison sans livres m’a frappé, cette absence dit beaucoup de choses. La lettre est aussi née de cela. Passer à l’écriture, c’est passer à l’acte, je ne peux pas reculer, renoncer à cette liberté ou la refuser aux autres Marocains. La littérature, c’est aussi cela, un dialogue avec la réalité.
Cette lettre est un acte politique, comme mes précédents livres. Ma revendication, c’est celle d’un rêve marocain. Plus de libertés individuelles. »
Son combat pour un Maroc plus libre, Abdallah Taïa le sait difficile mais il tempère, rappelle que le Maroc est en avance par rapport aux autres pays arabes, que des journalistes défendent le droit des homosexuels, que des débats télévisés sont parfois consacrés à cette question. Des initiatives qui vont dans le bon sens mais qu’il ne faut pas brimer.
Son prochain projet ? Un ouvrage collectif, signé par plusieurs personnalités, qui n’ont reçu qu’une consigne : écrire une lettre adressée à un jeune Marocain. Des mots pour interpeller et faire espérer.
Abdellah Taïa explique l’homosexualité à sa mère
Têtu par Marc Endeweld 16 avril 2009,
Quelque chose bouge dans la société marocaine. C’est que veut croire cet écrivain qui révèle son homosexualité dans une lettre ouverte à sa famille, pour le magazine « Tel Quel ». Mais les carcans demeurent. État des lieux.
« C’est la première fois que je vous écris. Une lettre pour vous tous. Pour toi, ma mère M’Barka. Pour vous mes sœurs, mes six sœurs. Et pour vous mes deux frères. Je vous écris par mon cœur et ma peau ces lignes qui sortent enfin de moi et qui me viennent aujourd’hui dans l’urgence. »
Voici comment le jeune écrivain marocain Abdellah Taïa (L’Armée du salut, Une mélancolie arabe) commence sa tribune, intitulée « L’homosexualité expliquée à ma mère », qu’il a publiée début avril dans Tel Quel, un magazine marocain progressiste.
Particulièrement émouvante, cette lettre publique joue la carte de la franchise : « Au-delà de mon homosexualité, que je revendique et assume, je sais que ce qui vous surprend, vous fait peur, c’est que je vous échappe : je suis le même, toujours maigre, toujours cet éternel visage d’enfant ; je ne suis plus le même.
Vous ne me reconnaissez plus et vous vous dites : "Mais d’où lui viennent ces idées bizarres ? D’où lui vient cette audace ? On ne l’a pas éduqué comme ça…
Non seulement il parle publiquement de sexualité, non, non, cela ne lui suffit pas, il parle d’homosexualité, de politique, de liberté…
Pour qui se prend-il ? » À la lecture de ces mots, on ne peut s’empêcher de penser à la longue lettre que l’écrivain et militant français Guy Hocquenghem avait publiée dans Le Nouvel Observateur du 10 janvier 1972. Il y annonçait publiquement qu’il était gay.
Il fut ainsi le premier homosexuel à faire dans la presse française son coming out… C’était il y a 37 ans.
« Quelque chose a commencé à bouger dans ce pays… »
Aujourd’hui, le Maroc semble bouger sur la question. C’est en tout cas la conviction d’Abdellah : « Je ne suis pas le seul au Maroc, ma mère. Quelque chose a commencé dans ce pays.
Une réelle rupture par rapport aux générations précédentes, qui soit ont abdiqué, soit ont été récupérées. Nous, c’est le 21e siècle. »
Mais si la société marocaine bouge, c’est encore loin d’être le cas du côté des institutions du pays : « On essaie de nous intimider. De nous ramener à un soi-disant ordre moral, nous faire revenir à nos soi-disant valeurs fondamentales. Lesquelles d’abord ?
Et qui décide que c’est de ces valeurs-là que le Marocain d’aujourd’hui a besoin ? », se demande le jeune écrivain.
« Des voix s’élèvent à travers des médias »
En effet, en mars dernier, les dignitaires religieux avaient protesté contre l’homosexualité. Et le ministère de l’Intérieur avait également expliqué publiquement qu’il comptait protéger « les valeurs morales de la société marocaine ».
