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Convaincre que le principe d’égalité est un droit fondamental au sein de la société française, poursuivre cet idéal avec les contradictions de nos contemporain-e-s, ne sont pas des idées si consensuelles.
Au sein du gouvernement français, cette réalité est bien sûr connue et ces divisions alimentent leurs propres réticences à faire évoluer le droit et justifient au plus haut sommet de l’État de ne répondre à aucune revendication pour l’égalité des droits LGBT.
Des militant-e-s historiques et incontesté-e-s défendent l’idée que la priorité n’est pas au mariage pour les couples de même sexe, qu’elle n’est donc pas à l’égalité des droits pour tous et partout.
Pourtant, ceux-ci ont bien construit leurs propres revendications dans les années 80-90 avec l’idée de pouvoir vivre le plus librement, dans le respect de leur orientation sexuelle (ou de leur identité de genre), avec pour principes : la liberté de l’individu et l’égalité.
« Le problème, c’est que ces demandes politiques sur le mariage, l’adoption ou les transgenres ne concernent pas tout le monde. il s’agit de minorités à l’intérieur de minorités et l’on peut même dire que la grande majorité des homosexuels ne se retrouvent pas dans ces revendications.
Demandez autour de vous. Si on dépasse le discours politique normatif, les gays ont-ils envie de se marier ? Beaucoup vous diront non.
Ont-ils envie d’avoir un enfant ou adopter ? Beaucoup vous diront non.
La condition des transgenres est-elle une priorité pour eux ?
Beaucoup vous diront non. » écrit Didier Lestrade dans son billet « Militantisme : la génération des sauterelles ».
Quelques jours plus tôt, dans les colonnes de l’édition Têtu (mars 2010), Laurent Ruquier y dévoile son opinion (très) personnelle sur les soi-disantes revendications communautaires : « Je ne me battrais pas spécialement pour le mariage homo mais je ne me positionnerais pas contre … » (sic) et sur l’adoption « Je ne sais pas si je trouve naturelle l’idée qu’un couple homo ressente le besoin d’adopter. J’ai des doutes… ce qui me préoccupe surtout, c’est plutôt la part d’égoïsme qu’il peut y avoir à se faire plaisir sans en mesurer les conséquences » (re-sic).
Et, pour conclure, cette semaine, le célèbre couturier Karl Lagerfeld, créateur de Channel, s’oppose ouvertement à l’adoption par les couples d’hommes.
« Pour moi il est difficile d’imaginer d’un côté les papas qui travaillent, de l’autre ceux qui restent à la maison avec le bébé. Comment le bébé vivra la situation ? Je ne sais pas. »
Et d’ajouter : « Je vois plus des lesbiennes mariées avec enfants que je ne vois d’hommes homos avec enfants. Je crois davantage à la relation entre une mère et l’enfant qu’entre un père et l’enfant. »
L’originalité de notre ère, sa spécificité, c’est la victoire de la posture sur le contenu, de l’émotion sur la réflexion, de l’image sur le projet, de la subjectivité sur la rationalité, de la flatterie sur la conviction, de l’individualisme sur la solidarité, de l’émiettement sur le rassemblement, de la démagogie sur la pédagogie, donc finalement trop souvent du populisme sur la démocratie.
Cette démocratie d’opinion imprègne nos comportements, toutes nos tentatives de réflexion et d’approfondissement.
Les dérives sont parfois contestées, mais dans le brouhaha généralisé, une opinion « people-isée » devient une valeur sûre.
En définitif, avec ces témoignages, prises de position, opinions, il y aurait des homosexuels « MASCULINS » qui dictent le bon savoir-vivre, le bon savoir-être LGBT, et qui auréolés de leur notoriété militante ou médiatique investissent les esprits, prêtent à la confusion, parfois séduisent dans leur capacité à bousculer.
On ne mesure pas pourtant les effets « pervers » de ces opinions.
Elles induisent l’existence d’un instinct naturel de la mère à devoir éduquer des enfants et la supériorité du lien entre la mère et son enfant (Elizabeth Batinder, Le Conflit, la femme et la mère),
elles mettent en valeur un modèle traditionnel dans lequel l’émancipation de tous les individus est relégué au second plan,
enfin elles renvoient une minorité à son statut de minorité.
N’en déplaise à Karl Lagerfeld, sa vision de la parentalité date d’une conception ringarde et dépassée.
N’en déplaise à Laurent Ruquier, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, l’égoïsme hétérosexuel dans la construction du statut de parent existe bel et bien, et il n’est pourtant jamais dénoncé.
N’en déplaise à Didier Lestrade, cette minorité qu’il dénonce fait progresser la société.
N’en déplaise à Didier Lestrade, un conflit générationnel existe et il ne fait que l’alimenter.
S’être construit avec pour principal objectif l’acquisition de la liberté et l’épanouissement de l’individu, c’est accepter que les générations qui lui succèdent portent un autre message politique (celui de l’égalité), tout simplement parce que la liberté est acquise.
Dans tous les cas, ce ne sont pas ces opinions personnelles, mais bien les conditions historiques et des choix politiques, qui expliquent l’évolution de la société.
