Les premières images de « Notre paradis », un film coup de poing signé Gaël Morel
Têtu par Louis Maury 14 septembre 2011,
Histoire d’amour tourmentée dans le milieu de la prostitution masculine, le nouveau film de Gaël Morel avec Stéphane Rideau vient d’être interdit aux moins de 16 ans. Une nouvelle qui ne dérange pas le réalisateur. Découvrez la bande-annonce.
Stéphane Rideau et Dimitri Durdaine
Après avoir été visionné deux fois par la commission de censure, Notre paradis, le dernier film du réalisateur Gaël Morel qui plonge le spectateur au cœur de la prostitution masculine, a été interdit aujourd’hui aux moins de 16 ans.
Une décision qui ne choque pas outre-mesure le cinéaste, contacté par TÊTU.
« Ils ont fait leur boulot et je n’ai aucune acrimonie.
Cela donnera peut être même envie à des plus jeunes de voir le film, par esprit aventureux », fait-il remarquer, amusé, avant d’ajouter : « La censure officielle est rarement injuste. »
Tournage compliqué
En revanche, Gaël Morel reconnaît qu’il a eu affaire à des censures plus hypocrites pendant la préparation, puis le tournage de Notre paradis. Celle des chaînes de télévision tout d’abord, car aucune n’a accompagné son film, ou celle de la direction départementale des Affaires sanitaires et sociales (DDASS), qui a pas mal compliqué le tournage pendant quelques scènes avec des enfants.
Passion amoureuse parfois très graphique, Notre paradis arrive sur les écrans le 28 septembre prochain.
L’occasion de retrouver Stéphane Rideau dans un beau rôle, fort et troublant.
En attendant, il évoque son film avec délicatesse et franchise lors d’un grand entretien à paraître dans le prochain numéro de TÊTU (en kiosques le 21 septembre), pour lequel il a également posé pour des photos exclusives.
Regardez la bande-annonce de Notre paradis :
NOTRE PARADIS un film de Gaël Morel from ALFAMA FILMS on Vimeo.
« Notre paradis », c’est l’enfer
Publié par Yannick Barbe 30 septembre 2011
Notre paradis, le nouveau film de Gaël Morel (actuellement dans les salles) est d’une noirceur absolue.
On en sort pour le moins groggy, comme si le monde décrit par le cinéaste était forcément sans issue. Noir, c’est noir.
Vassili est un prostitué vieillissant qui va embarquer dans sa folie meurtrière un jeune tapin paumé, Angelo, dont il tombe éperdument amoureux.
Notre paradis est le récit de leur cavale : à mesure que leur histoire d’amour se construit, les meurtres s’accumulent dangereusement…
LES EFFETS DU TEMPS
Avoir confié à Stéphane Rideau le rôle de Vassili est LA bonne idée du film. Il y a comme un clin d’œil, un jeu, à montrer l’ex-icône de toute une génération de gays, avec pas mal de kilos en plus, les rides bien apparentes, affublé d’un look perfecto en cuir des plus datés.
Les effets du temps prennent sur lui une dimension touchante et poétique.
Le paradis du film résonne à la fois comme un paradis perdu (une sorte de « mais où est donc passée ma jeunesse ? » avec des homos seniors cyniques et aigris obligés de payer pour baiser) mais aussi comme un eden inaccessible (un monde où toutes les générations d’hommes pourraient communiquer).
On l’aura compris, l’optimisme n’est pas au rendez-vous. Et pourquoi pas ?
Après tout, faire du cinéma ce n’est pas faire un spot de pub.
BANCAL
Sauf que cette noirceur revendiquée bute sur des faiblesses de mise en scène et de scénario qui font que le résultat final est bancal.
Notre paradis connaît quelques fulgurances réussies qui lui donnent des airs de conte cruel un brin fantastique (les scènes de meurtre) mais trébuche souvent sur un réalisme un peu niais (les scènes avec l’enfant, notamment), servi par des comédiens pas toujours au top.
Dommage, il y avait matière à un beau voyage au bout de l’enfer.