Le communiqué officiel précisait également : « Il a été constaté ces derniers temps que des voix s’élèvent, à travers des médias, pour tenter de faire l’apologie de certains comportements ignobles, qui constituent une provocation pour l’opinion publique nationale. »
Car, au Maroc, l’article 489 du Code pénal condamne de six mois à trois ans de prison, et à une amende, toute personne ayant commis un acte homosexuel !
En fait, à travers ces réactions officielles, les autorités entendaient donc bien condamner la multiplication récente d’articles dans la presse prônant une plus grande tolérance à l’égard de l’homosexualité au Maroc. Notamment le magazine Maroc Hebdo International qui avait consacré, début mars, un dossier entier à la question des droits homosexuels intitulé « Faut-il légaliser les homos ? », et en avait profité pour interviewer longuement Samir Bergachi (en couverture du magazine, ci-dessous), coordinateur général de l’association Kifkif de défense des droits des homosexuels.

« Au Maroc, nous sommes loin du pacs français ou du mariage gay belge »
« Nous sentons qu’il y a un climat propice en ce moment au Maroc pour le débat sur l’homosexualité, les droits des minorités sexuelles et les droits de l’Homme en général, analysait alors le jeune militant,
Nous voulons aussi profiter de la montée au créneau des homosexuels dans d’autres pays arabo-musulmans, comme l’Algérie (association Amal), la Tunisie, l’Égypte et même l’Iran, pour faire avancer la cause des minorités sexuelles au Maroc et lancer un message historique pour leur droit à une existence libre. »
Samir Bergachi restait pourtant prudent : « Le combat des minorités sexuelles en est encore à ses balbutiements au Maroc, reconnaissait-il, Pour le moment, ce que nous voulons, c’est dépénaliser l’homosexualité.
Et sensibiliser la société à la souffrance et à la discrimination dont pâtissent les homosexuels au Maroc. (…) Nous sommes loin du pacs français ou du mariage gay belge.
Mais le Maroc est en pleine transition démocratique, et nous voulons en profiter pour lancer un message politique sur la nécessaire amélioration de la condition homosexuelle dans notre pays. C’est pour cela qu’à Kifkif, nous demeurons optimistes, malgré tout. » Et prudents…
Photos : DR.
Deux homosexuels français assassinés à Casablanca
Têtu par Habibou Bangré 08 janvier 2009
Un mois et demi après le meurtre d’un ressortissant français homosexuel, un deuxième trouve le même sort.
Un homosexuel français a été retrouvé mort le 4 janvier dans sa villa de Casablanca, annonce le quotidien Aujourd’hui Le Maroc.
Cet ancien instituteur, qui d’après l’enquête "invitait chez lui de jeunes hommes avec lesquels il partageait le même lit", a été assassiné de plusieurs coups d’un "objet tranchant".
"Selon les sources judiciaires, les enquêteurs ont remarqué que tous les indices prouvent que le (ou les) criminel(s) aurai(en)t mis la main sur quelques objets, sinon de l’argent.
Toujours selon les mêmes sources policières, plusieurs personnes ont été soumises aux interrogatoires", précise le journal marocain. En deux mois à peine, c’est le deuxième homosexuel français assassiné à Casablanca.
Aujourd’hui-Le Maroc révèle qu’un autre ressortissant français y avait été découvert sans vie en novembre 2008, dans son appartement. Il s’agissait d’un ex-diplomate au Qatar, directeur d’une société de consulting, âgé de 66 ans, "tué par un jeune homme de vingt et un ans, père d’un enfant qui entretenait avec lui une relation homosexuelle.