Le sida, dans les années 80, a joué un premier rôle.
Il a contraint à la visibilité d’individus (homosexuels masculins), l’institutionnalisation de l’homosexualité avec le couple viendra après.
Le tournant majeur en France restera – aujourd’hui – le débat sur le PaCS de 1998 à 1999 qui alimenta la presse écrite et audiovisuelle, mais surtout qui bousculera toute la société entre les conservateurs et les progressistes.
Depuis une dizaine d’années, l’égalité des droits progresse dans les consciences des femmes et hommes politiques, chez les militant-e-s (vert, rose, rouge) qui passé-e-s de la gauche plurielle renouent vers une gauche plus solidaire.
Enfin cela se traduit avec des sondages favorables à l’avancée des droits, avec des actions politiques visibles comme l’appel des maires à l’initiative d’Hélène Mandroux pour l’accès au mariage aux personnes de même sexe.
Même si les combattants du PaCS ont revu leur jugement, l’égalité réelle est loin d’être acquise.
Les choix politiques du Président de la République, Nicolas Sarkozy, rejettent toujours le principe d’égalité des droits : donc de mariage pour les couples de même sexe ou d’homoparentalité.
C’est pourquoi, tout l’enjeu de ce combat est de déconstruire un modèle hétéro-normé que les LGBT en grande majorité rejettent.
Aujourd’hui, d’enfant devenu adulte, de célibataire à couple, de couple à famille, les homosexuel(le)s inventent de nouveaux modes de vie.
Les familles homoparentales sont éclectiques : les projets familiaux s’étendent de l’adoption à la co-parentalité en passant par la PMA ou la GPA.
Une famille peut prendre plusieurs formes. Cette diversité de modèles casse le format classique « papa-maman ».
Ils et elles inventent, innovent… et pas seulement dans le secteur culturel !
Souvent il est écrit, ou présent dans l’inconscient des LGBT, qu’appartenir à un groupe minoritaire engendrerait une volonté de progression sociale et augmenterait le capital culturel.
Pour les LGBT, il n’est pas rare d’entendre ou de sous-entendre qu’il existerait un mode de vie « alternatif » lié à son orientation sexuelle (ou son identité de genre).
Pourtant aucune étude qui porte sur l’ensemble des personnes LGBT n’est venue alimenter cette hypothèse.
Force est plutôt de constater que les modes de vie sont devenus plus banals, que l’homosexuel s’intègre plus facilement dans la société (si l’on considère sa plus grande visibilité), qu’extraverti dans les années 80, il est devenu presque invisible au début du XXI siècle.
La « folle » a laissé la place à un trader, un artiste, un commercial … qui assume son orientation sexuelle ou son identité de genre.
Quant aux nouvelles générations militantes, il faut admettre qu’elles se construisent avec leur époque et les critiques que l’on peut y apporter.
Elles ne sont pas si désengagées, absentes des débats, elles sont seulement plus discrètes, dissoutes dans des réseaux associatifs plus denses.
Les conditions de vie des LGBT restent marquées par la discrimination au quotidien, les comportements transphobes, lesbophobes et homophobes, et parfois même la violence haineuse, même si la législation améliore progressivement les choses.
Toutes ces agressions au principe d’égalité, toutes ces phrases qui donnent des arguments à la droite la plus extrême, tous ces désengagements, ces reniements, construisent l’identité (militante) d’autres homosexuel(le)s qui eux souhaitent s’épanouir dans une société ouverte dans laquelle pouvoir s’embrasser dans un espace public est légitime, pouvoir accompagner ses enfants à l’école le matin ne se traduira pas par des insultes homophobes dans la cour d’école, pouvoir discuter librement de son compagnon ou de sa compagne au sein de son service, de son entreprise ne provoquera pas le rejet, l’homophobie latente.
MAIS surtout pouvoir réclamer l’ouverture du mariage, l’adoption, la PMA, toutes les nouvelles formes de parentalités, de modes de vie, faire avancer l’égalité des droits pour les couples de même sexe restent prioritaires.
Gagner l’égalité en droit est une nécessité, et cette inégalité est en soi une discrimination.
Aux Etats-Unis, la revendication du mariage semble régresser, les mouvements militants se concentrent sur le « Don’t ask, don’t tell ». Les forces politiques religieuses, leur lobbying, sont très structurées aux USA. Elles agissent en profondeur.
La communauté religieuse s’oppose à la communauté gay.
Cette structuration politique, ces oppositions constantes amènent ces résultats.
Nous pourrions nous en inquiéter aussi en France et croire qu’atteindre l’égalité des droits serait compromis.
La confrontation des idées, l’évolution de la société sont néanmoins plus favorables.
Une fois ancrée dans toutes les consciences, l’égalité des droits pour les couples de même sexe s’inscrira dans un projet de loi que la « gauche solidaire » portera comme une avancée sociétale exemplaire.
Il sera alors difficile de renverser cette avancée comme il est difficile aujourd’hui de revenir en arrière sur le PaCS considéré comme une loi populaire et consensuelle qui répond aux demandes des hétérosexuels et homosexuel(le)s.

