TÊTU : Racontez-nous vos débuts…
Monis : J’ai grandi avec NTM et IAM, et j’ai commencé le rap à 15 ans, à Dijon.
Je faisais le mur pour aller faire des battles, pour mes parents le rap était une musique de bandits !
On ne connaît pas Dijon comme une ville de rap, d’où vous vient cette culture ?
Le rap ce n’est pas qu’à Paris ! Par exemple le groupe Silence des Mosquées vient de Dijon. Musicalement c’est une ville très ouverte.
Vous évoluez dans un milieu connu pour être plutôt homophobe, vous n’avez jamais eu de problèmes ?
Non quasiment jamais. J’ai toujours dit que j’étais gay.
Comme je m’en servais, on ne pouvait pas m’attaquer là-dessus.
Une fois j’ai eu un commentaire très désagréable sur ma page Facebook, mais sinon, c’est très rare.
De toute façon, je ne me voyais pas cacher ma sexualité, ça fait partie de moi, c’est ce que je suis.
Vous dites qu’il n’y a pas forcément d’homophobie dans le rap ?
Il y en a, comme du sexisme, ou du racisme.
Mais regardez Eminem vient de se prononcer pour le mariage gay ! Il n’a jamais été homophobe, c’était surtout de la provoc, comme Orelsan.
C’est malheureux mais c’est un peu un code dans ce milieu.
Les jeunes ont des propos très durs mais généralement ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent.
J’ai subi plus de discrimination de la part des gays que des rappeurs !
Ah bon ?
Oui, ces deux milieux sont à l’opposé et c’est très difficile de les rapprocher.
Les gays s’identifient plus facilement à mes textes qu’à ma musique je pense.
Et puis, j’ai souvent eu pas mal de critiques quant à mon physique ! Mais bon, je considère que c’est de la bêtise.
Vous savez plus jeune j’étais très mince mais aujourd’hui je suis beaucoup mieux dans ma peau.
C’est malheureusement un débat dont on ne sortirait pas donc je ne répond pas à ces attaques… Je le ferai peut-être en musique un jour !
Votre public n’est donc pas gay ?
Il est très lesbien ! Je ne sais pas l’expliquer.
On m’a posé la même question il y a deux jours mais je n’ai pas la réponse.
Peut-être que les femmes se retrouvent dans mes textes.
Comment s’est passé votre coming out ?
Pas trop mal ! J’avais 14 ans, je croyais avoir rencontré l’homme de ma vie, alors au bout de deux jours j’ai tout balancé à mes parents.
Je suis un peu kamikaze de manière générale, je ne réfléchis pas assez (rires). Deux jours après c’était fini avec ce garçon.
Depuis vous savez mieux à quoi ressemble l’homme de votre vie ?
Oui, j’ai trouvé l’homme de ma vie.
Vous avez participé à la gay pride d’Angers, c’était comment ?
Il a fait très chaud ! (rires) Au début quand j’ai commencé à chanter il n’y avait personne, j’avais un peu peur. Finalement les gens sont arrivés en masse, c’était l’effervescence. C’était très bien !
C’est toujours agréable d’avoir de bons retours, surtout quand les gens ne me connaissaient pas avant.
Vos chansons se rapportent à l’homosexualité, vous n’avez pas peur de vous enfermer dans ce rôle de rappeur gay ?
C’est à moi d’élargir mes horizons. Pour le moment on me connaît comme ça. Mais je ne parle pas que d’homosexualité, dans mon album je parle beaucoup d’écologie par exemple.
Je parle aussi de tentative de suicide, de violence conjugale, des choses que j’ai vécues.
Tout est autobiographique ?
Oui.
Tentatives de suicide, violence conjugale, ça veut dire que c’est difficile d’être homo aujourd’hui ?
Dans certains cas, c’est encore très difficile à vivre. Il faut s’affirmer auprès de son entourage et c’est parfois très dur à faire.
On retrouve énormément de jeunes homos en hôpital psychiatrique. Moi ce n’est pas à cause de mon homosexualité que je me suis retrouvé en HP. Pourtant là-bas j’ai subi l’homophobie. Mon psychiatre m’a dit : « Vous aimez les hommes ? » j’ai répondu que oui, sa réponse : « c’est ça qui cloche, mettez-vous aux femmes ».
En France on a beau être le pays des droits de l’homme, on est quand même dans un pays très homophobe.
Vous êtes engagé dans une association LGBT ?
Non mais je compte le faire, je ne sais pas encore laquelle je veux rejoindre. La lutte contre l’homophobie, pour moi, c’est tous les jours, et notamment en sortant du milieu du milieu LGBT. C’est aussi pour ça que j’espère élargir mon public.
On entend une de vos chansons dans la campagne de la FIDL, comment c’est arrivé ?
J’ai été mis en relation avec la FIDL par une connaissance, et puis de fil en aiguille je leur ai donné le droit d’utiliser ma chanson.
J’espère que cette campagne va continuer d’exister et de se développer.
Pour les jeunes l’homophobie vient surtout d’un manque d’information.
Je me souviens qu’au collège on avait des affiches anti-racisme partout dans l’établissement.
Ce serait une très bonne chose que le petit dessin-animé (Le Baiser de la lune) soit finalement diffusé dans les écoles.
Photo : Margaux Guignard.
Découvrez la chanson A nos actes manqués, qui sert de support à la campagne de lutte contre l’homophobie de la FIDL :
Le rappeur gay Monis dévoile un premier clip choc
Têtu par Fabien Jannic 02 août 2010,
Avant la sortie de son premier album prévu en octobre, le rappeur dijonnais ouvertement homo diffuse sur le net son le clip d’« A nos actes manqués ». Découvrez la vidéo.
Le rappeur gay Monis vient de dévoiler sur le net son premier clip,
A nos actes manqués (rien à voir avec le tube de Jean-Jacques Goldman !).
Il s’agit du premier extrait de son nouvel album Anima in Penna, dont la sortie est prévue pour le mois d’octobre.
Encore peu connu du grand public Monis, est le premier rappeur ouvertement gay en France.
C’est du moins comme ça qu’il se définit. Originaire de Dijon, le rappeur aborde dans ses textes, l’homophobie, le suicide, violence conjugale, beaucoup de choses vécues.
Dans une interview accordée à TÊTU en juin dernier, le Dijonnais avait raconté son parcours et expliqué son combat pour s’imposer dans un milieu peu gay-friendly.
« Je ne me voyais pas cacher ma sexualité, confiait-il. Ça fait partie de moi, c’est ce que je suis. »
Réalisé par Alexandre Ouka, le clip d’A nos actes manqués met en scène Monis et Léa Milh. La jeune femme avait été recrutée via Facebook par la FIDL.
Le syndicat étudiant avait intégré la chanson de Monis dans une campagne contre l’homophobie.
Découvrez le premier clip de Monis, A nos actes manqués :