Ce dernier l’a tué dans le but de lui subtiliser la carte guichet et tirer la somme de 6000 dirhams", explique le journal
Homosexualité au Maroc
le 29 Décembre 2004
L’homosexualité ne se vit pas de la même manière partout… Il existe malheureusement encore des régions du monde où le coming-out "n’existe pas". www.emarrakech.info/Homosexu…
Kal28, âgé de 29 ans en 2004, vit dans une petite ville du maghreb. Son coming-out n’est que virtuel, via le net, ne pouvant pas l’annoncer chez lui… Bonjour à tous. Eh bien moi, je ne suis pas européen ! Je suis marocain ! Dans un pays arabo-musulman ! Le coming-out pour moi, c’est comme se jeter dans les enfers ! Ni famille, ni amis, ni personne ici ne pourra comprendre ce que c’est d’être homo… ! Alors… ne trouvant aucune lueur d’espoir, en 1997, alors que j’avais 22 ans, et en plus du stress quotidien qui gonfle terriblement quand on est déjà mal dans sa peau, j’ai tenté de me suicider… et j’ai frôlé la mort…
Une seule chose m’a retenu à ce moment d’extrême désespoir : c’est que j’ai une maman qui ne vit que pour nous voir heureux, moi et mes autres frères !
Même le suicide ne m’était pas permis à 22 ans ! Après cet incident…
j’ai choisi la vie de solitude ! Mon chat, mes livres, mes rêveries de gay si désespéré, tellement je vis dans un milieu qui ne sera jamais favorable à un gay comme moi… J’avais donc mon monde à moi et je me sentais presque parfaitement suffisant… jusqu’à la découverte d’Internet qui fut une révolution pour moi !
Je passais des heures à prendre des internautes virtuels pour des vrais amis ! J’étais sincère aux chats… Même quand on me disait "quel est votre nom ?" je donnais mon vrai nom et je croyais ce qu’on me disait…
Déception après déception, j’ai découvert que le monde du net n’est qu’un domaine où chacun fait ce qu’il ne pourra pas faire en réalité…
Mais grâce au net, j’ai eu la chance de connaître quelqu’un qui n’est pas du Maroc. J’ai fait mon coming-out avec lui ! Pour la 1re fois de ma vie, je pleure en sanglot devant quelqu’un ! Car chez nous, les arabes, un homme ne doit jamais pleurer ! J’ai parlé sans arrêt ! J’ai confessé tout ce qui me pesait sur le cœur depuis 15 ans déjà, au point que j’ai oublié que ce copain était un mec beau et que de bons moments d’amour physiques et affectifs aussi m’attendraient…
Mais ma 1re expérience, côté plaisirs, n’a pas été très satisfaisante car la souffrance que j’ai vécu, et que je vis encore, celle d’être emprisonné dans un contexte étouffant de préjugés, à graver en moi la peur, même avec la personne la plus confiante du monde : j’ai peur de tout ! De décevoir mon copain, de m’ennuyer de lui ou vice versa… j’ai peur de le perdre et de revenir à la solitude…
J’ai quelquechose à dire aux gays d’Europe qui viveraient mal leur orientation : pensez toujours qu’il y a des gens comme moi, encerclé par tout un monde d’interdits : religion, famille, entourage, culture homophobe… bref la pire des solitudes pour un arabe, c’est d’être gay et d’essayer de préserver en même temps une stabilité sociale, psychique et professionnelle en l’absence de la moindre issue.
Pour quelqu’un qui voudrait vivre dans la dignité… le net c’est déjà un miracle !
Au moins il permet à un souffrant d’extérioriser même si ce n’est que virtuel (mais c’est mieux que rien)…
Le net chez nous, pour moi, c’est le psy, c’est une association, c’est la loi qui me reconnaît en tant qu’être humain, c’est mon jardin secret…
Car tout cela est malheureusemnt absent dans le monde arabe.
C’est pessimiste mais c’est la réalité que je vis. Mais là, heureusement, j’ai un copain sur qui je peux compter ! Maman, si elle savait que ce copain gay me remonte tellement le moral et lui permet de ne pas perdre son fils dans un moment de folie, elle respecterait les gays !
Merci de m’avoir lu. Je souhaite à tous ceux qui on souffert de leur orientation que ça change un jour, pour eux, la vie, car c’est dur d’être gay dans un monde hétéro-homophobe pour la majorité ! Je m’excuse si je décourage certaines personnes qui ont besoin qu’on leur remonte le moral ! Ce soir j’avais envie d’en parler et je l’ai fait !

